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Réflexions méthodologiques sur la fonction et la destination de la céramique d’un site de production gréco-indigène : l’Incoronata (Italie) entre viiie et viie siècles av. J.-C.

frPublié en ligne le 02 avril 2015

Par Clément Bellamy

Résumé

Les recherches archéologiques à l’Incoronata (Italie méridionale) menées depuis 2002 par une équipe du Laboratoire Archéologie et Histoire Merlat (LAHM, UMR 6566, Université Rennes 2) ont permis la mise au jour d’un site fondamental de l’âge du Fer et de l’époque archaïque, et d’un important corpus de céramiques indigènes et grecques. Les fouilles et recherches ont montré l’existence d’une activité artisanale céramique locale dès le viiie siècle av. J.-C., au sein d’un espace qui au siècle suivant verra la coexistence d’artisans potiers indigènes et grecs.

Nous savons que la fonction d’un vase dans les sociétés anciennes est loin d’être évidente à déterminer. En outre, dans un contexte de production – mixte de surcroît – la fonction, l’usage et la destination des vases étudiés se révèlent d’autant plus complexes à établir qu’elles peuvent être multiples, et leur étude nécessite une méthodologie adaptée et adaptative. Celle-ci doit prendre en compte les questionnements suivants :

Comment (se) rendre compte de la différence entre la fonction qui était destinée au vase et l’usage (ou les usages) qui en est (sont) fait(s) ?

Comment parler de la destination de vases demeurant sur leur lieu de production ?

Quels critères pour reconnaître et différencier sur un lieu de production d’une part les vases destinés à être diffusés et « consommés » et d’autre part les vases destinés à la production même ?

Enfin, dans un contexte de production qui voit la coexistence de deux cultures différentes, pouvons-nous nous attendre à des réassignations fonctionnelles ? Des destinations différenciées pour une même typologie ? Quels critères choisir et définir ? Et que nous apprennent ces vases sur les sociétés qui les ont créés ?

Cette contribution, sans pouvoir répondre à tous ces questionnements, tentera d’offrir des pistes méthodologiques de réflexion.

Abstract

The archaeological research at Incoronata (Southern Italy) conducted since 2002 by a team from the Laboratoire d'Archéologie et Histoire Merlat (LAHM, UMR 6566, University of Rennes 2) allowed the discovery of a fundamental site from the Iron Age and the Archaic Period, and a significant corpus of Indigenous and Greek ceramics. The existence of a local ceramic craft activity starting from the 8th century BC has been proved; in the 7th century BC will coexist Indigenous and Greek potters.

We know quite well that in ancient societies the function of a vase is far from easy to determine. Moreover, in a context of production – which, additionally, is mixed – the function, use and destination of the studied vases are all the more difficult to establish that they are many. Their study requires an appropriate and adaptive methodology. That methodology should account for the following questions:

How can we describe the difference between the function that was intended for the vase and the use (or uses) which was (were) made of it?

What can we tell about the destination of some vases that remain in the area where they were crafted?

What are the criteria to recognize and differentiate in a crafting area, on the one hand the vases intended to be distributed and consumed and on the other hand the vases to be used in the production cycle?

At last, in a production context which sees the coexistence of two different cultures, can we expect some functional reassignments? Differentiated destinations for the same typology? What kind of criteria can we choose and set? What could these vases tell us about the societies that created them?

With this contribution, we won't answer unequivocally to all these questions, but we will try to offer methodological food for thoughts.

Présentation contextuelle du site de l’Incoronata

1Le site de l’Incoronata, que j’ai déjà eu l’occasion de présenter lors d’une précédente journée d’étude Janua, sous l’angle de la datation du mobilier céramique1, se situe en Italie méridionale, dans l’actuelle région de la Basilicate (fig. 1). Cette terrasse marine, située à quelques kilomètres de la côte ionienne, appartient à un complexe de collines occupées depuis le début de l’âge du Fer au moins, dès le ixe siècle et surtout au viiie siècle av. J.-C.

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Fig. 1 : Carte de l’Italie du Sud avec la localisation de l’Incoronata, et emplacement des sondages sur la colline de l’Incoronata (DAO : F. Meadeb, C. Bellamy et M. Villette) (voir l’image au format original)

2La colline est mieux connue dans la littérature archéologique sous l’appellation conventionnelle d’Incoronata greca, car les vestiges indigènes et grecs étaient lus à travers une vision irrévocablement dichotomique, en accord avec l’historiographie de la fin du xxe siècle. On considérait alors qu’une timide occupation indigène au viiie siècle avait été complètement annihilée et littéralement balayée au viie siècle av. J.-C. par un établissement grec de nature emporique2, composé de maisons-magasins grecques stockant de la vaisselle grecque de production locale destinée à envahir le marché indigène.

3Mais les fouilles entreprises depuis 2002 par l’Université Rennes 2, sous la direction de Mario Denti3, ont toutefois grandement nuancé cette conception ancienne et helléno-centrée, en mettant en évidence non seulement une composante indigène fortement présente dès le viiie siècle av. J.-C., mais également une importante phase de cohabitation entre Grecs et indigènes au cours de la première partie du viie siècle av. J.-C. Si cette coopération semble de plus en plus probable dans la sphère rituelle, elle est particulièrement manifeste dans la sphère artisanale4. En effet, la colline de l’Incoronata se distingue avant tout par la quantité considérable de céramique qu’elle renferme, dont les campagnes de fouilles annuelles enrichissent régulièrement le corpus5 : cet aspect quantitatif remarquable témoigne de l’importance de ce site à l’époque dite de la pré ou proto-colonisation, période qui ne connaît pas encore – dans ce territoire du moins – la colonisation grecque proprement dite6.

Introduction aux fouilles et aux matériels du site de l’Incoronata

4Sans s’attarder longuement sur les résultats de ces fouilles – ce n’est pas le lieu ici – signalons au moins qu’elles ont, entre autres, permis la mise au jour de structures et de mobiliers constitutifs d’une zone artisanale dédiée à la production céramique (fig. 2, a-b).

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Fig. 2-a : Plan de la partie occidentale de la colline de l’Incoronata (DAO : F. Meadeb, C. Bellamy(voir l’image au format original)

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Fig. 2-b : Plan du secteur 1 de l’Incoronata, 2014 (DAO : F. Meadeb) (voir l’image au format original)

5Ont ainsi été découverts :

  • une grande cavité excavée qui a probablement servi de carrière d’argile, le sous-sol de la colline constituant un important gisement de matière première,

  • des fosses de grandeurs et profondeurs décroissantes, qui présentent ponctuellement sur leur fond des restes d’argile plus ou moins pure, et qui ont donc dû servir de bassins de décantation et/ou de travail de l’argile,

  • des structures de cuisson de la céramique fortement arasées, révélés par la présence d’une zone de rubéfaction en surface. Ces fours sont également documentés par la présence de nombreux fragments de parois et de soles en adobe, à proximité ainsi que dans divers contextes archéologiques sur la colline,

  • des strates comportant des ratés de cuissons en grande quantité, des morceaux de fours, de pierres et de la cendre. Il faut noter surtout l’association dans ces contextes de ratés de cuissons de céramique indigène et grecque,

  • enfin, toute une série d’outils liés à la production de la céramique, comme une probable crapaudine de tour de potier, et d’autres instruments retrouvés dans les strates liées à cette zone artisanale et qui ont pu être utilisés pendant la chaîne opératoire de la réalisation des vases, comme de probables outils en galets ou en silex ou des lampes en céramique.

6C’est dans ce contexte artisanal exceptionnel pour l’époque7 qu’il faut exposer cette riche documentation céramique pour tenter de lui donner un sens.

7En raison de sa grande diversité, il apparaît important tout d’abord de présenter brièvement la céramique présente à l’Incoronata. Nous trouvons tout d’abord une abondante série d’amphores exogènes, notamment des amphores corinthiennes, attiques et de Grèce de l’Est, et quelques grands conteneurs de production indigène ; une grande quantité de vases grecs à parois fines produits localement, ainsi que quelques notables exemplaires d’importation, la plupart destinés au service et à la consommation des liquides ; des vases grecs à destination purement rituelle ou cultuelle, notamment des bassins lustraux, et particulièrement le célèbre perrirhanterion produit sur place8 ; une part non négligeable de céramique à feu et de céramique a impasto, c’est-à-dire de céramique à pâte non épurée et riche en inclusions, représentée par la production grecque et la production indigène ; et enfin, une non moins importante production de céramique indigène, dont une partie est décorée, soit monochrome, soit bichrome9.

8À propos de la céramique indigène décorée, il faut signaler qu’il est relativement rare d’en retrouver une quantité aussi importante dans un contexte non funéraire – à l’heure actuelle du moins, et au vu de la documentation publiée. Quant aux formes attestées de la production indigène, elles semblent plutôt liées au service, au stockage et à la consommation de produits liquides ou semi-liquides, avec une plus forte représentativité des formes fermées par rapport aux formes ouvertes au cours du viie siècle av. J.-C.

La question de la fonction et de la destination d’une production artisanale céramique mixte : entre indigènes et Grecs

9Dans un premier temps, il est nécessaire d’expliciter la différenciation entre fonction, usage et destination. Tandis que la fonction, dans son acception d’ensemble des propriétés possibles d’un objet, correspond plutôt à l’utilisation théorique, hypothétique d’un objet, celle qu’appréhende l’archéologue, l’usage équivaut plutôt à son utilisation réelle et avérée dans le contexte de consommation. La destination, quant à elle, se réfère plutôt au contexte de production et/ou à l’acte de « commande », c’est-à-dire l’utilisation, le rôle qui est affecté a priori à l’objet10.

10Il nous faut ensuite rappeler l’indispensable distinction entre le contexte social de production et le contexte social de consommation : tous deux peuvent être variablement articulés, comme nous l’illustre régulièrement l’ethnoarchéologie11. En effet, tandis que la tradition céramique des producteurs peut rester stable et révélatrice d’une certaine « identité » partagée, la fonction comme la signification culturelle des objets peuvent différer dans le contexte des consommateurs12. La difficulté à l’Incoronata réside alors dans le fait que le contexte de production et le contexte de consommation se retrouvent côte-à-côte, voire mélangés, sur le même site13.

11Cette situation très particulière de centre de production artisanale mixte implique la cohabitation de deux productions bien différenciées, et donc a fortiori d’artisans indigènes et grecs travaillant dans un même espace, sans doute avec un partage d’outils et de savoir-faire14. Il convient alors de poser la question très actuelle de la possible « hybridation »15de la production, du moins d’une partie de la production.

12Prenons l’exemple d’une petite tasse indigène à décoration monochrome (fig. 3), issue d’anciennes fouilles et probablement de production locale, qui rappelle fortement la forme bien connue et bien diffusée de la kotyle grecque16 (fig. 4), dont nous connaissons des exemplaires proto-corinthiens sur la colline ; ou encore celui de cette petite coupe modelée à décoration à chevrons ou croisillons (fig. 5), faite selon la technique du modelage qui rappelle davantage la production indigène que la production grecque alors même que la forme est héritée du répertoire grec, et dont la couleur et la peinture s’apparentent aux exemplaires indigènes quand la grammaire décorative se rapproche plutôt des modèles grecs.

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Fig. 3 : Dessin de la tazzetta indigène à décoration monochrome du sondage A1, fouilles de l’Université de Milan à l’Incoronata (DAO : C. Bellamy, d’après I Greci sul Basento (op. cit. n. 12), fig. 33.4 p. 93) (voir l’image au format original)

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Fig. 4 : Dessin d’une kotyle du Protocorinthien Ancien, Almunecar, Espagne (DAO : C. Bellamy, d’après John Boardman, Aux origines de la peinture sur vase en Grèce, Londres, Thames and Hudson, 1999, fig. 168) (voir l’image au format original)

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Fig. 5 : Coupe « hybride » provenant des rejets de cuisson de la zone artisanale de l’Incoronata. La forme est grecque, mais la technique et la peinture rappellent l’horizon indigène (Photo : C. Bellamy) (voir l’image au format original)

13Dans ces deux exemples, que nous pouvons par ailleurs rapporter à une série d’expériences analogues et contemporaines dans la région d’étude17, nous pensons facilement à l’imitation indigène d’une forme grecque18. Mais pouvons-nous « décalquer » pareillement la fonction, la destination que nous savons pour ce type de petit gobelet à boire ? Si cette réalisation indigène se confirme, faut-il imaginer a fortiori une même fonction, une même utilisation, ou plutôt une réassignation ? Les continuités comme les discontinuités fonctionnelles et destinatoires sont documentées, notamment dans la littérature ethnographique19, mais il s’agit alors plutôt d’imitations en grand nombre, afin de conquérir ou de s’adapter à une demande particulière.

14Si nous revenons plus particulièrement sur le cas de la coupe (fig. 5), deux hypothèses sont envisageables : soit elle a pu être réalisée pour connaître la même utilisation que celle des autres coupes ioniennes locales, soit elle a pu bénéficier d’un statut particulier, d’ostentation, d’objet mémoriel, sans nécessairement être véritablement utilisée. La singularité de la découverte nous oblige cependant à laisser ouvertes d’autres voies interprétatives : un essai sans suite, une erreur de débutant, ou encore un unicum.

15L’étude précise d’un contexte de production – exceptionnel pour cette époque et cette région – amène un certain nombre de réflexions sur le particularisme des exemples rencontrés. En effet, certains vases – et certains tessons – de ce site ont-ils pu revêtir une utilisation différente de celle habituellement reconnue ailleurs ? A cette question, l’observation attentive du matériel, notamment indigène, offre des pistes intéressantes.

16Nous pouvons notamment remarquer à l’intérieur de la zone artisanale du viie siècle av. J.-C. de nombreux tessons portant des marques spécifiques, semblant être liées à l’activité artisanale même. Ainsi, certains fragments portent des marques de martelage répété sur leur surface (fig. 6, a-d) : celles-ci résultent probablement d’une étape de la chaîne opératoire de la fabrication de la céramique, au cours de laquelle des fragments de parois peuvent servir de support et/ou d’outil. D’autres tessons portent des marques incisées, vraisemblablement réalisées par les potiers, rattachables à celles que les littératures archéologique et ethnoarchéologique interprètent généralement comme des marques d’appartenance servant à identifier la production de chaque potier dans le cas de cuissons communes notamment. Par ailleurs, si, lors du marquage, le morceau en question était déjà un tesson, alors ce dernier a pu servir de support pour notifier un comptage.

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Fig. 6 : Tessons céramiques provenant de la zone artisanale de l’Incoronata.

a-d, quatre tessons à la surface « martelée »

e, un probable essai de cuisson

f, un tesson redécoupé de façon circulaire

(Photo : C. Bellamy) (voir l’image au format original)

17Il est utile ici de rappeler la découverte, lors de précédentes fouilles à l’Incoronata, d’une coupe grecque buccheroide de probable fabrication locale présentant une inscription grecque, laquelle a été traduite par : l’olpè de Pyrrhos20. Même si le contexte de découverte n’est pas précisé, nous sommes bien plus probablement en contexte d’utilisation. Il est pourtant curieux que soit utilisé ici le terme d’olpè, normalement réservé à des vases de type œnochoé, de formes plutôt hautes et fermées et à anse verticale, destinés à servir des liquides, du vin pour l’essentiel21, pour une coupe, forme basse et ouverte, qui sert a priori à boire le vin. S’agit-il d’une utilisation détournée, d’un jeu de mots antique, ou d’un problème terminologique moderne ?

18Notons également la présence d’un essai de cuisson, décelable par sa forme particulière et la présence de peinture sur les tranches (fig. 6, e). Ce type d’essai servait au potier, au moment de la cuisson, de test ou de témoin de l’avancée de la chauffe22.

19Ponctuellement, des tessons refaçonnés sont retrouvés, comme un probable jeton (fig. 6, f), qui devaient avoir une fonction particulière, sans que nous puissions déterminer si elle a un lien direct avec l’activité artisanale : essai, outil pour le façonnage, simplement jeu ou même objet lié au culte23 ?

20Il faut enfin signaler une olla, ce grand vase fermé à décoration bichrome orné du célèbre motif de la « tente » – ou tenda dans la littérature archéologique italienne – caractéristique de la production indigène de cette région24 (fig. 7). Il s’agit d’un exemplaire de prestige, destiné fort probablement, en première intention, à une utilisation dans un cadre funéraire et/ou rituel. Ce type de forme, relativement proche du cratère grec, a une fonction supposée assez vague : selon toute logique, il servait à contenir des liquides (eau, vin, autre…) et ponctuellement à verser, mais généralement il était associé, notamment en contexte funéraire, à une sorte de petit vase à puiser permettant sans doute de s’y servir individuellement25. Pourtant, celui-ci, retrouvé parmi les ratés de cuisson, et dont l’intérieur est tapissé de restes d’argile liquide solidifiée, pourrait révéler une utilisation détournée et volontaire, réduisant le récipient à contenir de l’argile, par exemple lors de l’étape de la compression de l’argile avant le montage des vases26, peut-être à la suite d’un accident de cuisson ou de traitement post-cuisson du vase, accident ayant contrarié sa destination première.

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Fig. 7 : Olla indigène à décoration bichrome de l’Incoronata, présentant à l’intérieur des restes d’argile solidifiée (Photo : C. Bellamy) (voir l’image au format original)

21L’utilisation ou la réutilisation de vases ou de fragments décorés considérés de prime abord – et souvent à juste titre – comme prestigieux, d’usage non quotidien et domestique du moins, ici dans un contexte artisanal, peut nous paraître, à nous archéologues et historiens parfois imprégnés malgré nous d’une vision classicisante, assez déconcertante. Pouvons-nous envisager qu’un « bel objet27 » – même non grec – a priori destiné à un cadre spécifique, bien souvent funéraire et/ou rituel, puisse être utilisé – ou réutilisé – au sein d’activités plus pragmatiques et dans une sphère généralement considérée – par nous – plus quotidienne telle que l’activité potière ?

22Quelle qu’en soit la raison, cette olla est restée sur le lieu même de sa production. Néanmoins, les vases découverts sur ce site n’ont pas tous été immédiatement rejetés dès lors qu’ils présentaient des défauts de cuisson ou qu’ils avaient éclaté ; certains ont vraisemblablement obtenu une seconde vie, quand d’autres, peut-être, ont pu être réalisés pour accomplir une fonction bien déterminée au sein de l’espace artisanal.

23Dans ces conditions, une étude typo-chronologique de la céramique au sein d’un espace de production ne peut se satisfaire des habituelles comparaisons formelles, stylistiques et contextuelles. Elle nécessite également une réflexion sur la gestion et le fonctionnement du lieu de production, c’est-à-dire des contextes et de la prise en compte de ces derniers dans l’étude matérielle28.

Destination finale d’une production céramique

24Une partie importante de la production céramique – grecque et indigène – produite à l’Incoronata dans cette première moitié du viie siècle n’a tout simplement pas quitté la colline29. Seules la fouille minutieuse et l’observation attentive des contextes archéologiques, à l’intérieur d’un parcours historico-archéologique renouvelé, ont permis de comprendre mieux la destination finale de cette production. Prenons l’exemple de l’encaissement quadrangulaire du secteur 4, secteur situé actuellement à quelques mètres au nord de la zone artisanale discutée précédemment (fig. 2a). Ce type de structure, parsemant régulièrement la partie occidentale de la colline, était précédemment interprété comme un oikos, une maison-magasin faisant partie d’un emporion grec : cependant, les données stratigraphiques et matérielles, revisitées, ne permettent plus désormais de soutenir cette interprétation. En effet, il ne s’agit non pas d’écroulements chaotiques et accidentels, mais au contraire, au moins pour certains ensembles, de dépôts céramiques datés entre le troisième quart et la fin du viie siècle av. J.-C., organisés méthodiquement : nous pouvons notamment y observer la céramique fine déposée au fond, « protégée » en quelque sorte par les grands conteneurs et les pierres déposés au-dessus30 (fig. 8). Ces dépôts procèdent donc en réalité de toute une série de gestes rituels de déposition31. Ainsi, ces vases – mélangés à la terre, à des pierres, à des briques, à de la faune, et parfois quelques instruments métalliques – semblent avoir été réalisés sur la colline dans le but d’accomplir sur ce même lieu des libations, des offrandes, à quelque divinité, héros ou ancêtre – rien ne permet actuellement de le préciser – avant de les briser volontairement, selon une procédure rituelle bien connue, rendant les objets en question sacrés, et donc non réutilisables.

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Fig. 8 : Dépôt de céramiques du secteur 4 de l’Incoronata. Détail de l’organisation et de la déposition rituelle du matérielle (Photo : M. Denti) (voir l’image au format original)

25Une donnée fondamentale dans l’étude et l’analyse de cette production céramique est d’une part l’extraordinaire quantité produite, une céramique souvent peinte, décorée, parfois figurée, et d’autre part une qualité technique relativement médiocre – trahie par le niveau de l’application de la peinture ou de la mauvaise cuisson ponctuelle de certaines pâtes – pour des vases qui n’étaient pas faits pour durer et être utilisés, et présentant d’ailleurs peu ou pas de marques d’utilisation32. Nous sommes donc là en présence d’une production céramique qui n’est pas destinée à être diffusée ou échangée – à moyenne et longue distance du moins – mais à être rapidement consommée, dans un cadre non utilitaire, et au sein d’un espace immédiatement proche du lieu de production. Il faut noter, enfin, qu’une partie de la céramique indigène est concernée par cette analyse, comme en témoigne ponctuellement dans ces dépôts grecs, la présence d’exemplaires indigènes décorés33 ou non34.

26L’association dans des contextes à vocation rituelle et/ou cultuelle de céramique grecque locale et de céramique indigène fabriquée également localement confirme d’ailleurs la coopération ultérieure des artisans potiers grecs et indigènes au sein d’un même espace, travaillant de concert pour un même objectif, au service d’un lieu particulier, éminent, prestigieux. Ainsi, dans ce cadre spécifique, la notion de fonction – ou mieux, de destination – des vases examinés doit être systématiquement réévaluée.

Le mirage de la fonction en archéologie protohistorique ?

27Cette interrogation n’est pas anodine, pas plus qu’elle n’est nouvelle. Si les archéologues des époques plus récentes disposent d’un arsenal plus large pour déterminer la fonction d’un vase – sources littéraires et iconographiques contemporaines notamment – il est pourtant essentiel de différencier en toute circonstance la fonction supposée de l’utilisation réelle. Par l’ethnographie, nous apprenons ainsi qu’un vase destiné à un usage spécifique tel que contenir de l’eau peut, après avoir perdu sa porosité, servir à conserver l’huile35. La récente « archéologie culinaire » regorge d’exemples, notamment médiévaux, qui démontrent une utilisation souvent très diversifiée des récipients à partir d’une gamme d’objets peu variée36. Mais lorsque nous étudions le matériel céramique, et que nous nous focalisons sur la question de la fonction, nous avons tendance à chercher toutes les fonctions possibles – cuire, servir, manger, boire – au sein du mobilier étudié. Cependant, nous ne devons pas exclure que certaines fonctions aient pu être remplies, peut-être exclusivement parfois, par des récipients en d’autres matières – dont le caractère périssable ou métallique a bien souvent empêché la conservation jusqu’à nos jours dans les contextes de découverte.

28Néanmoins, des méthodologies renouvelées et de plus en plus éprouvées permettent une analyse plus précise de la fonction des vases, en couplant critères technologiques, morphométriques, caractérisation des contenus, et tracéologie37, c’est-à-dire l’observation des traces laissées par la fabrication et l’usure. Bien que ces approches aient déjà été mises en pratique à l’Incoronata avec des résultats satisfaisants (fig. 9, tableau fondé essentiellement sur une approche morphométrique et technologique38), la caractérisation chimique des contenus présente certaines limites : les résidus identifiés – et identifiables – ont permis le plus souvent d’envisager seulement la possibilité qu’il s’agisse d’un produit particulier, tels les graisses animales, produits laitiers et traces de poix39. En outre, certains composants de ces produits ne se conservent pas, tandis que ceux qui sont conservés peuvent témoigner de différents usages au cours de la vie du récipient : ces différentes considérations rendent l’interprétation des données archéométriques périlleuse. Concernant les traces d’usage, il a été remarqué précédemment que la plupart des vases n’ont pas été – ou très peu – utilisés, et que les seules traces visibles sont celles qui témoignent de la fracture volontaire des objets dans le cadre du rite. Les critères technologiques sont quant à eux pertinents, notamment pour reconnaître les vases destinés à supporter des chocs physiques ou thermiques40, c’est-à-dire les vases d’usage quotidien, culinaire, mais ils sont plus complexes à utiliser pour les productions céramiques qui n’ont jamais été destinées à être utilisées de manière prolongée, comme cela semble être le cas ici d’une grande partie des vases.

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Fig. 9 : Tableau synthétisant les propositions d’attributions fonctionnelles pour la céramique indigène de l’Incoronata, à partir de critères morphométriques et techniques (Elaboration : F. Meadeb avec C. Bellamy) (voir l’image au format original)

29Enfin, les contextes archéologiques sont fondamentaux dans l’identification de la fonction d’un vase. Revenons sur le site de l’Incoronata pour nous intéresser à l’exceptionnelle structure absidée mise en lumière lors de la campagne de 2013 (fig. 2, b, et fig. 10), située immédiatement au nord de la zone artisanale et datable par la stratigraphie ainsi que par le matériel au viie siècle av. J.-C. A l’intérieur de cette dernière ont été découvertes, ensemble et associées aux restes d’une activité rituelle, quelques céramiques grecques et indigènes, parmi lesquelles un cratère grec de production locale (fig. 11) et un askos indigène à décoration monochrome41 (fig. 12). Ainsi, à l’instar des dépôts de céramique précédemment cités, la tenue d’activités rituelles par une communauté mixte se confirme à l’Incoronata, ou du moins utilisant une culture matérielle composite. Dans ce cas, faut-il imaginer que les vases utilisés gardent leurs prérogatives fonctionnelles, de façon différenciée, ou bien que l’un – ou les deux – fasse(nt) l’objet d’une réassignation fonctionnelle, dans une utilisation complémentaire et dans le cadre d’un rituel voyant la participation des deux entités culturelles ?

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Fig. 10 : Structure absidée du secteur 1 de l’Incoronata, vue depuis l’ouest. Au premier plan, dépôt de céramiques grecques et indigènes (Photo : M. Denti) (voir l’image au format original)

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Fig. 11 : Cratère grec de production locale provenant du dépôt au niveau de l’abside de la cabane du secteur 1 de l’Incoronata (Photo : M. Denti) (voir l’image au format original)

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Fig. 12 : Askos indigène à décoration monochrome provenant du dépôt au niveau de l’abside de la cabane du secteur 1 de l’Incoronata (Photo : M. Denti) (voir l’image au format original)

30Une nouvelle fois, la réponse ne peut être ni univoque, ni définitive. Mais les caractéristiques morphométriques des récipients et la connaissance des pratiques rituelles – au moins celles grecques – laissent deviner la fonctionnalité complémentaire des deux vases précédemment évoqués. Ainsi, l’askos indigène peut servir dans un premier temps de vase à puiser à l’intérieur du cratère recevant le liquide nécessaire au cérémonial, puis de vase verseur pour les libations et les offrandes42.

31Du reste, le cas n’est pas isolé : en Sicile sud-orientale, à l’intérieur d’une nécropole indigène des viie-ve siècles av. J.-C., une analyse fonctionnelle et contextuelle du mobilier funéraire tendrait à montrer que l’amphore indigène a ponctuellement pu remplacer – fonctionnellement – dans le cadre du rituel symposiastique ici adopté et réélaboré par les indigènes, le cratère grec43.

Conclusions et perspectives méthodologiques

32La résolution des questions sur la fonction, l’usage et la destination des vases dans le monde antique n’est pas chose aisée : elle se trouve complexifiée dans des contextes qui d’une part rassemblent le lieu de production et le lieu de consommation et d’autre part associent étroitement deux cultures matérielles différentes, occasionnant par là des « interférences » typologiques, stylistiques, technologiques, et sociales. L’objectif est ici avant tout de proposer des questionnements nouveaux sur la céramique, partant d’un exemple précis et singulier qu’est l’Incoronata, et de tenter d’offrir des pistes méthodologiques de réflexion pour les ouvrir à la discussion.

33Effectivement, la notion de fonction est incontournable, et particulièrement dans une étude céramologique. S’interroger sur l’utilisation qui a véritablement été faite d’un artefact particulier peut sembler vain dans certaines circonstances singulières, et dans les mondes anciens en général. Mais une interrogation ciblée, à partir des contextes, doit nous permettre d’élaborer et de réfléchir à des méthodologies d’études nouvelles et renouvelantes, et de nous interroger sur la manière dont nous-mêmes questionnons notre objet d’étude : en posant les bonnes questions, les réponses n’en seront que plus pertinentes. Passée cette évidence, l’ouverture et l’élargissement des problématiques qui animent nos recherches doivent nous pousser à chercher des indices – mais qui viendront inévitablement avec leur lot de nouvelles questions – dans d’autres disciplines, d’autres époques, pour confronter notamment les méthodes.

34Ici par exemple, l’apport de l’ethnographie, de l’ethnoarchéologie en particulier, des sources antiques, et des sciences dites dures, à savoir l’archéométrie, et la prise en compte plus systématique des critères morphométriques, tracéologiques et contextuels sont des apports fondamentaux pour renouveler nos problématiques, nos questionnements sur le matériau céramique, et surtout sur le contexte social, culturel, technique, qui à la fois enserre et dilate l’objet d’étude44.

Notes

1  Clément Bellamy, « La céramique indigène décorée de l’Italie méridionale à l’âge du Fer : matériau datant ou à dater ? Réflexions sur le cas de l’Incoronata près de Métaponte », Annales de Janua, 1, 2013, en ligne <http://annalesdejanua.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=160> [consulté le 17 juin 2014]

2  L’oikos greco del saggio E. Lo scavo e i reperti (Ricerche archeologiche all’Incoronata di Metaponto, 6), Dir. M. Castoldi et P. Orlandini, Milan, Et, 2003, et bibliographie précédente. Concernant un point nodal dans l’historiographie de la colonisation à la fin du xxe siècle, voir Robin Osborne, « Early Greek colonisation? The nature of Greek settlement in the West », dans Archaic Greece: New approaches and New Evidence, dir. N. Fisher and H. van Wees, London and Swansea, Duckworth and The Classical Press of Wales, 1998, p. 251-269.

3  Pour les derniers résultats, voir Mario Denti, « Incoronata », Chronique des activités archéologiques de l’École française de Rome, 2014, en ligne <http://cefr.revues.org/1096> [consulté le 17 juin 2014].

4  Ibid.

5  Parce que la céramique indigène décorée de l’âge du Fer fait l’objet de recherches approfondies dans notre thèse, notre article traitera de la céramique décorée.

6  Maria Cecilia D’Ercole, Histoires méditerranéennes, Paris, Errance, 2012 ; Sophie Bouffier, Les diasporas grecques du Détroit de Gibraltar à l'Indus (viiie s. av. J.-C. à la fin du iiie s. av. J.-C.), Paris, Sedes, 2012.

7  Pour des références plus précises sur le contexte productif artisanal de l’Incoronata, voir M. Denti et Mathilde Villette, « Ceramisti greci dell'Egeo in un atelier indigeno d'Occidente. Scavi e ricerche sullo spazio artigianale dell'Incoronata nella valle del Basento (viii-vii secolo a.C.) », Bollettino d'Arte, 17/vii, 2014, p. 1-36, en part. p. 14-28 en français.

8  M. Denti, « περιρρἁντέρια figurati a rilievo nei depositi di ceramica sulla collina dell’Incoronata di Metaponto. Tracce di un’attività rituale ? », Siris, 6, 2005, p. 173-186.

9  La bichromie apparaissant entre la fin du viiie et le début du viie siècle av. J.-C : Luigi Malnati, « Gli scavi dell’Incoronata di Metaponto e l’inizio della produzione di ceramica bicroma nell’Italia meridionale », ACME, XXXII/II, 1979, p. 283 ; Douwe G. Yntema, The Matt-Painted Pottery of Southern Italy: a general survey of the matt-painted pottery styles of Southern Italy during the Final Bronze Age and the Iron Age, Lecce, Congedo Ed., 1990, p. 154.

10  A ce sujet, pour Michel Gras, la fonction est « à la fois [la] destination et [l’]usage », dans Michel Gras, « Donner du sens à l’objet », Annales, 55/3, 2000, p. 601-614, en part. p. 604 et p. 607. Egalement, sur la distinction usage/fonction, Pascal Ruby, « Tarquinia, entre la Grèce et Sala Consilina. Éléments pour l'étude de la circulation des biens de prestige dans l'Italie centrale et méridionale protohistorique », MEFRA, 105/2, 1993, p. 779-832, en part. p. 801.

11 Michael Dietler et Ingrid Herbich, « Ceramics and Ethnic Identity: Ethnoarchaeological observations on the distribution of pottery styles and the relationship between the social contexts of production and consumption », dans Terre cuite et société. La céramique, document technique, économique, culturel, xive rencontres internationales d'archéologie et d'histoire d'Antibes (Juan-Les-Pins, 21-23 octobre 1993), Juan-les-Pins, APDCA, 1994, p. 459-472, en part. p.461.

12  Ibid., p. 469.

13  Voir notamment M. Denti, « Les dépôts de céramique grecque du viie siècle av. J.-C. à l’Incoronata. De la modalité des dépositions à la reconstitution des gestes rituels », dans Du matériel au spirituel. Réalités archéologiques et historiques des « dépôts » de la Préhistoire à nos jours, dir. S. Bonnardin et al., Antibes, APDCA, 2009, p. 145-158.

14  M. Denti et M. Villette (art. cit. n. 7).

15  Sur le concept d’hybridité culturelle, voir Peter Burke, Cultural Hybridity, Cambridge, Polity Press, 2009. Sur les « enjeux culturels » des rencontres Grecs-Indigènes, voir aussi M. Cecilia d’Ercole (op. cit. n.6), en part. p. 95 sq.

16  I Greci sul Basento. Mostra degli Scavi archeologici all’Incoronata di Metaponto 1971-1984, dir. P. Orlandini, Côme, New Press, 1986, p. 86.

17  Jean-Paul Morel soulignait déjà dès 1974 la « rareté très significative » pour les deux exemplaires hybrides de Garaguso, dans l’arrière-pays de Métaponte : Jean-Paul Morel, « Garaguso (Lucanie) : traditions indigènes et influences grecques », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 118/2, 1974, p. 384, p. 393 et fig. 10. Un cas semblable, retrouvé dans une tombe du viie siècle av. J.-C. d’Alianello-Cazzaiola, dans l’arrière-pays de Siris-Policoro : Douwe Yntema, « Mental landscapes of colonization: the ancient written sources and the archaeology of early colonial-Greek southeastern Italy », BABesch, 75, 2000, p. 9 et fig. 5c.

18  Rappelons que cette clé de lecture, considérant cet aspect a priori maladroit de réaliser la coupe comme la preuve irréfutable qu’un indigène s’est attelé à sa réalisation, pourrait être contestée : M. Denti, « Des Grecs très indigènes et des Indigènes très grecs. Grecs et Oenôtres au viie siècle av. J.-C. », dans Portraits de migrants, Portraits de colons, dir. P. Rouillard, Paris, De Boccard, 2009, p. 77-89, en part. p. 83-84.

19  Des exemples avec Alain Gallay, Pour une ethnoarchéologie théorique, Mérites et limites de l’analogie ethnographique, Paris, Errance, 2011, et la bibliographie associée.

20  I Greci sul Basento… (op. cit. n.16), en part. p. 169-170, et cat. 134 p. 172 ; M. Gras (art. cit. n. 10), en part. p. 609.

21  Ibid.

22  M. Denti et M. Villette (art. cit. n. 7), en part. p. 23.

23  Voir notamment l’exemple de Corent, où la concentration de jetons à l’intérieur du sanctuaire n’a évidemment pas la même signification que dans le complexe à vocation commerciale et artisanale, voir : Matthieu Poux et Matthieu Demierre, « Du culturel au profane : essai d’analyse taphonomique et spatiale des petits mobiliers du sanctuaire de Corent et de ses abords », dans Étudier les lieux de culte de Gaule romaine, dir. P. De Cazanove et P. Méniel, Montagnac, Editions Monique Mergoil, 2012, p. 209-227, en part. p. 221.

24  D. G. Yntema (op.cit. n. 9), en part. p. 112 sq.

25  Marina Castoldi, La ceramica geometrica bicroma dell’Incoronata di Metaponto (scavi 1974-1995), Oxford, BAR, 2006, en part. p. 36.

26  Afin d’expulser les dernières bulles d’air de l’argile, fatales pour le vase lors de la cuisson. Cette pratique est notamment attestée sur une pinax de Penteskouphia des débuts du vie siècle av. J.-C. : Alessandra Tempesta, « I quartieri artigiani », dans I Greci. Storia Cultura Arte Società, IV. Atlante 2, dir. S. Settis, Turin, Einaudi, 1996, p. 1077.

27  En référence à « l’archéologie du bel objet » telle qu’elle est pratiquée par les antiquaires dès le xvie siècle.

28  À l’Incoronata, ce sujet fait l’objet d’une thèse de la part d’une membre de l’équipe, Mathilde Villette, ce qui permet de réfléchir ensemble et de renouveler l’approche du document céramique, au sein d’un horizon heuristique et épistémologique important.

29  Il semblerait que des tombes du viie siècle av. J.-C. autour de l’Incoronata recèlent du matériel probablement produit sur cette colline : Antonio de Siena, « Contributi archeologici alla definizione della fase protocoloniale del Metapontino », Bollettino Storico della Basilicata, 6, 1990, p. 80. Mais en l’absence d’une publication exhaustive et précise de ce matériel, nous ne pouvons pas en dire plus.

30  On se reportera, pour ce nouveau parcours interprétatif, aux articles de Mario Denti, notamment à propos du dépôt du secteur 4 de l’Incoronata fouillé par une équipe de l’Université de Rennes 2 : M. Denti, « Les dépôts de céramique grecque… » (art. cit. n. 13)

31  Ibid.

32  Ibid., en part. p. 156, et bibliographie associée.

33  C’est le cas par exemple d’une cruche bichrome du dépôt du secteur 4, un exemplaire très fragilisé suite à une mauvaise cuisson : Cl. Bellamy, « La céramique indigène peinte du secteur 4 de l’Incoronata. Typologies, destinations, contextes », Siris, 11, 2012, p. 45-65, en part. p. 61-62.

34  Par exemple dans L’oikos greco… (op. cit. n.2), p. 52-56. Dans les recherches de l’Université de Milan, l’occurrence de céramique indigène dans des contextes grecs était parfois imputée à une présence féminine autochtone à l’intérieur de ces oikoi : ibid.

35 La mémoire du geste. La poterie domestique et féminine du Rif marocain, dir. André Bazzanaet al., Paris, Maisonneuve et Larose, 2003, p. 96.

36  Danièle Alexandre-Bidon, Une archéologie du goût. Céramique et consommation, Paris, Picard, 2005, p. 42. La référence bibliographique de la note précédente est tirée de cet ouvrage.

37  Voir notamment Sigrid Mirabaud, Martine Regert, Julien Vieugué, « Contribution méthodologique à l'analyse fonctionnelle des céramiques d'un habitat néolithique : l'exemple de Kovacevo (6200-5500 av. J.-C., Bulgarie) », Archéosciences, 32, 2008, p. 99-113.

38  Classification due en grande partie au travail minutieux de François Meadeb, membre de l’équipe, qui effectue un travail de thèse sur le matériel céramique achrome de l’Incoronata : François Meadeb, « La céramique ‘commune’ de l’Incoronata greca (Basilicate). Définitions, contextes et productions », dans Céramique commune et contacts culturels, dir. Arianna Esposito et Julien Zurbach, en cours de publication.

39  Prélèvements et analyses réalisés en 2010 sur une partie du matériel de l’Incoronata par Dominique Frère et Nicolas Garnier. Néanmoins, la rapide évolution des techniques de la discipline et de la caractérisation des éléments permettrait sans doute aujourd’hui des conclusions plus précises.

40  Voir La céramique. La poterie, du Néolithique aux Temps Modernes [1ère éd. 2003], dir. André d’Anna et al., Paris, Errance, 2011, en part. p. 93.

41  Les indices de l’activité rituelle étant ici la destruction sur place d’exemplaires céramiques totalement reconstructibles, et des traces de charbon et de feu sur quelques tessons : M. Denti, « Incoronata » (art. cit. n. 3).

42  Les traces de charbon sur les vases étant sans doute plutôt liées à la fin du rite, lors de leur bris volontaire à la fin de la cérémonie, ensuite rejetés au feu ou redéposés avec les éléments ayant servi au rite, ici les charbons du foyer.

43  Marco Camera, « La necropoli di Casa Cantoniera a Terravecchia di Grammichele. Una proposta di analisi funzionale dei corredi funerari », dans Il Mondo di Ade. Ideologie, spazi, rituali funerari per l’eterno banchetto – VIII-IV secolo a.C. (Gela-Ragusa 3-5 juin 2010), publication en cours.

44  Je profite de cette dernière note pour remercier l’association Janua, pour l’organisation de ces journées d’études, la possibilité offerte de publication et l’aide éditoriale, mon directeur de thèse, Mario Denti, ainsi que mes deux collègues et amis relecteurs François Meadeb et Mathilde Villette, pour leurs corrections et suggestions ; toute erreur, omission, interprétation, demeure de la responsabilité de l’auteur.

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Pour citer cet article

Clément Bellamy (2015). "Réflexions méthodologiques sur la fonction et la destination de la céramique d’un site de production gréco-indigène : l’Incoronata (Italie) entre viiie et viie siècles av. J.-C.". Annales de Janua, n°3.

[En ligne] Publié en ligne le 02 avril 2015.

URL : http://annalesdejanua.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=784

Consulté le 27/06/2017.

A propos des auteurs

Clément Bellamy

Statut : Doctorant à l’université de Rennes 2. - Laboratoire : Laboratoire Archéologie et Histoire Merlat (LAHM, UMR 6566 CReAAH). - Directeurs de recherches : Mario Denti, Massimo Osanna. - Sujet de thèse : La céramique indigène décorée de l'Incoronata. Typologie, destination, diffusion et étude archéométrique d'une production céramique de l'Italie méridionale à l'âge du Fer. - Thématiques de recherche : Céramique indigène décorée de l'Italie méridionale à l'âge du Fer ; Archéologie méditerranéenne ; Protohistoire méditerranéenne ; Relations entre Grecs et Indigènes et historiographie du sujet ; Ateliers potiers ; Céramologie ; Méthodologie de l'étude céramologique ; Typologie, terminologie et technologie de la céramique. - Contact : clement.bellamy@hotmail.fr

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Dernière mise à jour : 22 mai 2017

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