Fonctions et usages des vêtements, des parures et des accessoires dans la Savoie de la fin du Moyen Âge d’après les bans de justice des registres comptables, entre visibilité et discrimination sociale

Par Yaël Caugne
Publication en ligne le 30 avril 2026

Résumé

Linked to a study day organized by the Janua Association, this article deals with the political uses of clothing, adornments, and accessories in the late medieval Savoyard society. Clothes, jewelry and accessories are social differentiation et distinction instruments. They allow some social categories to show of their social status (burghers), in spite of sumptuary laws which intend to frame and limit luxury. Clothes and accessories (green, red or yellow distinctive signs) are also discriminatory tools for certain categories of the Savoyard population (Jews, prostitutes, lepers). So that, they are some political and moral discourses supports and relays in the Savoyard urban society. However, it does not prevent some daily bypasses and some subversive behaviors which undermine this logic, allowing some less reductive social identities expression.

Lié à la journée d’étude organisée par l’association Janua, cet article s’intéresse aux usages politiques des vêtements, parures et accessoires dans la société savoyarde tardo‑médiévale. Les vêtements, les parures et les accessoires sont des instruments de différenciation et de distinction sociales. Ils permettent à certaines catégories de la population urbaine de mettre en valeur leur statut social (bourgeois), en dépit des lois somptuaires qui entendent encadrer et limiter le luxe. Vêtements et accessoires (signes distinctifs de couleurs verte, rouge ou jaune) sont aussi des outils de discrimination pour certaines catégories de la population savoyarde (juifs, prostituées, lépreux). Ils sont donc les supports et les relais de discours politico‑moraux dans la société urbaine savoyarde. Toutefois, cela n’empêche pas des contournements quotidiens et des attitudes subversives qui écornent cette logique, permettant l’expression d’identités sociales moins réductrices.

Mots-Clés

Texte intégral

Fait avec le concours du Département de la Haute-Savoie.

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1Les vêtements, les parures et les accessoires dissimulent ou dévoilent la personne. Cette alternative permet d’étudier la façon dont vêtements, parures et accessoires participent au contrôle social et à la régulation des rouages de la société savoyarde en imposant la visibilité de certaines catégories sociales ou la discrimination à d’autres groupes sociaux.

2Le principal espace d’étude de notre étude est la Principauté savoyarde, en particulier les châtellenies de Chambéry (Savoie Propre), d’Annecy (Genevois), de Bourg-en-Bresse (Bresse) et de Conthey et Saillon (Valais savoyard). Les sources sur lesquelles repose notre étude sont les bans, les listes d’amendes et de compositions pénales, compilés dans les registres comptables tenus par les châtelains dans ces quatre châtellenies urbaines à la demande du Prince de Savoie1. Cette documentation de la pratique qui permet d’appréhender les vêtements, les parrures et les accessoires du point de vue de la comptabilité judiciaire, est utilement complétée par les textes législatifs et les actes de jurisprudence donnant à voir le point de vue normatif de l’appareil étatique savoyard de la fin du xiiie au début du xvie siècle2.

3Nous étudierons donc l’alternative de la dissimulation et du dévoilement, comme stratégies de contrôle et de régulation sociaux, en nous intéressant d’abord aux délits impliquant les vêtements, les parures et les accessoires des Savoyards au quotidien, puis en étudiant la législation et les normes sociales consacrées à l’habillement. Enfin, nous complèterons la réflexion par le contournement, voire le détournement des normes sociales et morales grâce aux vêtements, aux parures et aux accessoires.

Les atteintes aux vêtements, aux parures et aux accessoires des Savoyards au quotidien de la fin du xiiie au début du xvie siècle

Voler, dégrader ou frauder ? Les vêtements, les parures et les accessoires dans la petite délinquance savoyarde

4La petite délinquance désigne les délits du quotidien passibles d’amendes d’un montant égal ou inférieur à dix sous ou faisant l’objet de compositions pénales devant les autorités judiciaires3. Elle est l’objet principal des 66 871 bans consignés dans les registres comptables des quatre châtellenies urbaines savoyardes (Annecy, Chambéry, Bourg‑en‑Bresse, Conthey et Saillon). L’implication des vêtements, des parures et des accessoires dans cette petite délinquance urbaine savoyarde est révélatrice de leur place et de leur importance dans la société urbaine.

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Fig. 1 : Graphique comparatif des catégories délictuelles impliquant des vêtements, des parures et des accessoires d’après les bans des registres comptables savoyards (comptes des châtellenies d’Annecy, de Chambéry, de Bourg‑en‑Bresse, de Conthey et Saillon) de 1270 à 1510 (en %).

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5916 amendes et compositions pénales, c’est‑à‑dire moins de deux pour cent des 66 871 bans, impliquent des vêtements, des parures et des accessoires. Avec 622 vêtements, parures ou accessoires dérobés, le vol représente 68 % des délits les impliquant connus des autorités judiciaires dans les quatre châtellenies urbaines. 150 amendes ou compositions pénales ont été payées pour des dégradations de tels objets, ce qui représente 16 % des 916 délits mentionnés dans les sources judiciaires. En revanche, le recel et le dol représentent à peine 3 % des 916 délits, c’est‑à‑dire 28 bans, tandis que les irrespects des lois somptuaires et les refus de porter les signes distinctifs (ce délit concerne les prostituées, les juifs et les lépreux) sont au nombre de 116. Ils représentent donc environ 13 % des 916 délits. Ces proportions indiquent la nette prédominance du vol par rapport à tout autre délit dans la délinquance prenant les vêtements, les parures et les accessoires pour cibles. Ces biens sont donc convoités dans les sociétés urbaines savoyardes. Toutefois, les vêtements, les parures et les accessoires dérobés sont peu revendus. Le marché illégal, dit « marché noir » est confidentiel et donc difficile à réprimer pour les autorités judiciaires et politiques. Les proportions relatives aux recels et aux dols, des délits quotidiens et ordinaires qui relèvent du droit civil tout aussi difficiles à déceler, sont donc certainement minorées dans les 66 871 bans des quatre châtellenies urbaines. Cependant, la nette primauté délictuelle du vol par rapport aux dols et aux recels indiquent que les justiciables coupables de délits impliquant les vêtements, les parures et les accessoires ne convoitent pas exclusivement ces objets en raison de leur valeur marchande. Leur possession et les droits attachés à la propriété privée (droit d’usage, droit de jouissance, droit de disposer) sont tout autant au cœur des préoccupations des justiciables. Les accusés entendent contester et concurrencer la possession privée et l’exercice des prérogatives attachées à la propriété privée. Le vol de ces biens manifeste cette compétition. Les vêtements, les parures et les accessoires sont donc des objets quotidiens et ordinaires, mais non dénués d’intérêt. Ils manifestent la propriété privée et l’exercice des droits qui lui sont attachés. Ils deviennent donc des cibles non‑négligeables de la délinquance dans des sociétés urbaines parce qu’ils sont des enjeux de pouvoir et des marqueurs sociaux dans les sociétés urbaines savoyardes.

Les enjeux sociaux des vols et des dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires

6Dans les registres comptables des quatre châtellenies urbaines, 166 vols et dégradations impliquant des vêtements, des parures et des accessoires ont été perpétrés dans l’espace public, ce qui représente environ 22 % des 772 vols et dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires connus des autorités judiciaires4. 78 % de ces vols et de ces dégradations sont ainsi perpétrés dans l’espace privé (domicile privé, propriété foncière privée), soit 606 cas.

7La nature des éléments volés ou dégradés contribue à expliquer le plus grand nombre de larcins enregistrés dans l’espace privé.

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Fig. 2 : Barres groupées comparatives des vêtements, des parures et des accessoires impliqués dans les faits de vols et de dégradations d’après les bans des registres comptables savoyards (comptes des châtellenies d’Annecy, de Chambéry, de Bourg‑en‑Bresse, de Conthey et Saillon) de 1270 à 1510.

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884 bourses ont été volées ou dégradées, ce qui représente environ 11 % des 772 vols et dégradations. Or, ces accessoires sont généralement volés ou coupés au marché, dans l’espace public5. Cependant, ce sont surtout les vêtements (403 cas) et les sous‑vêtements (141 cas) qui sont les plus fréquemment volés ou dégradés puisqu’ils représentent respectivement 52 % et 18 % des 772 vols et dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires connus des autorités judiciaires. Ces éléments de l’habillement sont régulièrement dérobés ou dégradés au domicile de leur propriétaire lorsqu’ils ne sont pas portés6. Ceci est révélateur du profil sociologique des justiciables reconnus coupables de vols et de dégradations de vols, de parures et d’accessoires, ainsi que de celui de leur victime. Les autorités judiciaires ont reconnu 866 justiciables coupables des 772 vols et dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires portés à leur connaissance7. Ces délits sont donc majoritairement perpétrés par un justiciable seul, mais dans 94 cas le recours à des complices a été employé (c’est‑à‑dire pour 12 % des 772 vols et dégradations)8. Sur les 866 justiciables reconnus coupables, 21 sont explicitement qualifiés de pauvres dans les bans des registres comptables des quatre châtellenies, c’est‑à‑dire 2 % des 866 justiciables9. Les justiciables reconnus coupables de vols de vêtements, de parures et d’accessoires qualifiés de nantis ou ayant un titre de noblesse sont au nombre de 64 (soit 7 % des 866 justiciables reconnus coupables)10. Les justiciables reconnus coupables qui ne sont qualifiés ni de pauvres, ni de nantis sont au nombre de 781, c’est-à-dire 91 % des 866 justiciables reconnus coupables. Les justiciables issus des catégories sociales intermédiaires, ni pauvres, ni riches, sont donc les principaux auteurs des vols et des dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires connus des autorités judiciaires. Ils en sont également les principales victimes. En effet, 804 justiciables ont été reconnus victimes de vols de vêtements, de parures et d’accessoires par les autorités judiciaires, ces délits pouvant léser les intérêts de plusieurs victimes à la fois11. Ce sont 22 justiciables qualifiés de pauvres qui ont été reconnus victimes de vols et de dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires (soit environ 3 % des 804 justiciables reconnus victimes)12. Les victimes qualifiées de nanties ou ayant un titre de noblesse sont au nombre de 42, représentant 5 % des 804 justiciables13. Les justiciables reconnus victimes qui ne sont qualifiés dans les bans ni de pauvres, ni de nantis ou qui n’ont pas de titre de noblesse représentent 92 % des 804 victimes (soit 740 cas)14. Les vols et les dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires sont donc essentiellement perpétrés entre justiciables issus du même milieu social qui n’est ni pauvre, ni aisé. Dès lors, la convoitise est‑elle le principal motif des vols et des dégradations des vêtements, des parures et des accessoires ?

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Fig. 3 : Courbes comparatives des matières premières impliquées dans les faits de vols d’après les bans des registres comptables savoyards (comptes des châtellenies d’Annecy, de Chambéry, de Bourg‑en‑Bresse, de Conthey et Saillon) de 1270 à 1510.

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Fig. 4 : Courbes comparatives des matières premières impliquées dans les faits de dégradations d’après les bans des registres comptables savoyards (comptes des châtellenies d’Annecy, de Chambéry, de Bourg‑en‑Bresse, de Conthey et Saillon) de 1270 à 1510.

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9Les matières utilisées pour la confection des vêtements, des parures et des accessoires sont explicitées dans 652 bans, c’est‑à‑dire dans 84 % des 772 vols et dégradations connus des autorités judiciaires. Le caractère sériel des bans des registres comptables permet de retracer l’évolution chronologique des matières volées ou dégradées. Les vols et les dégradations des matières premières connaissent un point culminant durant les années 1390‑1410. Les décennies précédentes amorcent le mouvement et les décennies qui suivent sont parfois suivies de pointes culminantes, mais l’essentiel des vols et des dégradations des matières premières se concentrent autour du tournant du xve siècle. À l’instar du reste de l’Europe, cette période est marquée par l’accumulation des difficultés sociales et politiques dans la Principauté savoyarde15. La reprise des hostilités entre le Valais épiscopal et le Valais savoyard pèse sur le quotidien et la sécurité des habitants de la châtellenie de Conthey et Saillon16. À Annecy, le grand incendie de 1412 brûle les biens de bon nombre d’habitants17. À Bourg‑en‑Bresse et à Chambéry, les reprises épidémiques de 1408‑1410 fragilisent une population ressortie exsangue de l’épidémie de Peste noire de 1348‑134918. Toutefois, la soie n’est pas la matière première la plus fréquemment volée ou dégradée durant cette période de difficultés. Le lin est fréquemment dégradé durant les années 1360‑1390, mais les 106 bans relatifs aux vols et dégradations de lin ne précisent pas s’il s’agit de lin fin plus onéreux que le lin épais. Ce sont la laine ordinaire (91 % des 144 vols et dégradations de laine), les fourrures de mouton et de lapin (86 % des 128 fourrures volées ou dégradées) et les peaux de mouton, de bœuf et de vache (94 % des 117 peaux volées ou dégradées) qui sont les plus fréquemment dérobées ou dégradées19. Les justiciables reconnus coupables de vols et de dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires ont eu tendance à dérober ou à vandaliser des matières textiles bon marché, y compris en périodes de difficultés économiques, financières et sociales. Ceci indique que les vols et les dégradations de vêtements, de parures et d’accessoires ne sont pas systématiquement motivés par l’appât du gain. La faible proportion des recels de vêtements, de parures et d’accessoires (3 % des 916 délits impliquant l’habillement, les parures et les accessoires) confirme que l’intérêt des justiciables savoyards pour ces biens ne repose pas exclusivement sur leur valeur marchande. Les justiciables ordinaires reconnus coupables de vols et de dégradations ont attenté aux biens d’autrui afin d’améliorer leur propre quotidien, non dans le but de s’enrichir à long terme20. Les vêtements, les parures et les accessoires sont donc des biens inscrits dans les sociabilités ordinaires quotidiennes des Savoyards de la fin du Moyen Âge. Leur valeur et leur intérêt aux yeux des habitants de la Savoie tiennent moins à leur valeur marchande qu’à leur valeur sociale en tant que marqueurs des identités sociales dans une société fortement hiérarchisée.

Vêtements, parures et accessoires : des outils du dévoilement et de l’invisibilisation des populations

Dimanche et jours de fêtes en ville : les exemples de Chambéry et de Bourg-en-Bresse

10Le dimanche et les jours de fêtes religieuses, il est de rigueur de prendre part aux célébrations publiques et aux temps forts en se présentant sous ses plus beaux atours. À Bourg‑en‑Bresse, les fêtes de Noël et de Pâques sont marquées par l’organisation d’une procession ritualisée21. Les syndics portent alors les atours distinctifs de leur rang22. La législation princière les autorise à porter des vestes de couleur verte et noire au lieu des vestes mi‑parties noire et pourpre qu’ils doivent porter devant la cour de justice princière ou en présence du châtelain23. Ces dernières ont pour vocation de distinguer les syndics de Bourg‑en‑Bresse de ceux des communautés rurales limitrophes24. La production de la pourpre est très coûteuse. Son usage dans les vêtements de cérémonie est un moyen pour la municipalité de Bourg‑en‑Bresse de mettre en scène sa richesse25. L’usage du noir dans le vêtement mi‑parti dont la production est également onéreuse a davantage pour vocation de mettre en scène le pouvoir des syndics26. Il s’agit donc d’affirmer l’identité municipale forte de Bourg‑en‑Bresse en dépit d’une hiérarchie des pouvoirs dans laquelle les syndics de la ville sont inférieurs au châtelain, nommé par le Prince de Savoie, mais sont supérieurs aux syndics des communautés rurales. En revanche, la couleur verte dans les vêtements d’apparat suggère davantage une mise en scène festive du statut social27. Le but est donc de mettre en scène la dignité, l’allégresse publique, mais aussi l’ordre dans une société qui repose sur la bona fama, la bonne réputation, et la respectabilité publique.

11Vêtements, parures et accessoires sont de fait un moyen de manifester l’appartenance à la bonne société en prenant part aux réjouissances publiques profanes, comme à Chambéry, lors des entrées des Princes. Chacun doit arborer ses plus beaux vêtements, ses bijoux ou ses accessoires de qualité afin de manifester publiquement sa joie et donc sa fidélité, son obéissance et sa loyauté envers le Prince. Ainsi, le Chambérien montre qu’il fait partie de la bonne société savoyarde, celle des honnêtes gens, qui sont des travailleurs, des pères et mères de famille respectables, respectueux du Prince et de ses lois et de bons chrétiens.

12Le dimanche est un temps fort de la semaine, après la messe, la promenade du Vernet à Chambéry, le Sépulcre, le puits Saint‑Jean et le pâquier d’Albigny à Annecy, le quartier de l’École municipale à Bourg‑en‑Bresse accueillent une population hétéroclite28. Chacun y arbore ses plus beaux vêtements29. Les plus riches accessoires s’y étalent généreusement30. Les parures sont largement arborées31. Il s’agit d’afficher tous les signes de la respectabilité afin d’être réputé honnête et de compter au nombre des respectables habitants des bonnes villes du Prince. La « culture des apparences » explique en partie cette démonstration, mais les vêtements, les parures et les accessoires présentent aussi la personne aux yeux du monde, affichant sa profession, son statut social et son niveau de vie32. Ainsi, ils montrent son adhésion aux règles sociales et aux normes sur lesquelles reposent la société urbaine savoyarde tardo‑médiévale.

Légiférer au sujet des vêtements, des parures et des accessoires : normes de confection, lois somptuaires et règles sociales

13Les Princes légifèrent régulièrement en matière de production artisanale au nom de leur idéal politique, la Concordia, dont le but est de garantir la rémunération juste des artisans, sans pour autant léser les intérêts des consommateurs33. Ils légifèrent également au sujet des marques d’infamie imposées à certains de leurs sujets. Ainsi, Amédée VIII adopte les Statuts de 1430 qui imposent une visibilité non désirée à ceux qui ne sont pas considérés comme d’honnêtes et fidèles sujets du Prince. Le livre I confère aux Juifs de Savoie le statut de minorité religieuses protégée par le Prince34. Toutefois, il les soumet également au port obligatoire de signes vestimentaires qui les distinguent nettement du reste de la population. Il s’agit d’un morceau de tissu de couleurs rouge et blanche qui doit être porté sur l’épaule gauche. Il s’agit également de chapeaux surmontés d’une corne jaune évocatrice d’un croissant de lune35. Le livre I prévoit également des sanctions financières pour réprimer les récalcitrants36. Il s’agit d’une mesure discriminatoire, le but étant une mise à l’écart des Juifs qui ne peuvent pas s’intégrer pleinement à la société savoyarde parce qu’ils ne seraient pas de parfaits sujets du Prince. Des mesures discriminatoires ont également été adoptées à l’égard des prostituées. Leur commerce et leur mode de vie sont considérés comme infâmes. Elles ne sont donc pas intégrées à la bonne société urbaine. Dès 1397, Amédée VIII adopte une ordonnance, confirmée en 1403, puis en 1430, dans laquelle il impose aux prostituées le port sur la manche droite d’un ruban de quatre pouces de large et d’un demi‑pied de long de couleurs rouge, verte et jaune37. Les récalcitrantes s’exposent à des sanctions financières38. Le but est d’empêcher les prostituées d’arborer les robes, les parures et les accessoires des honnêtes et respectables épouses et mères de famille39. Des mesures discriminatoires similaires ont également été adoptées à l’égard des lépreux, des infirmes et des malades40. À Annecy, à Chambéry et à Bourg‑en‑Bresse, durant le xive siècle, les syndics et les bourgeois dans les conseils municipaux légifèrent afin de soumettre les malades au port de rubans aux couleurs des maladreries et des établissements religieux hospitaliers dans lesquels ils sont pris en charge41. Cette mesure n’est pratiquement jamais observée, cette catégorie de la population vivant de la charité publique. Toutefois, ces mesures législatives confirment que les vêtements, les parures et les accessoires qui sont assignés à ces trois catégories de population les singularisent dans l’espace public, non pour promouvoir leur altérité, mais pour aider les autres Savoyards à les fuir. L’idéal politique princier, la Concordia, autorise également le pouvoir politique à investir l’habillement, la parure et l’accessoire comme un champ de l’action publique. Des mesures restrictives ou lois somptuaires sont donc adoptées dans le Livre V des Statuts de Savoie de 143042. Les vêtements, les parures et les accessoires sont instrumentalisés afin de conforter l’ordre social et les normes morales. Ils font donc parties des mécanismes de régulation et de contrôle moraux et sociaux. Toutefois, cette législation est difficilement applicable. Les contournements et les oppositions à ces règles sont donc nombreux dans la Savoie de la fin du Moyen Âge.

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Fig. 5 : Courbes comparatives des catégories délictuelles attentatoires à la législation princière en matière de textile et de marque d’infamie d’après les bans des registres comptables savoyards (comptes des châtellenies d’Annecy, de Chambéry, de Bourg‑en‑Bresse, de Conthey et Saillon) de 1270 à 1510.

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14Sur les 916 délits connus des autorités judiciaires impliquant des vêtements, des parures et des accessoires, 144 attentent aux législations princières en matière de production et de vente textile et en matière de pratiques sociales autour du textile (port des marques d’infamie et restrictions vestimentaires), c’est‑à‑dire environ 16 % des 916 délits. 91 cas sur les 144 délits attentatoires à la législation princière contreviennent aux normes de production et de vente, ce qui représente 63 % des 144 délits43. Les délits qui contreviennent à la législation princière en matière de pratiques sociales du textile s’élèvent à 53 cas, c’est‑à‑dire environ 37 % des 144 délits attentatoires à la législation princière concernant le textile44. La production et la commercialisation des vêtements, des parures et des accessoires donnent donc davantage lieu à des infractions que les pratiques sociales autour du textile. Les délits relatifs à la production et à la commercialisation des vêtements, des parures et des accessoires sont particulièrement plus nombreux dans les bans de registres comptables rédigés entre 1390‑1470 car la période correspond au paroxysme de l’effort législatif de l’État princier en matière de répression des fraudes. Les données ne permettent donc pas de conclure à l’idée que les marchands ne commettaient aucun dol ou que les artisans ne fraudaient pas avant 1390. Elles sont révélatrices de l’adaptation du travail judiciaire aux attentes de l’État princier pour mieux encadrer la production et la commercialisation des textile et des objets d’orfèvrerie. Les délits relatifs aux pratiques sociales du textile sont quasiment absents des bans des registres comptables avant 1370. Ils sont beaucoup plus fréquents à partir de 1430. Cette répartition est également représentative des efforts judiciaires savoyards pour réprimer les atteintes à la législation princière, mais elle est également révélatrice d’une situation législative nouvelle dans la Principauté. Les manifestations ostentatoires du luxe dans l’habillement et la parure qui relevaient du champ moral avant 1370 entrent désormais dans le champ judiciaire. L’impossibilité de distinguer nettement les prostituées des femmes dites respectable, les juifs des chrétiens et l’impossible relégation sociale des infirmes et des lépreux entrent également dans le champ judiciaire. À l’instar du reste de l’Europe, la Principauté savoyarde entre donc dans une période de pénalisation des déviances morales et des divergences spirituelles ou physiques45. Il n’existait donc pas de délit de refus de port de signe distinctif avant 1377 et l’intérêt de la justice pour l’excès du luxe s’éveille avec les lois somptuaires de 1430. Dès lors, la pénalisation judiciaire de comportements qui relevaient autrefois de la morale et de son intériorisation se heurte au défi de l’application pratique.

Contourner et s’opposer aux règles et aux lois : les stratégies de contournement de la régulation sociale par les vêtements, les parures et les accessoires

Voiler ou dévoiler : une façon de s’opposer aux lois et aux normes sociales et morales ?

15En dépit de l’idéal de la Concordia, les refus de porter les signes distinctifs sont donc assez nombreux tant parmi les Juifs que parmi les prostituées46. Toutefois, l’opposition directe aux mesures discriminatoires n’est pas massive. Juifs et prostituées privilégient au quotidien une autre stratégie : le contournement. Ils acceptent de porter les signes distinctifs respectifs, mais en les dissimulant totalement ou partiellement sous des vêtements, des parures ou des accessoires47. Les signes sont parfois portés du mauvais côté48. Parfois, les contrevenants portent d’autres couleurs que celles imposées49. Les signes distinctifs sont donc détournés de leur fonction afin d’en diminuer la portée discriminatoire, ce qui n’empêche pas les contrevenants d’encourir des sanctions judiciaires.

16Cependant, les bons et honnêtes sujets savoyards aussi multiplient au quotidien les refus de la législation relative au textile et à l’orfèvrerie. Syndics et bourgeois refusent régulièrement les limitations du luxe et contreviennent à la législation princière relative aux vêtements, à la parure et aux accessoires50. L’irrespect des lois somptuaires ou de la législation relative aux commerce et à l’exportation des produits textiles et de l’orfèvre est fréquent chez les gros paysans, les marchands et chez les artisans enrichis51. Cela indique que les bons et honnêtes sujets du Prince portent atteinte aux vêtements, aux parures et aux accessoires d’autres sujets en dépit de leur respectabilité et la protection que le Prince leur accorde. Les victimes se doivent alors de répliquer à l’injure sous peine de perdre définitivement leur bona fama, leur réputation d’honnêteté et donc d’être socialement déclassées52. Ces contraventions ne s’opposent pas totalement à la hiérarchie sociale, puisqu’elle ne la bouleverse pas, mais elles participent au contournement quotidien par les « petites gens » des lois et des normes sociales et morales qui entourent les vêtements, les parures et les accessoires.

17L’opposition plus ou moins catégorique, ainsi que les détournements et les contournements vis‑à‑vis de la législation, sont également le fait des officiers qui multiplient les ports d’armes illégaux53. D’autres portent des armes non conformes à la législation54. Les armes, accessoires professionnels dans le cadre du service du Prince, sont aussi les manifestations de l’appartenance à la noblesse. Les officiers s’opposent donc à une législation qui les prive du droit de s’afficher publiquement en qualité de seigneurs. Le dévoilement ou l’occultation que les Savoyards pratiquent quotidiennement ne sont pas subversifs, mais ils sont symptomatiques d’un refus d’une catégorisation sociale trop rigide de la population au moyen des vêtements, des parures et des accessoires.

« L’habit ne fait pas le moine », le vêtement, la parure et l’accessoire ne font pas le Savoyard

18Si les vêtements, les parures et les accessoires peuvent être des outils de régulation et de contrôle sociaux, des réactions individuelles imposent une limite à cette logique. Ainsi, une forme de solidarité avec les Juifs discriminés n’est ainsi pas totalement impossible, comme le prouve l’exemple de ce chrétien à Annecy qui choisit de porter le signe distinctif des Juifs au risque d’encourir la même discrimination55. L’accusé est appréhendé par la justice princière qui identifie dans son geste une pratique subversive puisqu’elle montre qu’il n’existe pas de différences physiques et morales entre Juifs et chrétiens de Savoie. Cela contredit le discours politique et judiciaire officiel qui tout en accordant aux Juifs le statut de minorité protégée par le Prince de Savoie, en fait également des sujets de second rang en raison de leurs différences religieuses et de leurs prétendues différences physiques.

19De même, la tournure causative « l’habit ne fait pas le moine » s’applique très bien au cas de cette Chambérienne convaincue de prostitution, qui refuse de porter le signe distinctif de sa profession et qui arbore même une robe ordinaire de respectable épouse et mère de famille56. L’accusée est également appréhendée par la justice pour cet acte transgressif. L’accusée prouve qu’il n’existe aucune différence fondamentale entre la femme de « petite vertu » et l’honnête et respectable matrone savoyarde. Or, le discours politico‑moral princier, de concert avec l’Église, affirment que la prostitution est un péché moral qui enlaidit les corps et les visages. Le geste de l’accusée prouve que son activité professionnelle n’engendre aucune difformité. Il n’existe donc aucune différence formelle notable entre les prostituées et les honnêtes femmes.

20Les vêtements, les parures et les accessoires respectueux des lois et des normes peuvent aussi conférer une respectabilité qui n’est pas méritée. Une dame de qualité de Chambéry organise le vol de vêtements et de linges appartenant à l’écuyer de la comtesse de Savoie dans son domicile particulier57. La dame récidive en organisant à nouveau un vol au dépend de la même victime. Elle fait ensuite voler une cape en soie brodée de perles et de pierres précieuses, propriété de la comtesse. Au cours de ce troisième délit, l’accusée commet un bris de prison, en plus du vol caractérisé et la justice la soupçonne également de participer à un réseau de recel. La dame de qualité est prise en flagrant délit par les officiers comtaux qui procèdent à son arrestation. Son implication dans la délinquance relative aux vêtements, aux parures et aux accessoires montre que les signes de la respectabilité peuvent être trompeurs. Elle est en apparence au‑delà de tous soupçons, mais elle fait partie du monde de la délinquance, peut-être même de celle qui est organisée et professionnalisée. Si « l’habit ne fait pas le moine », l’habit de qualité ne fait pas davantage l’honnête et respectable sujet.

21Les vêtements, les parures et les accessoires à la fin du Moyen Âge en Savoie font parties de l’économie de la Principauté et de la sociabilité ordinaire. C’est à ce titre que le pouvoir princier savoyard se fait un devoir de légiférer à leurs propos. Toutefois, le port des vêtements, des parures et des accessoires est difficilement contrôlable au quotidien. Les oppositions plus ou moins franches, les contournements et les détournements des lois somptuaires et des mesures discriminatoires sont nombreux. Ils ne remettent pas en question l’ordre social, mais ils ébrèchent le contrôle social qui s’opère à l’aide des vêtements, des parures et des accessoires. Ces désobéissances quotidiennes rappellent que l’être ne saurait se réduire au paraître. Le pouvoir princier ne peut donc pas s’appuyer pleinement sur les vêtements, les parures et les accessoires pour contrôler sa population. En dissimulant ou en dévoilant les corps, les chevelures et la richesse individuelle, les vêtements, les parures et les accessoires permettant l’expression d’identités complexes, que la législation ne peut pleinement appréhender. Ils ne sont pas malléables à souhait, ce qui en fait des objets d’étude historique des plus intéressants.

Bibliographie

Sources

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Notes

1  Archives départementales de Savoie, série SA7669-7865. Archives départementales de Haute-Savoie, SA17031-17096. Archives de la Côte d’Or, série B7079-7251. Archives cantonales du Valais, la côte est série ASTO-69-41r-69-52v.

2  Les Statuts de Pierre II, éd. Cesare Nani, Turin, Mémoires de l’académie royale des sciences de Turin (33), 1881, p. 73‑124 ; Les Statuts d’Amédée VI de 1379, éd. Id., Turin, Mémoires de l’académie royale des sciences de Turin (34), 1882, p. 101‑160 ; Chantal Ammann‑Doubliez, « Les Statuts de Savoie d’Amédée VIII de 1430. Une œuvre législative majeure, Compendium statutorum generalis reformacionis Sabaudiae. Introduction, édition critique et index », dans La loi du prince. La raccolta normativa sabauda di Amedeo VIII (1430), dir. Mathieu Caesar et Franco Morenzoni, Turin, Palazzo Carignano (Biblioteca storica subalpina, 228), 2019, p. 306‑517.

3 La petite délinquance : du Moyen Âge à l’époque contemporaine (Actes du colloque de Dijon, 9 et 10 octobre 1997, organisé par le Centre d’études historiques sur la criminalité et les déviances de l’Université de Bourgogne), dir. Benoît Garnot, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 1998, p. 14.

4  Données fournies par le dépouillement des rubriques Banna (bans) des registres comptables suivants : Chambéry, ADS, châtellenie de Chambéry, Série SA7669-7865 ; Annecy, ADHS, châtellenie d’Annecy, Série SA17031-17096 ; Dijon, ADCO, châtellenie de Bourg-en-Bresse, Série B7079‑7251 ; Lausanne, AEV, châtellenie de Conthey et Saillon, Série ASTO‑69‑41r‑69‑52v. Annecy, Arch. dép. Haute-Savoie, châtellenie d’Annecy, AD074_SA17081, Banna concordata, fol. 7, année 1389‑1390 : « Recepit a Roberto Basterii et Jacquieta eius uxore quia dicta Jacquieta vasselletum plenum urine de domo sua proiecerat supra chaputum et chapellum Andree de La Brollea pleno scitu in carreria publica IX solidos » (Il a reçu de Robert Bastier et de Jacquiette son épouse, parce que ladite Jacquiette a projeté un pot rempli d’urine hors de son domicile sur le chapeau et la cape d’Andrée de La Brollea en toute connaissance de cause, sur la voie publique, la somme de 9 sous).

5  Lausanne, Arch. cant. Valais, châtellenie de Conthey et de Saillon, ASTO‑69‑45r‑31, Banna concordata, fol. 18, année 1369‑1370 : « Recepit a Perrerio Bercheto eo quia die foro unam bursam corio pellis firmatam cidit et secum deportavit xii solidos fortos » (Il a reçu de Perrier Berchet, parce qu’il a coupé une bourse en cuir renforcée par des peaux animales le jour du marché, avant de l’emporter, la somme de 12 sous forts).

6  Lausanne, Arch. cant. Valais, ASTO‑69‑44v‑29, Banna concordata, fol. 12, année 1367‑1368 : « Recepit a dicta Jaqua quia inculpabatur cepisse quamdam sericam camisiam in domo Guillelme Brissona uxoris Johannis Lombardi burgensis II florenos » (Il a reçu de ladite Jaqua, parce qu’elle est accusée d’avoir volé une chemise en soie dans la maison de Guillelme Brissona, l’épouse de Jean Lombard, bourgeois, la somme de 2 florins).

7  Données fournies par le dépouillement des rubriques Banna (bans) des registres comptables suivants : Chambéry, ADS, châtellenie de Chambéry, Série SA7669-7865 ; Annecy, ADHS, châtellenie d’Annecy, Série SA17031‑17096 ; Dijon, ADCO, châtellenie de Bourg‑en‑Bresse, Série B7079‑7251 ; Lausanne, AEV, châtellenie de Conthey et Saillon, Série ASTO‑69‑41r‑69‑52v.

8  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7728, Banna concordata, fol. 27, année 1406‑1407 : « Recepit a Georgio Benedicti pelliperio quia inculpabatur ad domum Mathee dicte Candura de nocte ultra eius voluntatem intrasse et quasdam bassas calces […] cum quibusdam suis complicibus cepisse et secum deportasse IX denarios grossos » (Il a reçu de Georges Bénédicte, pelletier, parce qu’il est accusé d’être entré de nuit dans le domicile de Mathée, dite Candura, sans son consentement et d’y avoir volé ses bas-de-chausses […] avec l’aide de quelques-uns de ses complices et de les avoir emportées, la somme de 9 deniers gros).

9  Annecy, Arch. dép. Haute-Savoie, châtellenie d’Annecy, AD074_SA17051, Banna concordata, fol. 9, année 1356‑1357 : « Recepit a Guillelmus Branchier eo quia vestem Pietri Gambier filii juveni Perreta Lejambii via publice derobaverat vii solidos » (Il a reçu de Guillèlm Branchier parce qu’il a volé la veste de Pierre Gambier, fils jeune de Perrète Lejambe, sur la voie publique, la somme de 7 sous).

10  Dijon, Arch. dép. Côte d’Or, châtellenie de Bourg‑en‑Bresse, FRAD021_B7149, Banna concordata, fol. 21, année 1355‑1356 : « Recepit a Perreto Leporte nobile quia caputium Mermetii Crochetaz laceraverat IIII solidos » (Il a reçu de noble Perret Leport, parce qu’il a lacéré le capuchon de Mermet Crochet, la somme de 4 sous).

11  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7795, Banna concordata, fol. 67, année 1464‑1465 : « Recepit ab Adam Clusaz escofferio eo quia inculpatur duos pileos derobaverat contra Mermetum Chabier alterumque Abraham Mossei judei IX solidos grossos » (Il a reçu d’Adam Clusaz, escoffier, parce qu’il est accusé d’avoir volé deux bonnets appartenant pour l’un à Mermet Chabier et pour l’autre à Abraham Mossei, un juif, la somme de 9 sous gros).

12  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7800, Banna concordata, fol. 84, année 1468‑1469 : « Recepit a Jacquier Pors quia pellem mutonis Marguerita Chavaulx pauperii mulieri laceraverat VIII solidos » (Il a reçu de Jacquier Pors parce qu’il a mis en pièce la peau de mouton de Marguerite Chavaulx, une femme pauvre, la somme de 8 sous).

13  Dijon, Arch. dép. Côte d’Or, châtellenie de Bourg‑en‑Bresse, FRAD021_B7149, Banna concordata, fol. 32, année 1441‑1442 : « Recepit a Johanneta Perreti quia accusata est unum caputium derobasse dame nobile Marguerita domicilii sui VI solidos parvi ponderis » (Il a reçu de Jeannète Perret parce qu’elle est accusée d’avoir volé un capuchon appartenant à la noble dame Marguerite, à son domicile, la somme de 6 sous de petit poids).

14  Lausanne, Arch. cant. Valais, châtellenie de Conthey et de Saillon, ASTO‑69‑50v‑88, Banna concordata, fol. 29, année 1444‑1445 : « Recepit a Johanne Lepert filio Perreto Lepert quia accusatus est unam pellem mutonis derobasse Andree Perreti sed ipse compositionem fecit VII solidos grossos » (Il a reçu de Jean Lerpet, fils de Perret Lepert, parce qu’il est accusé d’avoir volé une peau de mouton à Andrée Perret, mais qui a payé lui-même sa composition, la somme de 7 sous gros).

15  Bronislaw Geremek, La Potence et la pitié. L’Europe des pauvres, du Moyen Âge à nos jours, Paris, Gallimard, 1987, p. 30‑45.

16  Pierre Dubuis, Dans les Alpes au Moyen Âge. Douze coups d’œil sur le Valais, Lausanne, Éditions d’En bas et Société d’Histoire de la Suisse romande, 1997, p. 109‑120.

17  Pierre Duparc, La formation d’une ville, Annecy jusqu’au début du xvie siècle, Annecy, Société des Amis du Vieil Annecy, 1973, p. 24‑25.

18  Cartulaire de Bourg‑en‑Bresse, dir. Joseph‑Philibert Brossard et Charles Jarrin, Bourg‑en‑Bresse, Imprimerie Chambaud, 1882, p. 56‑57. Réjane Brondy, Chambéry. Histoire d’une capitale, Paris, Éditions du CNRS, 1988, p. 86‑87.

19  Dijon, Arch. dép. Côte d’Or, châtellenie de Bourg‑en‑Bresse, FRAD021_B7182, Banna concordata, fol. 37, année 1434 : « Recepit a Andree Lembart eo denuntiante Samueli Langloisi eius laniam communiam cepisse sine dicto denuntiante consensu XII solidos grossos VI denarios parvi ponderis » (Il a reçu d’Andrée Lembart sur dénonciation de Samuel Langlois, parce qu’il a pris de la laine ordinaire audit dénonciateur, la somme de 12 sous gros et 6 deniers de petit poids).

20  Valérie Toureille, Vol et brigandage au Moyen Âge, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, p. 69‑70.

21  Cartulaire de Bourg‑en‑Bresse (op. cit. n. 18), p. 334‑341, p. 489‑490.

22  Ibid., p. 334‑335. Elizabeth Barber et François Boucher, Medieval Costume in England and France, Londres, Thames and Hudson, 1995, p. 84‑102 ; Odile Blanc, « From Battlefield to Court: The Invention of Fashion in the Fourteenth Century », dans Encountering Medieval Textiles and Dress: Objects, Texts, Images, dir. Désirée Coslin et Janet Snyder, Londres, Palgrave Macmillan, 2002, p. 157‑172.

23  Cartulaire de Bourg‑en‑Bresse (op. cit. n. 18), p. 334-341.

24  Ibid., p. 489‑490.

25  Michel Pastoureau, Couleurs, images, symboles. Études d’histoire et d’anthropologie, Paris, Léopard d’Or, 1989, p. 201‑203. Annette Kuhn, Medieval dress and Fashion, Londres, Presses du Musée Britannique, 2015, p. 88‑89.

26  Michel Pastoureau, Noir. Histoire d’une couleur, Paris, Seuil, 2008, p. 223‑224.

27  Michel Pastoureau, Vert. Histoire d’une couleur, Paris, Seuil, 2013, p. 198‑199.

28  Cartulaire de Bourg‑en‑Bresse (op. cit. n. 18), p. 10. R. Brondy, Chambéry… (op. cit. n. 18), p. 133‑139. P. Duparc (op. cit. n. 17), p. 166‑175.

29  Dijon, Arch. dép. Côte d’Or, châtellenie de Bourg‑en‑Bresse, FRAD021_B7107, Banna condempnata, fol. 5, année 1355‑1356 : « Recepit a Bartholomeo Millieti quia dictum Lu Margins familiarum domini arripuerat per corium capitium dominicalem tissotum et dictum capitium laceraverat tamen lupis pellis lineatum est LX solidos grossos » (Il a reçu de Bartholomé Milliet, parce qu’il a agrippé ledit Lu Margins, serviteur du comte, par son capuchon du dimanche en cuir brodé et qu’il a lacéré ledit capuchon, alors qu’il était doublé en peau de loup, la somme de 60 sous gros). L’Étoffe et le vêtement, dir. Michel Pastoureau, Saint‑Denis, Presses Universitaires de Vincennes, 1995, p. 123‑124.

30  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, FRAD073_SA7719, Banna concordata, fol. 37, année 1396 1397 : « Reccepit a Johanne Jey de Servagia parrochie Vogleni quia inculpabatur dominicalem caputium pagnis preciosis grisi alamangny Anthonii Burgi drapperii furtine cepisse et secum deportasse VII florenos parvi ponderis » (Il a reçu de Jean Jey de Servage de la paroisse de Voglène, parce qu’il est accusé d’avoir volé le capuchon du dimanche d’Antoine Bourg, drapier, en étoffe précieuse grise d’Allemagne et de l’avoir emporté, la somme de 7 florins de petit poids). Odile Blanc, Parades et parures : l’invention du corps de mode à la fin du Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1997, p. 34‑36.

31  Dijon, Arch. dép. Côte d’Or, châtellenie de Bourg‑en‑Bresse, FRAD021_B7153, Banna concordata, fol. 14, année 1407‑1408 : « Recepit a Mermeto Perrerini filio Mermeti Perrerini pelleterio quia furtine ceperat quasdas annulum auratum brohiamque argenteam et unum monilem auratum Johannete uxoris Francisci Lepoullous burgensis Burgi die dominica in carreriam publicam pro quibus composuit XII florenos parvi ponderis » (Il a reçu de Mermet Perrerin, fils de Mermet Perrerin pelletier, parce qu’il a volé un anneau en or, une broche en argent et un collier en or à Jeanne, épouse de François Lepoullous, bourgeois de Bourg, le dimanche sur la voie publique, raison pour laquelle il a composé 12 florins de petit poids).

32  Daniel Roche, La culture des apparences. Une histoire du vêtement (xviie‑xviiie siècle), Paris, Fayard, 2007, p. 15‑25.

33  Les Statuts de Pierre II (op. cit. n. 2), p. 87‑88 ; Les Statuts d’Amédée VI de 1379 (op. cit. n. 2), p. 107‑108 ; Laurent Chevailler, Recherches sur la réception du droit romain en Savoie : des origines à 1789, Annecy, Éditions Gardet, 1953, p. 126‑132 ; Laurent Ripart, Les fondements idéologiques du pouvoir des comtes de la maison de Savoie (de la fin du xe au début du xiiie siècle), Nice, Presses Universitaires de Nice, 1999, p. 308‑310. C. Ammann‑Doubliez (op. cit. n. 2), p. 333‑346.

34  Ulysse Robert, Les signes d’infamie au Moyen Âge : Juifs, Sarrasins, hérétiques, cagots et filles publiques, Paris, H. Champion, 1891, p. 276‑289. C. Ammann-Doubliez (op. cit. n. 2), p. 54‑86.

35  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, FRAD073_SA7720, Banna concordata, fol. 25, année 1397‑1398 : « Recepit a Johanne filio Johannis Bilati de Cognino quia inculpabatur cornam flavam formam crescentis lunis caputii Peyreti de Sancto Aubino judeo fregisse iii solidos fortos » (Il a reçu de Jean, fils de Jean Bilat de Cognin, parce qu’il est accusé d’avoir brisé la corne jaune, en forme de croissant de lune, sur le capuchon de Peyret de Saint-Aubin, la somme de 3 sous forts).

36  Dijon, Arch. dép. Côte d’Or, châtellenie de Bourg-en-Bresse, FRAD021_B7151, Banna concordata, fol. 19, années 1405‑1406 : « Recepit a Davide de Merlo judeo inculpato signum suum quemadmodum judeorum portare debebat negavit portare X solidos vienensos » (Il a reçu de David de Merle, juif, accusé d’avoir refusé de porter le signe qu’il devait porter en qualité de juif, la somme de 10 sous viennois).

37  L. Chevailler, Recherches sur la réception… (op. cit. n. 33), p. 389‑391 ; Réjane Brondy, « Promenades dans le Chambéry médiéval », Société savoisienne d’histoire et d’archéologie. L’Histoire en Savoie. Revue trimestrielle historique, n. 52, 1979, p. 88‑99.

38  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7725, Banna concordata, fol. 27, année 1403‑1404 : « Recepit ab Antonia Coste Caterina de Annuallia Lyoneta de Ruppeforti Hugoneta de Salanchis Johanneta Bergoigniona Marguerita Frinequatre Francesia de Morge Johanneta de Villia Lyoneta de Conflens filiae communie quia signum non portaverunt veniendo contra cridas IIII solidos VI denarios fortos » (Il a reçu d’Antonia Coste, de Catherine d’Annuallia, de Lyonette de Rochefort, d’Hugonette de Sallanches, de Jeannette Bergoignion, de marguerite Frinequatre, de Françoise de Morge, de Jeannette de Villia et de Lyonette de Conflens, filles communes, parce qu’elles n’ont pas porté leur signe, contrevenant ainsi aux lois et à leurs dispositions, la somme de quatre sous et six deniers forts chacune).

39  Cartulaire de Bourg‑en‑Bresse (op. cit. n. 18), p. 172‑174. C. Ammann‑Doubliez (op. cit. n. 2), p. 168‑212.

40  Bruno Tabuteau, Damien Jeanne et Jean Fournée, Lèpre et lépreux en Normandie, Paris, Société parisienne d’histoire et d’archéologie normandes, 1997, p. 58‑72.

41  Annecy, Arch. dép. Haute‑Savoie, châtellenie d’Annecy, Dél. I, fol. 86v° 212, année 1377 : « Vistum eodem die an oportet pestiferi et leprosi infirmique signum portare ut faceret universis notum quod non sani sunt apud maiorem et saniorem pars villae Annessiacare. Debatum est an signum debet esse coloribus eius maladraria aut hospitibus aut aliis coloribus » (À l’ordre du jour, convient-il de soumettre les pestiférés, les lépreux et les infirmes au port d’un signe qui les répute comme malades auprès de la meilleure et de la plus saine moitié des habitants de la ville d’Annecy. Il y a eu un débat concernant les couleurs du signe. Faut-il qu’il soit aux couleurs des leurs maladreries ou à celles de leurs hôpitaux ou faut-il encore de toutes autres couleurs ?).

42  Laurent Chevailler, « La police religieuse, économique et sociale en Savoie d’après les Statuta Sabaudiae d’Amédée VIII », Mémoires et documents publiés par l’Académie chablaisienne, t. 41, 1977, p. 15‑34, en part. p. 29 ; R. Brondy, Chambéry… (op. cit. n. 18), p. 311‑325 ; La Savoie de l’an mil à la Réforme, xie‑début xvie siècle, t. 2, dir. Bernard Demotz, Jean-Pierre Leguay et Réjane Brondy, Rennes, Ouest France Université, 1984, p. 298‑302 ; Se vêtir au Moyen Âge, dir. Françoise Piponnier et Philippe Mane, Paris, Société nouvelle Adam Biro, 1995, p. 195‑202 ; Andrea Zorzi, « Contrôle social, ordre public et répression judiciaire à Florence à l’époque communale : éléments et problèmes », Annales. Economies, sociétés, civilisations, 45ᵉ année, n. 5, 1990, p. 1169‑1188. C. Ammann‑Doubliez (op. cit. n. 2), p. 77‑124 et p. 128‑132.

43  Dijon, Arch. dép. Côte d’or, châtellenie de Bourg-en-Bresse, FRAD021_B7157, Banna condempnata, fol. 23, année 1410‑1411 : « Item a Petro Chaponis burgenso per dictum judicem […] condempnato quia unam vestem brodeatam uxoris Ou Bergier furtine cepisse et secum deportasse necnon etiam quia dictam vestem vendidit quamvis derobatam est » (De même, au sujet de Pierre Chapons, bourgeois, condamné par ledit juge parce qu’il a volé une veste brodée à l’épouse d’Ou Bergier et qu’il l’a emportée dans le but de la vendre, en dépit du fait qu’elle a été volée).

44  Dijon, Arch. dép. Côte d’or, châtellenie de Bourg-en-Bresse, FRAD021_B7199, Banna concordata, fol. 35, année 1452‑1453 : « Recepit a Benedicto Prepositi escofferio burgenso Burgi inculpato armam portasse sine licentia et publice unam vaginam brodeatam et nimiam preciosam die iovis in contrariam et prjudicium Statutorum domini nostris portasse XV solidos III grossos parvi ponderis » (Il a reçu de Bénéficte Preposet, escoffier et bourgeois de Bourg, accusé d’avoir porté une arme sans autorisation et d’avoir arboré en public une gaine brodée trop luxueuse pour un jeudi, de façon contraire et au préjudice des Statuts de notre seigneur, le duc, la somme de 15 sous et 3 gros de petit poids).

45  Robert Moore, La persécution : sa formation en Europe, 950‑1250, trad. Catherine Malamoud, Paris, Les Belles Lettres, 2004, p. 173‑188.

46  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7734, Banna concordata, fos. 21‑29, année 1412‑1413 : « Recepit a Johanneta Bergoniona Johanneta Tabauda Johannete Brutillie Catrina parva Glandia Hugoneta de Salanchia dicta Trioleta filiae communi quia signum non portabant iiii solidos vi denarios fortos » (Il a reçu de chacune d’elles, à savoir, Jeannette Bergoniona, Jeannette Tabaud, Jeannette Brutillie, Catherine, la petite Glandia, Hugonette de Sallanches et de ladite Trioleta, filles communes, parce qu’elles ne portaient pas leurs signes la somme de 4 sous et 6 deniers forts). Jasmine Morice, Pécheresses, putaines, ribaudes et folles femmes. La représentation des prostituées dans l’art médiéval occidental, mémoire de master, Université Rennes 2, 2020, vol. 1 [mémoire non publié], p. 95‑98.

47  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7740, Banna concordata, fol. 42, année 1418‑1419 : « Recepit a Luyssetus filio Dandis Motier judeo eo qui non portabat signum judeorum evidenti sed eum abscondentem sub eius vestem XV denarios grossos » (Il a reçu de Luysset, fils de Dande Motier, juif, parce qu’il n’a pas porté le signe des juifs de façon évidente, mais en le cachant sous sa veste, la somme de 15 deniers gros).

48  Dijon, Arch. dép. Côte d’or, châtellenie de Bourg‑en‑Bresse, FRAD021_B7160, Banna concordata, fol. 29, années 1412‑1414 : « Recepit a Jacoleto de Bagiaco judeo eo quod signum summ ad dextrum brachium sicut quod Statuta est ordinatum non defferebat sed ad sinistrum brachium vii solidos vi denarios vienensos » (Il a reçu de Jacolet de Bagiace, juif, parce qu’il n’a pas porté son signe sur le bras droit, ainsi que les Statuts l’ordonnent, mais sur le bras gauche, la somme de sept sous et six deniers viennois).

49  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7740, Banna concordata, fol. 30, année 1418‑1419 : « Recepit a dicta Greda filiam communem pro eo quia non portabat signum meretricis qui debet esse rubeum viridemque flavum sed portabat signum coloribus viride et violace XII denarios grossos » (Il a reçu de ladite Greda, fille commune, parce qu’elle n’a pas porté le signe des prostituées qui doit être rouge, vert et jaune, mais qu’elle a porté un signe de couleurs verte et violette, la somme de 12 deniers gros).

50  Annecy, Arch. dép. Haute-Savoie, châtellenie d’Annecy, Dél. I, fol. 37v° 212, année 1336 : « Vistum eodem die vestimenta et arma syndicorum ultra cridarum domini nostri comitis. Remomerantur quod actum est secundum domini nostris comitis legibus acque eorum vestimenta comunitas Annesiaca empta sunt pro officiorum suorum aptando » (À l’ordre du jour, la question des vêtements et des armes des syndics qui ne respectent pas les normes et les peines de notre seigneur, le comte. Il leur est rappelé qu’il faut agir en vertu des lois de notre seigneur le comte et que les vêtements nécessaires à l’exercice de leur office sont achetés par la communauté municipale d’Annecy).

51  Annecy, Arch. dép. Haute-Savoie, châtellenie d’Annecy, Dél. I, fol. 42v° 212, année 1336 : « Vistum eodem die oportet burgensibus ac mercatores vestimenta et ornementa luxuosa portare. Considerandum domini nostri comitis legibus et quod vestimenta et ornementa luxuosae in contrarium leges sunt deliberandum est moderare et refrenare eas manifestationes ultra formam cridarum dicti domini nostri comitis » (À l’ordre du jour, la question du bienfondé pour les bourgeois et les marchands de porter des vêtements et des ornements luxueux. Considérant les lois de notre seigneur, le comte, et attendu que les vêtements et les ornements luxueux contreviennent aux lois princières, il est décidé de modérer et de restreindre ces manifestations de luxe irrespectueuses des dispositions et des peines du susdit seigneur, notre comte). Neithard Bulst, « La législation somptuaire d’Amédée VIII », dans Amédée VIII‑Félix V, premier duc de Savoie et pape, 1383‑1451 : colloque international, Ripaille-Lausanne, 23‑26 octobre 1990, dir. Bernard Andenmatten, Agostino Paravacini Bagliani et Nadia Pollini, Lausanne, Fondation Humbert II et Marie José de Savoie, 1992, p. 126‑132.

52  Arch. cant. Valais, châtellenie de Conthey et de Saillon, ASTO‑69‑48r‑57, Banna concordata, fol. 36, année 1416‑1417 : « Recepit a Johanne Vulliod allamano et Johanne Lombardi de Grenon quia Venutam uxorem matrem et bonam feminam domini filiam Margarete relicte Magni Johannis de Cresta de Verda ultra eius voluntatem decoperunt XIII denarios grossos » (Il a reçu de Jean Vulliod, allemand, et de Jean Lombard de Grenon, parce qu’ils ont dénudé Venuta, épouse, bonne mère de famille et bonne femme du duc, fille de Margaret, veuve du Grand Jean de Croix‑Verte, sans son consentement, la somme de 13 deniers gros).

53  Annecy, Arch. dép. Haute‑Savoie, châtellenie d’Annecy, FRAD074_SA17057, Banna concordata, fol. 7, année 1364‑1365 : « Recepit a nobile Pietri Damelis domini nostris perceptori quia eius ensem portaverat sine licentia VII solidos et IX denarii grossos » (Il a reçu du noble Pierre Damel, pércepteur de notre seigneur, le comte, parce qu’il a porté sa propre épée sans autorisation, la somme de 7 sous et 9 deniers gros).

54  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7759, Banna concordata, fol. 23, année 1434-1435 : « Recepit a domicello Michaeli Villaris filio nobile Johanni Villaris scutiferio domini nostri comitis eo quia una ensem portaverat ultra mensuram et formam cridarum Statutis domini nostris comitis Sabaudiae v solidos grossos et XII denarios » (Il a reçu du damoiseau Michel Villars, fils du noble Jean Villars, écuyer de notre seigneur, le comte, parce qu’il a porté une épée d’une longueur non conforme aux dispositions et aux peines prévues par les Statuts de notre seigneur, le comte de Savoie, la somme de 5 sous gros et 12 deniers).

55  Annecy, Arch. dép. Haute‑Savoie, châtellenie d’Annecy, AD073_SA10773, Banna concordata, fol. 51, année 1488-1489 : « Recepit a Stephano Lambelli eo qui signum judeorum portaverat ita quod judeus videbatur tamen christianus est XII solidos grossos et IX denarios » (Il a reçu de Stéphane Lambel, parce qu’il a porté le signe des juifs, passant ainsi pour tel, alors qu’il est chrétien, la somme de 12 sous gros et 9 deniers). Pierre Savy, « Entre peuple et communauté : remarques sur l’idée de nation chez les Juifs d’Italie (xve‑xvie siècles) », Revue de l’histoire des religions, 2, 2017, p. 297‑314.

56  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, AD073_SA7809, Banna concordata, fol. 53, année 1477‑1478 : « Recepit a Johanneta Girarda filia communie eo quia non solum signum meretricorum non portaverat sed etiam unam lanam robam portaverat sicut bonam feminam domini pro qua ea Girarda videbatur in publice III florenos parvi ponderis » (Il a reçu de Jeannette Girard, fille commune, parce que non seulement elle n’a pas porté le signe des prostituées, mais en plus elle s’est vêtue d’une robe en laine, comme une bonne femme du comte, passant pour telle en public, la somme de 3 florins de petit poids). Jacques Rossiaud, La Prostitution médiévale, Paris, Flammarion, 1992, p. 123‑124.

57  Chambéry, Arch. dép. Savoie, châtellenie de Chambéry, FRAD073_SA7710, Banna concordata, fos 66‑67, année 1389 : « De novies viginti franchis auri ad quos dicta dama qualitatis Johanna composuit cum domina pro eo quia inculpabatur […] Item chapellum sericum domine nostre Sabaudie comitisse perliis et lapidibus preciosis brodeatum cepisse seu captum ab alio recepisse fortasse ad eum vendendum » (Au sujet de 29 francs d’or composés par ladite dame de qualité, Jeanne, avec la comtesse parce qu’elle a été accusée [d’avoir] pris ou [d’avoir] reçu d’une tierce personne [la] cape en soie de notre comtesse de Savoie brodée de perles et de pierres précieuses, probablement pour la vendre). Jacques Chiffoleau, « Sur le crime de majesté médiéval », dans Genèse de l’État moderne en Méditerranée. Approches historique et anthropologique des pratiques et des représentations (Actes des tables rondes tenues à Paris les 24, 25 et 26 septembre 1987 et les 18 et 19 mars 1988), Rome, École française de Rome (Collection de l’École française de Rome, 168), 1993, p. 183‑313.

Pour citer ce document

Par Yaël Caugne, «Fonctions et usages des vêtements, des parures et des accessoires dans la Savoie de la fin du Moyen Âge d’après les bans de justice des registres comptables, entre visibilité et discrimination sociale», Annales de Janua [En ligne], Les Annales, n° 12, mis à jour le : 30/04/2026, URL : https://annalesdejanua.edel.univ-poitiers.fr:443/annalesdejanua/index.php?id=3874.

Quelques mots à propos de :  Yaël Caugne

Statut : Professeur Agrégé d’Histoire‑Géographie et doctorante en Histoire médiévale - Laboratoire : CIHAM - Directeur de recherche : Nicolas Carrier - Titre de la thèse : Délinquance, répression et société dans les États savoyards du Bas Moyen Âge (fin xiiie‑début xvie siècle) - Thématiques de recherche : Les procédures judiciaires, le personnel de justice, l’exploitation statistique de la délinquance et de la criminalité comptabilisées dans des ressources fiscales, le profil sociologique des a ...

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