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Réflexion sur le corpus d’une thèse d’histoire ancienne intitulée Les lagides et l’Asie mineure1

frPublié en ligne le 02 avril 2014

Par Perrine KOSSMANN

Résumé

Comme dans toutes les disciplines scientifiques, la constitution d’un corpus en vue d’une étude académique sur le monde antique obéit, bien entendu, à l’exigence de pertinence. À partir d’un exemple pratique, la réflexion qui suit vise à montrer qu’en raison de la quantité restreinte de sources disponibles, et du caractère souvent incomplet de celles-ci, elle est en outre caractérisée par une visée d’exhaustivité, qui est plus particulière à ce champ d’étude. Celle-ci ne doit pourtant pas autoriser à l’indistinction dans le choix des sources, qui découle au contraire d’une définition rigoureuse des contours du sujet de recherche, travail préalable indispensable à la détermination de slimites du corpus de référence. Par ailleurs, le corpus d’étude représente une base de travail circoncrite, mais il est parfois nécessaire d’élargir le champ de vision à d’autres documents qui n’y sont pas inclus pour éclairer sa matière.

Abstract

Like in any other field of science, collecting a corpus for an academic study on the ancient world requires to fulfill a demand for relevance. Using a practical example, in the following study we will try to show that because of the restricted quantity of available sources, and of their incomplete nature, it also requires to aim at comprehensiveness, which is more characteristic of this field of study. However, the latter demand should not allow scholars not to be picky when selecting their sources, because the choice depends first of all on an accurate definition of the outlines of the topic, preliminary work essential to fixing the limits of the reference corpus. Besides, the corpus on which a study is based might be limited, but it is sometimes necessary to broaden the scope and resort to other documents not included in it to highlight the material.

Introduction

1On admettra que la qualité primordiale d’un corpus d’étude, dans quelque matière que ce soit, est avant tout la pertinence par rapport au sujet à traiter. Il semble toutefois que, dans le cas des études sur le monde antique, s’ajoute une deuxième exigence, l’exhaustivité. Cela tient à la quantité et à la qualité des sources disponibles : à cause de la perte de nombreux documents, celles-ci viennent bien souvent à manquer, alors que dans le cas de l’histoire moderne ou contemporaine, elles sont pléthoriques, car les archives sont légion. De plus, les documents qui ont survécu se présentent dans bien des cas sous une forme lacunaire. Par conséquent, chaque bribe d’information est considérée comme significative, et toutes les disciplines d’étude du monde antique ont développé, en particulier depuis le xixe siècle, de grandes entreprises de recension et rassemblement systématique des documents disponibles, en général subdivisées entre monde grec et monde romain.

2Outre les collections d’éditions de textes, en témoignent, en épigraphie, la publication de la série des Inscriptiones Graecae2 ou du Corpus Inscriptionum Latinarum3, et plus récemment des Inschriften aus Kleinasien4 ; en numismatique, les volumes de la Sylloge Nummorum Graecorum5 ; en céramologie, les parutions du Corpus Vasorum Antiquorum6. Dans l’ensemble, ces recueils de documents obéissent à une logique simple : en épigraphie, les inscriptions sont généralement éditées par cité ; la plupart des corpus de numismatique ou de céramologie correspondent à une collection ; en papyrologie, enfin, coexistent des éditions par collection, des éditions par site de découverte, et des éditions par groupe cohérent de documents, retrouvés ensemble ou réunis par les chercheurs7. Chaque volume forme donc en soi une unité, dont il est possible de venir à bout au terme d’un temps d’étude plus ou moins long, selon la quantité de documents à traiter. Lorsque les unités fournies par le découpage initial ne sont pas assez restreintes, il est encore possible d’opérer des subdivisions en fonction des types de documents ou de la chronologie. Si des pièces nouvelles sont découvertes après la parution, des suppléments peuvent être publiés, jusqu’à ce que l’ensemble du corpus soit mis à jour et réédité. L’archéologie ne se situe pas en marge de cette tendance, puisque la publication des résultats de fouille prend le plus souvent la forme de monographies par site, et que les champs traités sont de plus en plus vastes, incluant désormais, entre autres, des études d’archéozoologie ou d’archéobotanique. Seuls les céramologues sont de plus en plus contraints de déroger au principe d’exhaustivité, en raison des quantités ingérables de tessons parmi le matériel découvert.

3Dans les publications précédemment évoquées, toutefois, la nature des documents reste hétérogène. En marge de ces grandes entreprises, le besoin s’est donc également fait sentir de constituer des corpus thématiques, trans-lieux et trans-périodes. Certains recensent tous les exemples connus d’un type de document8. Ainsi, il existe un recueil des lois sacrées des cités grecques9, un recueil des inscriptions juridiques grecques10 ; un catalogue des monnaies lagides11, un catalogue des monnaies séleucides12 ; une monographie typologique sur les coupes de Siana13.

4Il n’a pour le moment été question dans ces lignes que des corpus constitués pour eux-mêmes, autrement dit des recueils de documents. Ils illustrent une tendance de fond apparemment propre à l’étude du monde antique, l’aspiration à l’exhaustivité. À travers l’exemple du corpus qui a formé la matière d’une thèse sur Les Lagides et l’Asie Mineure14, on essaiera de montrer que c’est manifestement la même tendance qui est à l’œuvre dans la constitution des corpus d’étude du monde antique : tandis que ses collègues modernistes ou contemporanéistes sont souvent contraints d’opérer un tri parmi les documents pour constituer un échantillon représentatif et pertinent s’ils veulent s’élever au-dessus de la micro-histoire, l’antiquisant a au contraire intérêt à combiner l’ensemble des sources disponibles. En effet, leur nombre limité autorise cette ambition ; en outre, leur caractère incomplet la rend indispensable à la compréhension du sujet.

5L’enjeu particulier d’un corpus d’étude en histoire ancienne paraît donc d’obéir à la fois à une exigence de pertinence et à une exigence d’exhaustivité. Le genre particulier du travail universitaire surimpose fréquemment un autre impératif, qui n’est pas à négliger, celui de la recherche en temps limité.

6Par conséquent, parvenir au bout du travail suppose trois lignes de conduite. Il s’agit tout d’abord de cerner soigneusement les contours du sujet d’étude. Ensuite, la collecte des sources doit bien entendu être exhaustive, mais pas au détriment de la pertinence, ce qui exige de bien fixer les limites du corpus de référence. Enfin, en raison du caractère lacunaire de la documentation dans son ensemble et de nombre de documents isolément, autour du corpus vont graviter des ressources complémentaires, qui n’y ont pas leur place, mais s’avèrent indispensables à la cohérence du propos.

Les contours du sujet

7La première étape essentielle à la réalisation de tout travail de recherche consiste à cerner au plus près le sujet d’étude, dans le but de concentrer les efforts de manière efficace et d’éviter de se disperser, en particulier lors de la collecte des sources. Pour comprendre l’intérêt d’un sujet tel que Les Lagides et l’Asie Mineure, il était indispensable de commencer par replacer les Ptolémées et leur royaume dans un cadre historique plus général, celui du monde grec à la période hellénistique.

8Après la mort d’Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., plusieurs partages de son empire eurent lieu entre ses successeurs, les Diadoques. Ptolémée reçut le gouvernement de l’Égypte, avec le titre de satrape, et s’installa sur ce territoire. Il se proclama roi en 305 av. J.-C., et fonda la dynastie des Ptolémées, ou dynastie lagide – du nom de son père, un Macédonien nommé Lagos. Il chercha rapidement à étendre son royaume à d’autres territoires, la Cyrénaïque voisine, la Syrie et l’île de Chypre plus lointaines, et encore plus au nord l’Asie Mineure, la mer Égée, et même la Grèce propre. La dynastie lagide resta en possession de la Cœlé-Syrie jusqu’en 200 av. J.-C., de la Cyrénaïque jusqu’en 96 av. J.-C., et de Chypre jusqu’à son extinction, à la mort de Cléopâtre VII, en 30 av. J.-C. Le contrôle des autres régions se révéla moins définitif : dès le cours du iiie s. av. J.-C., vers 260, les Ptolémées perdirent les îles de la mer Égée au profit des Antigonides. La Syrie, Cœlé-Syrie exclue, demeura une pomme de discorde entre Lagides et Séleucides, âprement disputée lors des guerres qui portent le nom de la région. Ces conflits semblent également avoir eu un impact sur la domination lagide en Asie Mineure, en particulier sur la Cilicie voisine. Les Ptolémées perdirent définitivement le contrôle de leurs territoires asiatiques entre 200 et 197 av. J.-C., au profit de Philippe V de Macédoine et d’Antiochos III.

9Cette première approche historique devait être complétée, dans un deuxième temps, par une mise en perspective historiographique, afin de déterminer l’angle d’attaque le plus pertinent.

10En effet, l’empire lagide n’avait pas fait l’objet d’une recherche spécifique depuis une trentaine d’années. Le dernier ouvrage en date était une synthèse de R. S. Bagnall sur l’administration des possessions ptolémaïques à l’extérieur de l’Égypte, parue en 197615. Cette étude ne visait pas à embrasser tous les aspects de la présence lagide dans le bassin égéen, mais s’attachait essentiellement au gouvernement et à la gestion de l’empire des Ptolémées. Par conséquent, l’auteur s’y livrait certes à de nécessaires remises en contexte historique, mais il n’établissait pas de chronologie exhaustive et cohérente de la présence lagide, et ceci d’autant moins qu’il avait choisi de scinder ses réflexions en une série de micro-études régionales. Il prévenait d’ailleurs de son choix de laisser de côté les documents qui concernaient l’empire lagide, mais ne se rapportaient pas spécifiquement à son objet d’étude.

11Dès l’année qui suivit la parution de cette monographie, en 1977, Mickaël Wörrle publia une inscription de Limyra, en Lycie, qui attestait pour la première fois la souveraineté ptolémaïque sur cette cité, et venait ajouter aux recensions de R. S. Bagnall deux nouveaux agents royaux jusque-là inconnus. Depuis lors, ont été exhumés et publiés nombre de documents qui, comme celui-là, apportent des compléments, voire des démentis à son étude. Il devenait donc nécessaire de reprendre l’enquête pour en tenir compte, malgré la parution entre-temps de travaux sur la politique extérieure des Ptolémées16, ainsi que de monographies sur l’Égypte hellénistique17. Par ailleurs, le développement d’études de diverse nature sur les royaumes et empires hellénistiques, et notamment l’empire séleucide18, rendait indispensable de renouveler l’approche.

12La finalité d’un nouveau travail sur l’empire lagide consistait donc à rédiger une histoire politique au sens large du terme, qui ne s’en tienne pas à décrire les modalités de la souveraineté, c’est-à-dire la conquête, l’administration et la défense du territoire. Il s’agissait de mener en sus une analyse de l’interaction entre le pouvoir royal et les cités grecques, des éventuels déplacements de population, ainsi que des transferts culturels. Compte tenu de l’extension de l’empire lagide sur le pourtour de la Méditerranée orientale, de la longévité de la dynastie, et de l’ampleur de la documentation que ces deux facteurs impliquaient, il a paru utile de restreindre l’étude à une seule province, pour avoir le loisir de pousser la recherche aussi loin que nécessaire.

13Dans cette optique, l’Asie Mineure – c’est-à-dire, selon les auteurs antiques, l’ouest de l’isthme délimité par le cours de l’Halys et le golfe de Tarse, des îles de l’est de la mer Égée à la Cilicie – s’imposait comme un terrain de choix, pour deux raisons principalement. D’une part, le développement de nombreuses explorations et fouilles systématiques avait fait de cette province ptolémaïque, celle où la documentation s’était le plus renouvelée, ce qui laissait présager des résultats prometteurs. D’autre part, les bornes chronologiques de la souveraineté lagide y apparaissaient d’emblée assez clairement : sa mise en place fut amorcée et peut-être même bien avancée sous le règne de Ptolémée Ier, et la conquête d’Antiochos III au tournant du iie siècle av. J.-C. en sonna définitivement le glas. Ainsi se trouvait délimitée une période d’un peu plus d’un siècle.

14La relative brièveté de la souveraineté lagide sur l’Asie Mineure a rendu possible de traiter le sujet dans le cadre et les délais d’une thèse, sans qu’il soit nécessaire de le réduire. Il faut toutefois préciser que ce travail avait été envisagé dès le DEA, et qu’à ce stade un premier dépouillement de la documentation avait conduit à s’en tenir à la Lycie, pour pouvoir livrer une étude cohérente en un an19.

Les limites du corpus

15Une fois les contours du sujet bien cernés, il fallait déterminer quelles sources inclure dans le corpus qui servirait à élaborer la synthèse historique. Pour une étude d’histoire à dominante politique, viennent évidemment à l’esprit les écrits des historiens antiques. Malheureusement, pour la période prise en considération, il n’existe pas d’« histoire antique de l’empire lagide », ni même de récit continu et exhaustif des événements survenus dans le monde grec entre 301 av. J.-C., date de la bataille d’Ipsos au cours de laquelle mourut Antigone le Borgne, et le moment où Polybe commence son récit, à l’avènement de Philippe V de Macédoine en 22120. Les témoignages des auteurs antiques ne constituent que vingt-quatre entrées assez succinctes du corpus des sources. La plupart donnent de brèves informations sur les positions et la situation des Ptolémées en Asie Mineure, mais leurs auteurs ne sont pas contemporains des événements.

16Pour réaliser l’étude projetée, il s’avéra donc nécessaire de convoquer tous les signes de la présence lagide en Asie Mineure, c’est-à-dire tous les types de sources, qu’elles soient épigraphiques, papyrologiques, numismatiques ou archéologiques. Le dépouillement a fourni un ensemble de cent quarante inscriptions et cinq papyrus, quelques séries monétaires, quelques monuments et quelques objets archéologiques. Les documents textuels rassemblent surtout des décrets pris par les cités en l’honneur des Lagides, de leurs fonctionnaires en poste en Asie Mineure, de leurs envoyés, ou encore des envoyés des cités à la cour lagide. Dans la même veine, figurent aussi des dédicaces en l’honneur des rois ou de leur personnel et des bases de statues honorifiques, quelques lettres royales ou de fonctionnaires lagides, et même un édit royal. Une série de décrets pris par des cités a pour intérêt de porter une forme de datation particulière, par les années de règne des souverains lagides. La leçon de cette moisson est qu’il a fallu à la fois glaner au-delà des limites suggérées par le sujet, et savoir où s’arrêter pour opérer des choix pertinents.

17Tout d’abord, certains documents proviennent de régions situées au-delà de l’Asie Mineure. S’agissant de la dynastie lagide, on pouvait supposer que les contacts entre le cœur du royaume, l’Égypte, et cette province extérieure se trouveraient documentés parmi les nombreux papyrus retrouvés dans le sol égyptien. R. S. Bagnall avait déjà pu recenser la plupart des textes pertinents, car les documents d’époque ptolémaïque conservés dans les grandes collections papyrologiques sont publiés depuis longtemps – en particulier les archives de Zénon de Caunos, un « immigrant » venu d’Asie Mineure, serviteur du fameux ministre des finances Apollonios sous le règne de Ptolémée II Philadelphe. De plus, les sources papyrologiques qui concernent l’Asie Mineure sont peu nombreuses, et ont presque toutes trait à son administration, qui était au cœur des préoccupations du savant. Les ouvrages de Cl. Orrieux sur la correspondance et la personnalité de Zénon21 permirent de repérer et exploiter quelques autres papyrus, de nature davantage privée22. Enfin, la Banque de données des papyrus documentaires23 possède une fonction d’interrogation en texte intégral. Il fut donc possible de vérifier commodément par ce biais qu’aucun autre texte papyrologique concernant le sujet traité n’avait été oublié.

18Il existait aussi à Alexandrie une base de statue érigée par la Confédération lycienne en l’honneur d’un certain Ptolémaios, haut dignitaire lagide probablement intervenu en faveur de la Confédération auprès de Ptolémée V Épiphane. Aujourd’hui conservée au Musée de Turin, elle figure néanmoins dans un corpus « égyptien », celui des Inscriptions grecques d’Alexandrie ptolémaïque24. Fait remarquable, la statue que portait cette base a été offerte à Ptolémaios après la fin de la présence lagide en Asie Mineure. Cela indiquait qu’il fallait aussi chercher des documents au-delà de la période à laquelle l’Asie Mineure s’était trouvée sous souveraineté lagide.

19Effectivement, outre la base de statue offerte à Ptolémaios, les Ptolémées ont laissé dans la région des traces qui ont perduré malgré leur expulsion par Antiochos III. À Érésos et Méthymna, sur l’île de Lesbos, un concours en l’honneur d’un souverain lagide, intitulé Ptolémaia, est attesté dans des inscriptions à partir de la fin du iiie s. av. J.-C., juste avant le retrait de la dynastie. Il existe encore au moins 25 ans après la fin de la souveraineté des Ptolémées sur la région25. Dans le même ordre d’idées, à Caunos, la présence ptolémaïque est attestée au ive s. et dans la première moitié du iiie s. av. J.-C. Plus tard, à l’époque hellénistique, apparaissent, toujours dans des inscriptions, des concours Ptolémaia et des Ptolémaieis qui sont les membres d’une subdivision de la cité, nommée ainsi en l’honneur d’un roi lagide26. À Iasos, enfin, subsiste encore au ier s. av. J.-C. un gymnase nommé Ptolémaion27.

20La présence lagide transparaît parfois également à travers des rappels ou des héritages. Ainsi, un jugement des Rhodiens, rendu au début du iie s. av. J.-C. dans une affaire de dispute territoriale entre les cités de Priène et Samos, enregistre une intervention antérieure d’un fonctionnaire lagide dans le conflit28. Le dynaste Olympichos, qui a remplacé l’autorité lagide en Carie vers 240 av. J.-C., envoie à la cité de Mylasa une lettre, par laquelle il lui accorde des droits sur un sanctuaire. Il mentionne lui aussi des décisions prises auparavant par un souverain lagide sur la question29. Enfin, une lettre d’un roi hellénistique non identifié accorde à une cité de Lycie, Telmessos, une remise de contributions en nature caractéristiques du système fiscal lagide30.

21Pour en revenir à la base de la statue de Ptolémaios, elle fournit également la preuve que les relations entre certaines régions d’Asie Mineure et les monarques lagides ont perduré après l’expulsion de la dynastie de la région par Antiochos III. À Cos, les gestes de remerciement adressés aux souverains lagides ou à des dignitaires de la cour lagide se succèdent régulièrement jusqu’au ier s. av. J.-C.31. On peut donc supposer, même si ce n’est pas certain, qu’ils s’inscrivent dans la continuité de relations nouées plus tôt, lors de la période de souveraineté lagide sur l’île. En revanche, la statue de Ptolémée XI découverte dans le gymnase de Pergame – cité de la dynastie rivale des Attalides, devenue libre à la mort de son dernier roi – n’atteste aucune continuité avec une présence lagide antérieure32.

22Un dernier point consistait à évaluer dans quelle mesure ce qui était arrivé d’Égypte en Asie Mineure avait un rapport avec les Ptolémées. A déjà été mentionnée l’introduction dans cette région de taxes caractéristiques de l’administration lagide égyptienne. Sachant que des fonctionnaires et des garnisaires venus de la terre des pharaons assuraient l’administration et la garde de la province, on pouvait s’attendre à ce qu’ils aient importé des traits ou des objets propres à leur contrée d’origine. Il faut toutefois bien garder à l’esprit que les élites de l’empire lagide étaient composées pour la plus grande part de Grecs et non d’indigènes égyptiens. Effectivement, ont été trouvés dans plusieurs sites d’Asie Mineure des objets liés au culte des souverains lagides tel qu’il était pratiqué dans la capitale, Alexandrie d’Égypte, d’après les sources ou les découvertes archéologiques. Une catégorie est constituée par de petits autels ou des plaques pour autel éphémère, destinés au culte de la reine Arsinoé Philadelphe, sœur-épouse de Ptolémée II, dont les rites sont décrits dans un papyrus33. L’autre catégorie est représentée par une œnochoé en faïence bleue, dont il est certain qu’elle servait à accomplir certains rites liés au culte dynastique des Ptolémées. Le vase est presque exclusivement trouvé en Égypte34. Il demeure possible que ces objets aient été simplement ramenés par des voyageurs, comme l’hypothèse en a été formulée, mais il est plus plausible de croire qu’ils servaient au culte célébré par des fonctionnaires ou soldats lagides.

23En revanche, il faut se montrer très prudent quant à l’interprétation de la présence de dieux égyptiens dans certaines cités d’Asie Mineure, car les cultes d’Isis et de Sarapis, en particulier, se développèrent rapidement dans tout le monde grec à partir du iie s. av. J.-C., pour des raisons qui ont peu à voir avec une présence lagide. Jusqu’à la fin du iiie s., l’attestation de dieux égyptiens est un indice à prendre sérieusement en compte, a fortiori lorsque le document est une dédicace à des souverains lagides et à des divinités égyptiennes associés35. Cependant, au-delà de cette limite chronologique, il est difficile d’en inférer quoi que ce soit.

La cohérence du propos

24Pour savoir où se situent les limites d’un corpus d’étude en sciences de l’Antiquité, il semble utile de prendre en compte un paramètre supplémentaire : les sources qu’il rassemble éclairent le cœur du sujet de recherche, mais n’épuisent pas sa compréhension, du fait des lacunes de la documentation, et au sein même des documents. L’antiquisant est donc amené à utiliser des ressources complémentaires comme outils de rapiéçage, afin d’assurer la cohérence de son propos.

25Pour restituer les lacunes, le chercheur se trouve souvent contraint de recourir à des parallèles. À petite échelle, il peut s’agir de documents qui permettent de compléter les passages perdus d’autres documents36 : dans le cas des Lagides et de l’Asie Mineure, le corpus contient un certain nombre d’inscriptions qui font référence à des honneurs accordés par les cités aux rois lagides, en particulier des honneurs cultuels, célébrés dans le cadre du gymnase37. Le motif d’attribution de ces honneurs se trouve rarement invoqué, soit parce que les documents sont abrégés, soit parce qu’une partie de la pierre manque, soit parce qu’il ne s’agit pas du document qui enregistre leur institution. Toutefois, a été retrouvé à Itanos – une tête de pont lagide en Crète – un décret d’institution d’honneurs cultuels au gymnase pour Ptolémée IV, complet, avec le motif38. Ce document s’avère essentiel pour comprendre un phénomène lié à la souveraineté lagide sur l’Asie Mineure. Néanmoins, il provient de Crète, et de ce fait n’a pas à figurer dans le corpus des documents d’une thèse sur Les Lagides et l’Asie Mineure.

26À grande échelle, ce sont également des parallèles qui ont permis de reconstituer, avec toute la prudence nécessaire, l’administration de cette région de l’empire lagide. Cela exigeait de faire converger deux bibliographies la plupart du temps bien distinctes, bien que parfois tangentes : la première concerne l’Égypte hellénistique et s’appuie essentiellement sur les nombreuses sources papyrologiques ; l’autre porte sur l’Asie Mineure et fait fond sur les inscriptions retrouvées là. Il a donc fallu évaluer avec prudence dans quelle mesure les structures mises en place en Égypte et dans le reste de l’empire lagide se retrouvaient dans cette région et mesurer l’importance des héritages locaux. Par exemple, inscriptions et papyrus mentionnent probablement cinq stratèges lagides de Carie, c’est-à-dire cinq gouverneurs de la région, mais seuls trois d’entre eux sont explicitement désignés par leur titre39. Celui des deux autres a pu leur être restitué après comparaison entre les fonctions que leur attribuaient les sources, et les fonctions identifiées comme celles des stratèges lagides dans les papyrus et les inscriptions trouvées ailleurs qu’en Asie Mineure. Pour autant, il faut rester vigilant pour déceler les adaptations locales : ainsi, il est fort probable que le stratège de Carie ait eu également la charge du gouvernement de la Lycie voisine, tout comme, à la fin du ive s. av. J.-C., les deux régions étaient gouvernées conjointement par le satrape Pixodaros40. Un autre exemple assure que des héritages des périodes antérieures subsistaient : à Halicarnasse opérait selon un papyrus un gazophylax, dont il est pratiquement sûr qu’il s’agissait d’un agent royal41. Cette fonction est attestée en particulier dans l’empire achéménide, et dans le royaume séleucide42.

27Parfois, ce ne sont pas des parallèles, mais des preuves a contrario qui permettent de suppléer les lacunes de la documentation. Comme cela a été rappelé plus haut, il n’existe pas de récit continu et exhaustif des événements qui se sont déroulés dans le monde hellénistique entre 301 et 221 av. J.-C., c’est-à-dire pendant plus des trois quarts de la période de souveraineté lagide en Asie Mineure. L’absence de ce type de source constitue évidemment un obstacle, en particulier pour reconstituer la chronologie et l’extension de la domination ptolémaïque : ainsi, la liste des cités d’Asie Mineure prises par Antiochos III à Ptolémée V en 197 av. J.-C. peut-elle être recomposée à partir de plusieurs passages de Tite-Live, Polybe et des fragments d’historiens perdus43, mais pour certaines d’entre elles, aucune source n’indique quand la souveraineté lagide s’y est établie.

28Heureusement, il est parfois possible de cerner de plus près les limites chronologiques et géographiques de la souveraineté lagide sur l’Asie Mineure en faisant appel aux documents qui indiquent l’extension du royaume des dynasties concurrentes, en particulier les Séleucides. Ainsi, un poème de Théocrite donne à Ptolémée II Philadelphe l’empire sur la Pamphylie44, et une inscription dynastique enregistre la reprise en main de la région par son fils Ptolémée III Évergète après des combats en Asie, qui correspondent à la troisième guerre de Syrie (246-242 av. J.-C.)45. Il faut préciser tout d’abord que les contours que pouvait avoir la Pamphylie lagide restent flous, puisque la souveraineté de la dynastie n’est attestée précisément que sur la cité d’Aspendos par une inscription46, ainsi que sur deux fondations royales47. Que s’est-il passé entre la date du poème de Callimaque, environ 270 av. J.-C., et la troisième guerre de Syrie ? Un monnayage autonome émis par la cité pamphylienne de Pergè, de 255 à 241 av. J.-C. environ, confirme que la Pamphylie a été perdue pour la dynastie lagide pendant cette période. Il indique qu’elle est probablement passée non pas sous la domination, mais sous le protectorat de la dynastie rivale, celle des Séleucides, qui tolérait une frappe monétaire autonome48. Les sources numismatiques s’avèrent tout aussi utiles pour préciser la date de la deuxième perte de la Pamphylie, au préjudice de Ptolémée IV cette fois, signalée mais non datée par Polybe49.

29Les ressources complémentaires aident donc à mieux cerner l’imbrication complexe des empires antigonide, séleucide et lagide, et à réévaluer l’extension des territoires sous souveraineté ptolémaïque.

30Enfin, pourraient également être considérés comme des ressources complémentaires les modèles de compréhension produits par les historiens. Ils relèvent dans une certaine mesure du parallèle, puisqu’il faut avoir repéré une certaine proportion de similitudes pour pouvoir s’y référer à bon droit, mais ils possèdent aussi leur propre valeur ajoutée. Dans le cas des Lagides et de l’Asie Mineure, le récent renouvellement des études sur les royaumes hellénistiques invitait à emprunter les démarches adoptées par John Ma et Laurent Capdetrey pour appréhender l’empire séleucide50, et plus particulièrement à tenter d’adapter la typologie des cités que chacun d’eux a élaborée.

31En effet, les cités de l’empire lagide ont longtemps été classées en deux groupes, les possessions d’une part, les zones d’influence de l’autre. Mais, cette dichotomie rendait mal compte des degrés d’indépendance très variés que les Ptolémées leur avaient laissés51. Les typologies des statuts des cités établies par J. Ma et L. Capdetrey à partir des données de l’empire séleucide suggèrent que la gradation dans l’assujettissement était plus complexe en Asie Mineure également. Excepté quelques cas ambigus en raison des lacunes de la documentation, les catégories définies par J. Ma paraissent mieux convenir52 que le schéma élaboré par L. Capdetrey pour ce qui concerne les cités du royaume séleucide53. En effet, l’Asie Mineure se caractérise avant tout par l’homogénéité des entités politiques qui s’y trouvaient sous souveraineté lagide : contrairement au royaume séleucide, qui englobait certes des cités grecques d’Asie Mineure, mais aussi des royaumes vassaux plus à l’est, les Ptolémées ne régnaient là que sur des cités, de formation plus ou moins ancienne, mais au comportement similaire. Ont donc été retenues les catégories de cité autonome et libre et de cité dans l’alliance et l’amitié lagide, qui se confondent peut-être ; la catégorie de cité sujette, caractérisée par l’emploi dans les documents officiels d’un type précis de datation par le règne du souverain imposé par la monarchie54 ; enfin, la catégorie de cité subordonnée non-sujette, qui qualifie par défaut un certain nombre de cités qui n’emploient pas la datation régnale dans le texte de leurs documents officiels, mais présentent isolément les mêmes signes de domination lagide que les cités sujettes, c’est-à-dire une fiscalité royale, la présence de garnisons, ou l’intervention du pouvoir monarchique dans la vie civique interne.

32Malgré les disparités entre les régions, et même à l’intérieur des régions, dont certaines ne comptent que quelques cités sujettes, cette typologie permet de dépasser la dichotomie peu pertinente entre possessions et protectorats, et de concevoir les cités d’Asie Mineure comme parties intégrantes de l’empire lagide, en expliquant les variations dans leur degré d’indépendance par le plus ou moins grand nombre de privilèges que leur accordaient les Ptolémées.

Conclusion

33Les observations précédemment formulées à partir du corpus d’une thèse sur Les Lagides et l’Asie Mineure dégagent un trait qui semble généralisable à beaucoup d’études et de types d’étude sur le monde antique, si l’on excepte la céramologie. La possibilité et même la nécessité d’avoir à disposition et de maîtriser tous les documents en rapport avec un sujet donné dictent ce souci d’exhaustivité. De manière plus générale, il apparaît aussi qu’un élément de cette réflexion s’applique en réalité à toute forme de corpus d’étude : il s’agit de l’importance de définir précisément les objets qui doivent y figurer, et de hiérarchiser de manière lucide les documents et les informations qu’ils apportent. Ce travail en amont et au cours de la collecte de données, s’il est effectué sans complaisance, permet de distinguer ce qui rentre dans le corpus de référence, c’est-à-dire la matière principale à travailler, et les ressources complémentaires, qui n’ont pas à y figurer, même si elles sont essentielles à la compréhension du sujet étudié.

Notes

1  Cet article est la version remaniée d’une communication prononcée lors de la journée d’étude « Le Corpus. Son contour, ses limites et sa cohérence », organisée par l’Association Janua à l’Université de Poitiers le 4 avril 2013. Je remercie les organisateurs et les membres du comité scientifique de m’avoir invitée à présenter ma réflexion dans ce cadre. Je remercie aussi les participants et l’assistance pour leurs contributions, questions et remarques, dont j’ai essayé de tirer les enseignements dans cette version écrite. Les abréviations des références des inscriptions et papyrus sont conformes aux usages du Guide de l’épigraphiste, dir. F. Bérard et al., Paris, Éditions Rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2010 (4e éd.), et de la Checklist of Editions of Greek, Latin, Demotic and Coptic Papyri, Ostraca and Tablets, dir. R. S. Bagnall et al., en ligne [consulté le 19 septembre 2013].

2  Berlin, 1903-.

3  Berlin, 1863-.

4  Bonn, 1972-.

5  Cambridge, 1931-.

6  1922-.

7  Voir sur ce sujet les remarques de Louis Robert, « Épigraphie », dans L’histoire et ses méthodes, Ch. Samaran (dir.), Paris, Gallimard, 1961, p. 453-497, en particulier p. 473-474. Pour être tout à fait exhaustif, il faut également signaler que ces dernières années, les papyrologues ont aussi entrepris d’éditer de multiples volumes de mélanges.

8  Louis Robert appelait de ses vœux la constitution de tels corpus, voir par exemple L. Robert (art. cit. n. 7), p. 474 et 484-485.

9  Franciszek Sokolowski, Lois sacrées des cités grecques,Paris, E. de Boccard, 1969.

10  Recueil des inscriptions juridiques grecques : texte, traduction, commentaire, Rodolphe Dareste, Bernard Haussoullier et Théodore Reinach, Paris, E. Leroux, 1895-1904.

11 JeanN. Svoronos, Τα Νομίσματα του κράτους των Πτολεμαίων, Athènes, Sakellariou, 1904-1908.

12 Seleucid coins : a comprehensive catalogue, Arthur Houghton, Catharine Lorber et Oliver Hoover, New-York – Lancaster – London, The American Numismatic Society – Classical Numismatic Group, 2002-2008.

13  Herman A. G. Brijder, Siana cups I and Komast cups, Amsterdam, Allard Pierson museum, 1983 ; Herman A. G. Brijder, Siana cups II : the Heidelberg Painter, Amsterdam, Allard Pierson museum, 1991 ; Herman A. G. Brijder, Siana cups III : the red-black painter, griffin bird painter and Siana cups resembling lip-cups, Amsterdam, Allard Pierson museum, 2000.

14  Perrine Kossmann, Les Lagides et l’Asie Mineure, thèse de doctorat [dactyl.], École Pratique des Hautes Études, IVe Section, 2011.

15  Roger S. Bagnall, The administration of the Ptolemaic possessions outside Egypt,Leyde, E. J. Brill, 1976.

16  Jakob Seibert, Untersuchungen zur Geschichte Ptolemaios’ I., Munich, C. H. Beck, 1969 ; Werner Huss, Untersuchungen zur Aussenpolitik Ptolemaios’ IV., Munich, C. H. Beck, 1976 ; Brigitte Beyer-Rotthoff, Untersuchungen zur Aussenpolitik Ptolemaios’ III., Bonn, R. Habelt, 1993.

17  Günther Hölbl, A history of the Ptolemaic empire, Londres – New York, Routledge, 2001 ; Werner Huss, Ägypten in hellenistischer Zeit: 332-30 v. Chr., Munich, C. H. Beck, 2001.

18  John Ma, Antiochos III et les cités de l’Asie mineure occidentale, Paris, Les Belles Lettres, 2004 ; Laurent Capdetrey, Le pouvoir séleucide, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007.

19  Perrine Kossmann, Les Lagides et la Lycie, mémoire de DEA [dactyl.], École Pratique des Hautes Études, IVe Section, 2005.

20  Polybe, Histoires.

21  Claude Orrieux, Les Papyrus de Zénon : l’horizon d’un Grec en Égypte au iiiesiècle avant J.-C., Paris, Macula, 1983 ; Claude Orrieux, Zénon de Caunos, Parépidèmos, et le destin grec, Paris, les Belles lettres, 1985.

22  Notamment une lettre d’Apollodotos à Zénon, dans laquelle il est question de son père et de ses frères, P.Cair.Zen. 59056 (14 mars 257 av. J.-C.).

23  Duke Data Bank of Documentary Papyri, disponible sur le site internet www.papyri.info, en ligne [consulté le 19 septembre 2013].

24  André Bernand, Inscriptions grecques d’Alexandrie ptolémaïque, Le Caire, Institut Français d’Archéologie Orientale, 2001, n° 27.

25  À Érésos : IG XII Suppl., n° 122 (209-204 av. J.-C.), l. 14-15 ; IG XII 2, n° 527 + IG XII Suppl., p. 33 (fin du iiie s. av. J.-C.), l. 3-34 ; IG XII Suppl., n° 125 (fin du iiie s. av. J.-C.), l. 23 ; IG XII Suppl., p. 36 (ca 200 av. J.-C. ?), fragm. b, l. 5 ; Georg Kawerau et Albert Rehm, Milet, I, 3, Das Delphinion in Milet, Berlin, Georg Reimer, 1914, n° 152 (1er quart du iie s. av. J.-C., avant 167 av. J.-C.), l. 77, 82, 89. À Méthymna : IG XII 2, n° 498 + IG XII Suppl., p. 30 (222/1-204 av. J.-C.), l. 25-26 ; IG XII Suppl., n° 115 + René Hodot, « Notes critiques sur le corpus épigraphique de Lesbos », EAC V, 1976, p. 17-81, en part. n° 115 (209-204 av. J.-C., peut-être 267-260 av. J.-C.), l. 5-6.

26  Christian Marek, Die Inschriften von Kaunos, Munich, C. H. Beck, 2006, n° 37, l. 14 ; n° 38, l. 7, 11, 18, 33, 69, 122, 124, 127, 128 ; n° 39, l. 17 ; n° 40, l. 5, 15.

27  Wolfgang Blümel, Die Inschriften von Iasos, Bonn, R. Habelt, 1995, n° 98, l. 36.

28  Anna Magnetto, L’Arbitrati di Rodi tra Samo e Priene, Pise, Ed. della Normale, 2008, p. 34-45, l. 173-176.

29  Jonas Crampa, Labraunda, III The Greek Inscriptions, 1, Lund, C. V. K. Gleerup, 1969, n° 3, l. 4-6.

30  M. Wörrle, « Epigraphische Forschungen zur Geschichte Lykiens III : ein hellenistischer Königsbrief aus Telmessos », Chiron, 9, 1979, p. 83-111, en part. p. 83, l. 2-4.

31  IG XII, 4, 1, n° 26, décret en l’honneur de Dioclès, Acarnanien, nommé par le roi Ptolémée (1ère moitié du iiie s. av. J.-C.) ; IG XII, 4, 1, n° 31, décret en l’honneur du médecin Caphisophôn, fils de Philippos (moitié du iiie s. av. J.-C.) ; IG XII, 4, 1, n° 32, décret en l’honneur d’un inconnu qui a certainement rempli l’office d’ambassadeur auprès d’un Ptolémée (2e moitié du iiie s. av. J.-C.) ; IG XII, 4, 1, n° 290, décret instituant un culte d’Arsinoé (2e moitié du iiie s. av. J.-C.) ; IG XII, 4, 1, n° 48, décret en l’honneur de Philinos (fin du IIIe s. av. J.-C.) ; IG XII, 4, 1, n° 69, décret sur l’Alexandreion et le Ptolémaion (vers 250 av. J.-C.) ; IG XII, 4, 2, n° 879, base de statue de la reine Arsinoé III (217-215/4 av. J.-C.) ; IG XII, 4, 2, n° 971,base de statue de la reine Arsinoé III (215-205/4 av. J.-C.) ; IG XII, 4, 1, n° 281, calendrier du gymnase, mentionnant une procession pour le roi Ptolémée VI (158-138 av. J.-C.) ; William R. Paton et Edward L. Hicks, The Inscriptions of Cos, Oxford, Clarendon Press, 1891, n° 74, base d’une statue de Ptolémée XI (ca 100-51 av. J.-C.).

32  G. Lafaye, Inscriptiones graecae ad res romanas pertinentes, t. IV, fasc. 8, Paris, E. Leroux, 1927, n° 294.

33  IG XII Suppl., n° 513 (Méthymna, Lesbos) ; IG XII, 6, 1, n° 496 (Samos) ; A. Rehm, Milet I 7, 1924, n° 288 et 289 (Milet) ; Christian Marek, Die Inschriften von Kaunos, 2006, n° 54 ; les rites sont détaillés dans le papyrus P.Oxy XXVII 2465 (iie s. av. J.-C.), fr. 2, l. 12-23. Voir le commentaire de Louis Robert, « Sur un décret d’Ilion et un papyrus concernant les cultes royaux », dans Essays in honor of C. Bradford Welles, New Haven, the American Society of Papyrologists, 1966, p. 175-211, en particulier p. 192-210.

34  L’œnochoé de Xanthos est publiée par Pierre Devambez, « Les piliers funéraires de Xanthos », Journal des Savants, 1, 1960, p. 34-42, en part. p. 38-39 ; sur ce type de vase en général, voir la monographie de Dorothy B. Thompson, Ptolemaic Oinochoai and Portraits in Faience : Aspects of the Ruler-Cult, Oxford, Clarendon Press, 1973.

35  SEG 39, 1989, n° 1232 + SEG 43, 1993, n° 749, dédicace à Ptolémée Philadelphe, Arsinoé, Sarapis et Isis (282/246 av. J.-C.).

36  Voir les remarques de L. Robert, « Épigraphie » (art. cit. n. 7), p. 483-485.

37  Voir par exemple le décret de la cité d’Érésos, sur l’île de Lesbos, en l’honneur d’Aglanôr fils de Périandros, gymnasiarque du Ptolémaion (209-204 av. J.-C.), IG XII Suppl., n° 122.

38  IC III, iv, n° 4 (vers 246 av. J.-C.).

39  Aristoboulos règle le statut de la cité carienne d’Iasos à l’extrême fin du ive s. av. J.-C., et envoie aux citoyens une lettre datée de 304-282 av. J.-C., Wolfgang Blümel, Die Inschriften von Iasos, Bonn, R. Habelt, 1985, n° 3 ; Aristolaos est honoré par les Samiens entre 280 et 246 av. J.-C., IG XII 6, I, n° 119 ; Margos est honoré par la cité d’Amyzon en 277 av. J.-C., Jeanne et Louis Robert, Fouilles d’Amyzon en Carie. I. Exploration, histoire, monnaies et inscriptions, Paris, De Boccard, 1983, n° 3 ; Motès règle une affaire de remboursement à Calynda de Carie entre 248/7 et 247/6 av. J.-C., P.Cair.Zen. III 59341 (après le 6 juin 247 av. J.-C.), l. 7-33 ; Tlépolémos, fils d’Artapatès, confirme à la cité de Kildara des privilèges fiscaux obtenus pour bonne conduite dès le début de la guerre laodicéenne, SEG 42, n° 994.

40  Comme l’indique la version araméenne de la stèle trilingue du Létôon de Xanthos, Fouilles de Xanthos, VI La stèle trilingue du Létôon, Henri Metzger et al., Paris, Klincksieck, 1979, p. 136, l. 3-5, traduction p. 137. Voir également Marc Domingo-Gygax, Untersuchungen zu den lykischen Gemeinwesen in klassischer und hellenistischer Zeit, Bonn, R. Habelt, 2001, p. 102 et 108-109.

41 P.Cair.Zen. I 59036 (1er fév. 257 av. J.-C.), l. 4.

42  Sur le trésor perse, gaza, et les gazophylakes, voir M. I. Rostovtzeff, « Notes on the Economic Policy of the Pergamene Kings », dans Anatolian Studies presented to Sir William Mitchell Ramsay, dir. W. H. Buckler, W. M. Calder, Manchester – Londres – New York, The University Press – Longmans – Green, 1923, p. 359-390, en part. p. 387 ; Pierre Briant, « Contrainte militaire, dépendance rurale et exploitation des territoires en Asie achéménide (1978/1979) », dans Rois, tributs et paysans. Études sur les formations tributaires du Moyen-Orient ancien, éd. Pierre Briant, Paris, les Belles lettres, 1982, p. 175-227, en part. p. 203-211 ; Pierre Debord, L’Asie Mineure au ive siècle (412-323 a.C.). Pouvoirs et enjeux politiques, Bordeaux, Ausonius, 1999, p. 40-41 et 43 ; L. Capdetrey (op. cit. n. 18), p. 318-319.

43  Tite-Live, XXXIII, 19, 9-11 ; Porphyre de Tyr, FGrHist. 260, F 46 ; Agatharchide de Cnide, FGrHist 86, F 16 ; Polybe, XXX, 31, 6.

44  Théocrite, Idylle XVII, v. 88-89 (vers 273 av. J.-C.).

45 Cosmas Indicopleustès, Topographia Christiana II, 58-59, l. 8-16.

46  Décret en l’honneur de soldats lagides qui ont aidé la cité d’Aspendos (fin ive-début iiie s. av. J.-C.), Mario Segre, « Decreto di Aspendos », Aegyptus 14, 1934, p. 253-268.

47  L’une est Arsinoé de Pamphylie, mentionnée dans une inscription de Chypre, SEG 20, n° 293, l. 4, et dans une inscription sur une urne funéraire retrouvée à Alexandrie, Evaristo Breccia, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée d’Alexandrie. N° 1-568. Iscrizioni greche e latine, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 1911, n° 191 (voir aussi P.Cair.Zen. 59052, en part. p. 75 et Louis Robert, Études épigraphiques et philologiques, Paris, Champion, 1938, p. 255) ; voir également Getzel M. Cohen, The Hellenistic Settlements in Europe, the Islands, and Asia Minor, Berkeley – Los Angeles – Londres, University of California Press, 1995, p. 335-337. Il s’agit probablement de la cité située par Strabon, XIV, 5, 3 en Cilicie, à l’est de Corakésion. L’autre fondation royale lagide en Pamphylie est une Ptolémaïs, située par Strabon, XIV, 4, 2 entre le fleuve Mélas et Corakésion ; voir également R. S. Bagnall (op. cit. n. 15), p. 113 et G. M. Cohen (op. cit. n. 46), p. 339.

48  Henri Seyrig, « Monnaies hellénistiques », Revue Numismatique,5, 1963, p. 7-64, en part. p. 43-45 et 47 ; voir aussi R. S. Bagnall (op. cit. n. 15), p. 197, et Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique, Paris, Seuil, 2003, p. 240.

49  Polybe, V, 34, 7 ; voir Andrew Meadows, « The Eras of Pamphylia and the Seleucid Invasions of Asia Minor », American Journal of Numismatics, 21, 2009, p. 51-88, en part. p. 51-66 et 70-75.

50  J. Ma (op. cit. n. 18) ; L. Capdetrey (op. cit. n. 18).

51  Voir W. Huss, Ägypten… (op. cit. n. 17), p. 425 ; voir aussi la classification proposée par R. S. Bagnall (op. cit. n. 15), p. 239-244.

52  J. Ma (op. cit. n. 18), p. 111-128.

53  L. Capdetrey (op. cit. n. 18), p. 209-224.

54  La forme la plus courante de la datation régnale lagide (souverain régnant + année de règne) se trouve par exemple au début du décret des Xanthiens sur les tamiai (257/6 av. J.-C.), TAM II, 1, n° 262, l. 1-4. SEG 36 (1986), n° 1220, l. 1-13, un autre décret des Xanthiens, par lequel la cité accorde le droit de posséder des biens fonciers à cinq frères chalcidiens (202/1 av. J.-C.), comporte une formule plus développée, qui correspond davantage à celle que l’on trouve dans les documents officiels sur papyrus d’époque ptolémaïque.

Pour citer cet article

Perrine KOSSMANN (2014). "Réflexion sur le corpus d’une thèse d’histoire ancienne intitulée Les lagides et l’Asie mineure". Annales de Janua, n°2.

[En ligne] Publié en ligne le 02 avril 2014.

URL : http://annalesdejanua.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=679

Consulté le 22/08/2017.

A propos des auteurs

Perrine KOSSMANN

Docteure en Histoire et Épigraphie grecques de l'École Pratique des Hautes Études, IVe Section ; ATER en Histoire grecque à l'Université de Bourgogne. - Laboratoire de recherche : UMR ArTeHis (UMR 6298). - Titre de la thèse (sous la direction du Pr. Denis Rousset, soutenue en 2011) : Les Lagides et l'Asie Mineure. - Thématiques de recherche : histoire et institutions du monde grec ; cités et royaumes du monde grec : monarchie lagide et Égypte gréco-romaine, Asie Mineure hellénistique ; épigraphie, papyrologie et numismatique grecques ; archéologie des territoires et frontières des cités grecques. - Contact : perrine.kossmann@u-bourgogne.fr




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Dernière mise à jour : 22 mai 2017

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