auteurs : Henrique Sarmento Pedro https://annalesdejanua.edel.univ-poitiers.fr:443/annalesdejanua/index.php?id=3735 Index des publications de auteurs Henrique Sarmento Pedro fr 0 Les échecs médiévaux, un observatoire sur le phénomène d’acculturation https://annalesdejanua.edel.univ-poitiers.fr:443/annalesdejanua/index.php?id=3782 De nos jours, les échecs constituent l’un des jeux de tables les plus connus. Intergénérationnel, il fascine. D’une part, un nouvel engouement pour ce jeu est marqué par les films et les séries, à l’instar de la série Le jeu de la Dame, diffusé en 2020. D’autre part, les stratégies appliquées par de grands champions tels que Gary Kasparov, José Raoul Capablanca ou plus récemment Magnus Carlsen captivent et enchantent un auditoire large. Pourtant, tel n’a pas toujours été le cas. Ce jeu, dont l’origine n’a longtemps été que le sujet d’hypothèses dans la communauté scientifique, est originaire du sous-continent indien, où il est décrit pour la première fois au viie siècle. Transitant par les populations arabes, il arrive en Europe occidentale vers les ixe-xe siècles, et devient le loisir aristocratique par excellence. Jeu de stratégie, guerrière comme amoureuse, mais surtout de réflexion, il matérialise alors une image de la société médiévale, et rentre dans l’apprentissage des jeunes nobles. Archéologiquement, cette réserve pour la noblesse s’observe aussi. Les rares découvertes relatives à ce jeu témoignent d’un environnement principalement élitaire. Surtout, elles font aussi état d’un autre fait surprenant. Pour conquérir la main de leur belle ou établir une stratégie militaire, les protagonistes utilisent des pièces dont la morphologie est grandement modifiée depuis leur départ d’Inde. Les formes figuratives d’origine (chars, éléphants, conseiller, etc.) évoluent avec les interdits religieux de l’Islam, et perdent certains de leurs traits caractéristiques. Seuls les noms arabes continuent de préserver les figures indiennes. Cependant, arrivant en Europe, les morphologies se retrouvent complètement renouvelées, et les qualifications arabes effacent leur signification première. Entièrement métamorphosées, les différentes pièces s’éloignent de leur symbolique initiale au profit de formes originales et de noms adaptés à la culture européenne. Dans ce nouvel environnement, trois grandes typologies voient le jour. Les formes abstraites constituent les morphologies les plus communes. Elles sont les garantes de ce passage historique entre l’Inde, les pays musulmans et l’Europe. À l’inverse, les formes figuratives témoignent d’une adaptation de la culture européenne à ces formes et ces noms inconnus. Se retrouvent alors des figures conformes aux sociétés d’Europe occidentale (tours, fous, reine, etc.), dont la fonction change peu par rapport au premier jeu. Entre les deux, les formes mixtes mêlent figuration et abstraction. Elles constituent un exemple remarquable de la volonté des artisans de trouver des raisons aux représentations qu’ils ne comprennent pas. À travers ces différentes typologies et de quelques exemples de l’ouest français, ce sont quelques aspects des transferts culturels qui peuvent être observés. Nowadays, chess is one of the best-known table games. It captivates all generations. First, a new enthusiasm for the game is marked by films and series, such as The Queen's Gambit, broadcast in 2020. Second, the strategies applied by great champions such as Gary Kasparov, José Raoul Capablanca or more recently Magnus Carlsen captivate and delight a wide audience. However, this has not always been the case. This game, whose origins have long been the subject of speculation in the scientific community, originated on the Indian subcontinent, where it was first described in the 7th century. Passing through Arab populations, it reached Western Europe around the 9th-10th centuries, and became the aristocratic pastime par excellence. A game of strategy, both warlike and amorous, but above all one of reflection, it embodied an image of medieval society, and became part of the apprenticeship of young nobles. Archaeologically, this restriction for the nobility can also be observed. The rare finds relating to this game bear witness to a predominantly elite environment. Above all, they also reveal another surprising fact. To win the hand of their beloved one or establish a military strategy, the protagonists used pieces whose morphology had been greatly modified since they left India. The original figurative forms (chariots, elephants, counselors, etc.) have evolved in line with the prohibitions imposed on them. Only Arabic names continue to preserve Indian figures. However, when they arrived in Europe, the shapes were completely revamped, and the Arabic qualifications lost their original meaning. Completely transformed, the various pieces moved away from their original symbolism and adopted original features and names adapted to European culture. In this new environment, three major typologies emerged. Abstract forms were the most common morphologies. They are the guarantors of this historic transition between India, Muslim countries and Europe. Conversely, figurative forms reflect the adaptation of European culture to these unfamiliar forms and names. It features characters that are typical of Western European society (towers, bishops, queens, etc.), whose functions change little from those of the first game. Between the two, the mixed forms blend figuration and abstraction. They are a remarkable example of the desire of craftsmen to find reasons for appearances that they do not understand. These different typologies, along with a few examples from western France, illustrate a number of aspects of cultural transfer. jeu., 03 juil. 2025 17:05:02 +0200 mer., 16 juil. 2025 11:03:18 +0200 https://annalesdejanua.edel.univ-poitiers.fr:443/annalesdejanua/index.php?id=3782