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Décors, costumes et accessoires dans le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 28471 : de la tradition médiévale au discours réformateur des princes-évêques de Bâle
Par Camille Rivoire
Publication en ligne le 30 avril 2026
Résumé
Representing a Mystery at the end of the Middle Ages suggests the use of many costumes, accessories and props. Through the study of an unpublished text before my PhD thesis, the Mystère de la Passion de Jésus-Christ, ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 28471, I am interested in the significance of some chosen costumes and props, and also to their political, realistic and symbolic possible meaning. Staged in Porrentruy, in the Prince-Bishopric of Basel, during Counter-Reformation and witch hunt, the Mystery has to show the seductive and perverse behavior of demons and, more generally, of Catholic Church’s enemies. Therefore, their identification by the public is made easier trough the different costumes and props used by them on stage. Moreover, the edifiant function of the play uses some particular props like, for example, the handband or the dice, both refearing to a judicial and legal reality. In fact, we can consider that the different costumes and props introduced during the play serve a moral, edifiant and political discourse.
La représentation d’un mystère composé à la fin du Moyen Âge suppose l’emploi de nombreux costumes et accessoires. À travers l’étude d’un objet encore inédit avant notre thèse de doctorat, le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 28471, nous nous intéressons tout particulièrement à la signification de différents costumes et accessoires, ainsi qu’à leur portée à la fois politique, réaliste et symbolique. Mis en scène tardivement à Porrentruy, capitale de l’Ancien Évêché de Bâle, dans un contexte de Contre-Réforme et de chasse aux sorcières, le mystère doit donner à voir le caractère séducteur et trompeur des diables, mais aussi, plus généralement, des ennemis de l’Église, dont l’identification par le public est rendue évidente à travers leurs différents costumes et accessoires. La fonction édifiante de la représentation se confirme plus particulièrement par certains accessoires, comme, par exemple, le bandeau ou les dés, qui renvoient respectivement à une réalité judiciaire et législative. Ainsi, nous pouvons considérer que les décors, costumes et accessoires servent véritablement un discours à la fois moral, didactique et politique.
Mots-Clés
Table des matières
Texte intégral
1L’objet de notre étude est le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 284711. Ce manuscrit, contenant 190 feuillets2, présente un mystère dont le texte est divisé en trois journées, pour un ensemble de 13 505 vers3. Son étude révèle de nombreux emprunts4 à la Passion d’Arnoul Gréban5, composée au xve siècle. Encore inédit avant notre thèse de doctorat6, ce mystère a été mis en scène au début du xviie siècle à la demande du prince-évêque de Bâle, Guillaume Rinck de Baldenstein7, très probablement sous la supervision de Jean Gardel, réviseur supposé du texte, dramaturge et recteur des écoles de Porrentruy8. Ville catholique et francophone, Porrentruy représente une véritable frontière, à la fois confessionnelle et linguistique9. Ainsi, dans ce contexte de Contre-Réforme et de chasse aux sorcières, la représentation du mystère, rigoureusement encadrée par les autorités ecclésiastiques, constitue un véritable instrument du discours politique. L’enjeu de notre étude est donc d’essayer de comprendre dans quelle mesure les différents décors, costumes et accessoires, qu’ils soient employés sur scène, par les cent-trente-neuf personnages du mystère10, ou bien simplement mentionnés dans le texte dramatique, peuvent se charger d’une potentielle portée à la fois politique, religieuse et symbolique. Si les indications scéniques sont souvent rares et/ou lacunaires dans le manuscrit qui, de surcroît, ne contient pas de licencia ludendi, l’étude du texte dramatique révèle en revanche l’importance de nombreux costumes et accessoires au service de l’édification du public, à travers des codes sociaux bien connus, et, peut-être, d’une longue tradition théâtrale dont les spectateurs pouvaient également avoir connaissance.
Le contexte de la représentation du Mystère de la Passion de Jésus-Christ : mettre en garde le spectateur contre les ruses du diable et de ses complices
Les costumes des diables au service du discours édifiant
2Le mystère ayant principalement une fonction édifiante, donner à voir la monstruosité des diables est un enjeu inhérent à sa mise en scène. En l’occurrence, les costumes de ces derniers sont essentiellement hybrides, mêlant des attributs à la fois humains et animaux, comme le démontre le texte dramatique. C’est notamment le cas de Désespérance, diablesse déjà présentée comme la fille de Lucifer dans la Passion de Gréban11, que Judas décrit comme une « beste horrible » au v. 9 379 du Mystère de la Passion de Jésus-Christ. Son apparence serait ainsi semblable à celle des autres diables qualifiés plus tôt de « mauldites bestes » (v. 3 131). Traditionnellement, « quand les diables vont sur terre en mission, Lucifer leur donne, à sa façon, la bénédiction ; il lève sa patte sur leurs groins, et les maudit en les injuriant »12, ce qui confirme encore leur apparence animale.
3Par ailleurs, une des spécificités des rôles de diables et de leurs costumes est de pouvoir se transmettre de père en fils, dans certaines localités. Comme le rapporte Raymond Lebègue, « à Briançon, les habitants gardaient, de père en fils, les habits des diables de la Passion »13. Chargés d’une fonction édifiante, les costumes et accessoires inhérents aux rôles des diables participent grandement à la dimension spectaculaire du mystère14. En l’occurrence, notre texte constitue un exemple pertinent du maintien tardif des accessoires propres au jeu des diables dans les mystères médiévaux15.
Des diables aux ennemis de l’Église
4Dans le mystère, certains ennemis influencés par les diables ainsi que leurs maléfices, sont seulement mentionnés comme « les Vaudois et les sorciers » (v. 469), suivis des nécromanciens (v. 470-471), cités par le diable Belzébuth. Cette énumération par le diable des ennemis de l’Église et de leurs méfaits constitue, ici, un véritable instrument du discours politique.

5Pour contextualiser cette condamnation dans le texte du mystère, précisons que les persécutions menées par l’Église contre ces hérétiques, à savoir « les Vaudois et les sorciers », commencent au xve siècle16. En l’occurrence, ce thème est bien attesté au théâtre. « Le Mystère de Saint Martin, joué [...] [en Savoie], met dans la bouche d’un fol une bien étrange façon de respecter les usages d’une communauté mal identifiée, à peine distinguée des Vaudois ou des sorciers »17, tournés en ridicule, animalisés et, de ce fait, diabolisés à travers le jeu théâtral. En évoquant à son tour « les Vaudois et les sorciers », le texte de notre mystère participe à cette tendance. Quant aux costumes des personnages présentés comme les ennemis de l’Église, ceux-ci doivent être porteurs de sens, devant révéler un caractère séducteur, démoniaque ou trompeur. Nous pouvons penser, par exemple, à Salomé, chantant et dansant devant Hérode (v. 4 743-4 748), ainsi qu’à Hérodiade, recevant de sa fille la tête de saint Jean-Baptiste sous le regard du diable Astaroth. Dans cette scène, l’emploi des accessoires doit également mettre en évidence la cruauté caractéristique du personnage d’Hérodiade qui n’hésite pas à s’emparer elle-même d’un couteau pour mutiler la tête tout juste décapitée de saint Jean-Baptiste.

6Parmi les ennemis traditionnellement présents dans les mystères, l’on retrouve également les bourreaux et les païens :
Bourreaux et païens sont en quelque sorte des figures humaines des diables, dont ils empruntent le langage et la gestuelle. De même certains possédés, [...] sans jamais se substituer aux diables, fournissent l’occasion d’une expression humaine du diable. Ces catégories humaines que diabolisent leur langage et leurs manières, mais pas leur costume, incarnent une forme d’altérité maléfique, tant aux yeux des personnages chrétiens qu’à ceux des spectateurs18.
7C’est donc bien le costume qui permet d’affirmer avec certitude l’identité d’un personnage dans l’espace scénique. Dans un autre registre, c’est aussi le cas, par exemple, des Apôtres décrits comme « tres mal vestus » (v. 8 601), en raison de leur pauvreté et de leur mode de vie ascétique.
La spécificité du ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 28471 : l’accessoire entre réalité juridique et communication symbolique à Bâle et dans l’Ancien Évêché
8Par ailleurs, notre texte présente un personnage de bourreau bienveillant, se lamentant sur le sort du condamné et implorant son pardon avant son exécution19. En effet, s’il lui accorde une dernière prière, nous remarquons que le bourreau bande également les yeux de saint Jean-Baptiste avant de le décapiter.
9

10La présence du bandeau dans cette scène n’est certes pas anodine, les yeux bandés étant un des attributs caractéristiques de l’allégorie de la Justice :
Le bandeau veut enrichir l’allégorie traditionnelle de la Justice, dira-t-on plus tard. [...] Ce n’est qu’à la moitié du xvie siècle, en effet, et non pas avant, qu’une série de glissements de sens et que quelques revendications provocatrices, sur l’arrière-plan de certains changements importants de l’ordre pénal, feront du bandeau un attribut dominant dans l’iconographie de la Justice. [...] Sebastian Brant, [« humaniste conservateur et partisan de l’Église traditionnelle »20], professeur de droit à Bâle, et l’illustrateur de son Narrenschiff [la Nef des Fous], ne pensait pas du tout ajouter quoi que ce soit à cette allégorie en y insérant un dispositif symbolique de plus. Il est par contre vrai que l’apparition du bandeau dans ce contexte iconographique confirma et relança le rapport qu’il y avait entre la réalité juridique pratiquée et la communication symbolique instaurée depuis longtemps et destinée à rester, et à se renforcer. [...] Dame Justitia devient le sujet de la représentation justement parce qu’elle est “actionnée” par le bouffon [qui lui bande les yeux] : elle est la victime d’un geste qui, dans le répertoire des signes, rappelle, aux époques médiévale et moderne, la raillerie, la mauvaise plaisanterie, la dérision21.
11À travers l’emploi du bandeau, saint Jean-Baptiste devient donc un représentant symbolique de la justice.

Fig. 1. : S. Brant, « Le fou bande les yeux de la justice » (Das Narrenschiff, 1494).
(voir l’image au format original)
© Mario Sbriccoli, « La triade, le bandeau, le genou. Droit et procès pénal dans les allégories de la Justice du Moyen Âge à l’âge moderne », Crime, Histoire & Sociétés [En ligne], 9, n. 1, 2005. URL : http://journals.openedition.org/chs/382 (Consulté le 21 mars 2025).
Costumes, décors et accessoires : un spectateur au fait de la symbolique des codes vestimentaires, moraux et matériels convoqués par le jeu
Costumes, accessoires et discours réformateurs : sermon et appel à la conversion du peuple
12Saint Jean-Baptiste représentant l’Église face à ses ennemis, son rôle peut également constituer un instrument du discours politique et réformateur du prince-évêque de Bâle. Ce discours peut notamment être appuyé par l’opposition vestimentaire entre le saint et les autres personnages présents dans l’espace scénique. Par exemple, la condamnation par le prophète de l’or et de la parure, associés à la vanité, nous rappelle le rejet des vêtements trop coûteux et ostentatoires par le prince-évêque Blarer22, oncle et prédécesseur du commanditaire de la pièce23. Ainsi, le personnage de saint Jean-Baptiste associe l’or et les richesses à l’orgueil et à l’hypocrisie, dans sa prédication qui dénonce les péchés d’Hérode et appelle le peuple à la conversion.

Quelles couleurs pour ces différents costumes et accessoires ?
13La portée politique, morale et symbolique du discours peut être servie par un autre élément inhérent à l’accessoire et au costume, à savoir la couleur :
Dans le système des sept péchés capitaux, souvent mis en scène par le texte et par l’image [ce que réunit finalement le théâtre], c’est l’avarice qui est verte et qui le restera longtemps. La palette de ce septénaire, relativement stable à partir du milieu du xive siècle, ne change guère à l’époque moderne, comme l’attestent les manuels d’iconologie et les nombreux traités sur les couleurs imprimés en Italie : l’orgueil et la luxure sont rouges ; la colère, noire ; la paresse, bleue ou blanche ; l’envie et la jalousie, jaunes ; l’avarice, verte24.
14À ce propos, « le costume constitue le premier code de la couleur institué par la vie en société »25. Au théâtre, « la légende, en effet, raconte comment plusieurs acteurs seraient morts après avoir joué le rôle de Judas26, traditionnellement vêtu de vert, de jaune ou de vert et jaune »27. D’après le manuscrit Rothschild 3010 de la Passion de Valenciennes (1547)28, le vert mêlé au jaune est justement une des couleurs dominantes dans la représentation de la gueule d’Enfer d’où sortent les diables durant la mise en scène.

Fig. 2 : Paris, Bibliothèque nationale de France, « La gueule d’Enfer, détail de la peinture du « Theatre ou hourdement » de la Passion jouée à Valenciennes en 1547, par Hubert Cailleau », ms. Rothschild 3010, Le Mystère de la vie, Passion, mort Résurrection et Assention de Nostre Seigneur Jesus Christ, en 25 journees [...], f. B recto.
(voir l’image au format original)
© BnF, Gallica
15Le mélange de différentes couleurs, ou bien la bigarrure, révèlerait ainsi l’ambivalence et la dangerosité d’un décor et des personnages lui étant associés. De plus, à propos de la mise en scène du mystère à Porrentruy, l’association probable de ces couleurs à des personnages diaboliques nous semble pertinente, notamment en raison de documents d’archives judiciaires établissant un lien étroit entre la couleur verte et le diable. En effet, dans ses aveux définitifs, Marguerite Perrin, accusée de sorcellerie et interrogée dans le château du prince-évêque Guillaume Rinck de Baldenstein, en juillet 1613, rapporte que son maître, le diable, se présente à elle vêtu de vert afin de la conduire au sabbat29.
16Au cœur de la dichotomie entre le Bien et le Mal qui se joue sur scène, la couleur blanche, au contraire, dont le Christ est revêtu, doit symboliser son innocence face aux maux dont il est accusé.

17Cependant, plus loin dans le texte dramatique, la couleur blanche connaît un glissement de sens, passant de l’innocence à la folie30, désormais sujet de raillerie, comme le démontrent les vers 10 061-10 062 : « la robbe luy est bien posee / pour un fols selon la folie ». Puis, la robe « rouge de pourpre » (v. 10 504), dont les soldats revêtent finalement le Christ, rappelle, quant à elle, la couleur traditionnelle du châtiment :
Le rouge chargé de punir les crimes ou de faire expier les péchés n’est pas seulement présent dans la fournaise de l’enfer. Il l’est aussi dans les rituels judiciaires [...] à travers le rouge de l’habit du juge, récurrent dans les images médiévales, et celui du bonnet ou des gants du bourreau, “exécuteur des hautes œuvres”. Tous deux correspondent à des pratiques vestimentaires bien réelles qui débordent largement le cadre du Moyen Âge. Il faut en effet y associer à l’époque moderne les costumes et les couvre-chefs de même couleur dont on revêt les condamnés31.
18Par ailleurs, différents personnages peuvent aussi changer de costume pendant la représentation. C’est notamment le cas, à la fin de la première journée du mystère, des disciples de saint Jean-Baptiste, lors des funérailles de leur maître. Suivant la tradition antique encore en vigueur dans l’usage occidental moderne, le noir est la couleur du deuil32 :

19Au théâtre, un changement de costume peut donc accompagner un changement d’état du personnage, révélant ainsi son évolution, qu’elle soit positive ou négative. Cette hypothèse se confirme déjà dans des Jeux bien antérieurs aux grands mystères de la Passion, comme le montre l’exemple du Jeu de la Feuillée d’Adam de la Halle, composé au XIIIe siècle :
20Ainsi, selon Jean Dufournet, « Adam, dans son nouveau costume, cherche à dépouiller le vieil homme pour renaître à l’étude et à la vie de clerc »33, en renonçant à ses égarements passés. Ce renoncement au passé rappelle en l’occurrence l’image paulinienne du vieil homme pécheur qui renaît en homme nouveau et vertueux34. Sur scène, cette conversion du personnage, accompagnée d’un changement de costume à vue, se retrouve bien plus tard par exemple dans la Passion d’Auvergne, à travers le personnage de Marie-Madeleine35. Touchée par l’enseignement du Christ, elle renonce alors à ses riches atours.
Quel financement pour l’ensemble de ces costumes, décors et accessoires ?
21Instruire un large public suppose d’importants moyens financiers et matériels. Se pose alors la question du financement des différents décors, costumes et accessoires inhérents à la représentation d’un mystère de la Passion. À ce propos, « l’intérêt évident des sources comptables pour l’étude du théâtre médiéval est qu’elles nous apportent des éléments précis pour l’étude matérielle des représentations »36. En l’occurrence, les sources comptables sont probablement les documents qui fournissent le plus d’informations à propos de l’économie des pièces de théâtre et de leur mise en scène.
Les sources les plus disertes à propos de l’économie et des professionnels des secrez des mystères de la Passion sont les livres de comptes de représentation. Alors, on se rend compte de l’importance des feintes dès la préparation du spectacle : pour le Mystère des Trois Doms, le poste le plus élevé est celui des décorations et des machines ; pour Le Mystère de la Passion de Châteaudun, près d’un cinquième des dépenses totales est dédié “aux salaires et matériaux pour les fainctes”. De plus, les maistres des secrez sont des spécialistes qu’on convoque, parfois de loin. Ainsi, Guillaume Brudeval est invité à venir d’Evreux pour la représentation à Châteaudun huit mois avant, il est donc logé et nourri avec toute sa famille pendant ce temps, son salaire et son séjour coûtent près de deux cents livres aux organisateurs. À ses côtés, Perrinet Rifflart est nommé “gouverneur de l’Enfer” et arrive peu avant la représentation pour diriger le fonctionnement de toutes les machineries mises en place par Guillaume de Brudeval, ainsi que l’équipe qui assure les trucages ; Perrinet Rifflart dirige là une vingtaine d’hommes. [...] La présence de ces fainctiers est indispensable à la représentation et afin qu’ils y soient totalement intégrés, ils disposent de leur propre livret précisant leurs interventions : les billets de advertence.
Finalement, de l’écriture du mystère à sa représentation, les secrez et fainctes [c’est-à-dire les différents trucages inhérents aux décors] sont omniprésents. Ils font l’objet d’une grande attention comme le prouvent les dépenses qui leur sont dédiées et leur prise en charge par des professionnels37.
22À Porrentruy, les dépenses inhérentes aux costumes sont assumées par la commune, alors sous l’autorité du prince-évêque de Bâle. Par exemple, en 1556, pour un spectacle composé du Sacrifice d’Abraham et de l’Histoire de Golias, « la commune [...] ne dépensa pas moins de 8 livres pour le paiement des costumes qu’elle prit à son compte »38. Pour le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, mettant en scène non moins de cent-trente-neuf personnages39, ces dépenses représentent supposément une somme bien plus importante :
Par le nombre des personnages, on peut se faire une idée de la dépense entraînée par la représentation, et conclure par là de la richesse ou de la générosité des localités qui supportaient ces frais. St-Jean-de-Maurienne par exemple, nous a laissé la trace d’un petit nombre seulement de représentations, mais qui toutes ont dû coûter fort cher. Modane et surtout Bessans, petit village de haute montagne, s’offrent à plusieurs reprises le luxe de représentations fort coûteuses, ce qui indique l’attachement de leurs habitants à ces actes de foi40.
23Le « luxe » des représentations est justement associé à la richesse et à la variété des costumes41.
24De plus, pour l’historien du théâtre, l’étude des différents décors, costumes et accessoires mentionnés dans les livres des comptes constituent parfois la seule preuve matérielle de représentations dont les textes ont pu être en partie perdus42.
Costumes et accessoires : une longue tradition théâtrale connue du spectateur ?
Le registre comique : l’emploi détourné de certains costumes et accessoires
25Indispensables à la mise en scène, costumes et accessoires peuvent aussi accompagner un certain comique de geste, de parole ou de situation, complétant ainsi le jeu des acteurs. En effet, si différents personnages anecdotiques comme le fou et la mégère, traditionnellement présents dans les mystères, privilégient plutôt un comique de langage dans notre texte, d’autres, comme les soldats, emploient bon nombre d’accessoires sur scène. Le comique de ces personnages peut parfois naître de l’énumération de leurs (trop) nombreux accessoires pour une expédition militaire fort peu dangereuse43.

26De plus les soldats, tournés en ridicule pour leur ivrognerie et leur paresse, se caractérisent aussi par leur couardise et, plus généralement, par leur bêtise dans le mystère, comme le révèle justement l’emploi particulier de leurs costumes et accessoires :

27À ce propos, selon Estelle Doudet « la dénonciation d’un habit qui ferait le moine n’est sans doute pas propre à cette époque. Mais le thème parcourt avec insistance la littérature, moteur du rire ou de l’inquiétude : vingt-neuf des pièces comiques du recueil Cohen reposent sur la satire du vêtement et de son inadéquation avec l’être qui le porte [...] »44. En effet, on peut considérer que différents intermèdes farcesques permettent des pauses entre une longue succession de tableaux sérieux durant la représentation de la Passion.
Du comique au tableau sérieux : costumes, accessoires et imitatio Christi
28Si le costume, au cours de la représentation, est porteur de sens, la nudité, à travers son absence, n’en est pas moins symbolique, ou bien porteuse d’un certain réalisme. En effet, si la bienséance inhérente à la tragédie classique exclut catégoriquement la nudité, même partielle, de l’espace scénique, il n’en va pas de même pour les mystères, aussi tardifs soient-ils. Nous pouvons ainsi penser à la flagellation du Christ, dont la nudité met en évidence l’humanité, la fragilité et la dureté des tourments endurés45, l’imitatio Christi étant justement une des fonctions essentielles de la représentation de la Passion46 qui donne également à voir la préparation des clous et de la Croix :

Le dé : un accessoire rappelant une longue tradition législative bien présente au théâtre
29Par la suite, la représentation de la Passion permet aussi la mise en scène de certains accessoires souvent déjà bien présents sur la scène médiévale antérieure aux grands mystères comme, par exemple, les dés, devant permettre de désigner le soldat qui remportera la robe du Christ après la Crucifixion (Jean 19, 23-24)47 :

30Au-delà d’un simple renvoi au texte de l’Évangile, cette scène est à replacer dans un contexte dans lequel les dés, ainsi que les jeux de hasard, associés à un cadre religieux et législatif, sont traditionnellement condamnés par la morale et la justice, comme le rappelle Jean-Michel Mehl :
Au XIIIe siècle, Saint Louis condamne explicitement la pratique de ces mêmes jeux par ses baillis, allant jusqu’à interdire la fabrication de dés et intégrant ainsi dans la législation civile des dispositions énoncées pour les clercs depuis les origines du christianisme et constamment répétées depuis. Par ailleurs, la totalité des réglementations municipales consacre tel ou tel de ses articles aux jeux, en général pour les condamner strictement. [...] Perte de temps, le don divin par excellence, activités génératrices de troubles moraux et sociaux divers, les jeux détournent de Dieu et des labeurs qui se font au service du prochain. [...] Les jeux qui font intervenir le hasard, c’est-à-dire tous ceux qui peuvent apparaître comme autant de moyens de tenter Dieu, en même temps qu’ils peuvent s’apparenter à une activité usuraire, doivent être sévèrement proscrits48.
31De plus, un vice en entraînant un autre, ces jeux renvoient souvent, au théâtre, à un lieu bien défini : la taverne « où l’on boit, joue, triche et vole, où l’on trame de mauvais coups et où l’on perd ses vêtements »49. Jean Bodel, prédécesseur d’Adam de la Halle, en donne déjà un bon exemple dans le Jeu de saint Nicolas, au XIIIe siècle, en nommant notamment un de ses protagonistes « Pincedés », le joueur de dés :
[...] Leur nom permet de donner d’eux une première idée : Cliquet, qui force les serrures, est un professionnel du cambriolage, enclin à trop parler et bruyant comme le cliquet d’un moulin ; Pincedé trouve le plus clair de ses revenus dans les jeux de dés ; Rasoir, qui a la carrure d’un chef, coupe bourses et gorges50.
32La fonction moralisante et édifiante de la représentation de ces différents vices sur la scène médiévale sert donc aussi le discours politique, comme le démontre encore le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, joué au début du xviie siècle.
Conclusion
33Pour conclure, notre étude des décors, costumes et accessoires dans le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 28471, démontre la récupération, ainsi que le maintien, d’une longue tradition théâtrale. Sujet de choix pour l’historien, les décors, costumes et accessoires constituent un véritable témoignage des normes, des valeurs et des symboles convoqués lors de la représentation du mystère, ainsi que des moyens matériels inhérents à celle-ci. En répondant à des enjeux d’édification morale et religieuse, costumes et accessoires deviennent un véritable instrument du discours religieux, mais aussi politique, sous l’autorité du prince-évêque de Bâle. En effet, à Porrentruy, une pièce pouvait être jouée par les élèves du Collège des Jésuites pour accueillir un hôte important comme, par exemple, en 1617, l’ambassadeur de Louis XIII, Pierre de Castille51. Ceci confirme donc encore l’emploi du théâtre par les princes-évêques de Bâle, désireux de contribuer au rayonnement de la culture locale et de la qualité de l’instruction, au cœur de leur politique réformatrice.
Bibliographie
Textes dramatiques
Manuscrits
Le Mystère de la Passion de Jésus-Christ, ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 28471, Gallica, BnF, Paris.
Le Mystère de la vie, Passion, mort Résurrection et Assention de Nostre Seigneur Jesus Christ, en 25 journees [...], ms. Rothschild 3010, Gallica, BnF, Paris.
Textes édités
Jean Bodel, Le Jeu de saint Nicolas, éd. et trad. Jean Dufournet, Paris, GF-Flammarion, 2005.
Arnoul Greban, Le Mystère de la Passion, Tome I, éd. Omer Jodogne, Bruxelles, Palais des Académies, 1965.
Adam de la Halle, Le Jeu de la Feuillée, éd. et trad. Jean Dufournet, Paris, GF-Flammarion, 1989.
Camille Rivoire, Édition critique du Mystère de la Passion de Jésus-Christ, ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 28471, mémoire de master Langues et Littératures françaises, Université de Toulon, vol. 1, 2023 [mémoire non publié].
La Passion d’Auvergne, éd. Graham A. Runnalls, Genève, Droz, 1982.
Texte biblique
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Jean-Michel Mehl, « Jeu », dans Dictionnaire raisonné de l’Occident médiéval, dir. Jacques Le Goff, Jean-Claude Schmitt, Paris, Pluriel, 2014 [1ère éd. 1999].
Michel Pastoureau, Rouge. Histoire d’une couleur, Paris, Éditions du Seuil, 2016.
Michel Pastoureau, Vert. Histoire d’une couleur, Paris, Éditions du Seuil, 2017 [1ère éd. 2013].
Mario Sbriccoli, « La triade, le bandeau, le genou. Droit et procès pénal dans les allégories de la Justice du Moyen Âge à l’âge moderne », Crime, Histoire & Sociétés [En ligne], 9, n. 1, 2005. URL : http://journals.openedition.org/chs/382 (Consulté le 21 mars 2025).
Darwin Smith, « Les gestes des joueurs de personnages au Moyen Âge. Regards et condensations textuelles », dans Les gestes de l’art, dir. Guillemette Bolens, Camille Carnaille, Yasmina Foehr-Janssens, Laurent Jenny, Jean-Yves Tilliette, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 181-207.
Le théâtre français du Moyen Âge et de la Renaissance, histoire - textes choisis - mises en scène, dir. Darwin Smith, Gabriella Parussa, Olivier Halevy, Paris, Anthologie de L’avant-scène théâtre, 2014.
Louis Vautrey, Histoire des évêques de Bâle, Volume 2, Einsiedeln, C. et N. Benziger Frères, 1886.
Louis Vautrey, Histoire du Collège de Porrentruy (1590-1865), Porrentruy, Imprimerie et lithographie de Victor Michel, 1866.
Documents annexes
- Fig. 1. : S. Brant, « Le fou bande les yeux de la justice » (Das Narrenschiff, 1494)
- Fig. 2 : Paris, Bibliothèque nationale de France, « La gueule d’Enfer, détail de la peinture du « Theatre ou hourdement » de la Passion jouée à Valenciennes en 1547, par Hubert Cailleau », ms. Rothschild 3010, Le Mystère de la vie, Passion, mort Résurrection et Assention de Nostre Seigneur Jesus Christ, en 25 journees [...], f. B recto
Notes
1 Nous précisons que la numérisation du manuscrit est disponible sur Gallica depuis le 9 octobre 2009.
2 Marie-Odile Germain, « Enrichissements du département des Manuscrits 2007-2009 », Revue de la BNF [En ligne], 35, 2010, p. 83-95. URL : https://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2010-2-page-83.htm (consulté le 09 décembre 2025).
3 D’après notre établissement du texte.
4 Comme, par exemple, le désespoir de Judas : « Argent à malleuré mollee, / pecune de sang vïolee, / dont trahison je m’enchargeat, / mauldit soit il qui te forgeat, / la terre et le lieu où tu crus / et l’heure qu’oncques te receus ! / À quel port suis je parvenus ? / O quel horreur m’est advenus ! / O mauldite faulce monoye, / l’horreur de toy, le coeur me noye ! » (v. 9 236-9 245 du ms. Paris, BnF nouv. acq. fr. 28 471) ; « Peccune à malle heure mollee, / peccune de sang vïolee / de qui traÿson me chargea, / maudit soit cil qui te forga / et qui en trouva la maniere / et mauldicte soit la miniere, / la terre et le lieu où tu creuz / et l’heure quand oncques te creuz ! / Ho, quel horreur m’est advenu ! O, à quel port suis pervenu ! / O desesperee monnoye, / l’horreur de toy le cueur me noye ! » (v. 21 582- 21 591 de la Passion de Gréban). Cet exemple démontre ainsi que, malgré la compilation tardive du mystère, certains emprunts suivent encore assez fidèlement la Passion de Gréban.
5 Arnoul Gréban, Le Mystère de la Passion, Tome I, éd. Omer Jodogne, Bruxelles, Palais des Académies, 1965, 455 p.
6 Darwin Smith, « Les gestes des joueurs de personnages au Moyen Âge. Regards et condensations textuelles », dans Les gestes de l’art, dir. Guillemette Bolens, Camille Carnaille, Yasmina Foehr-Janssens, Laurent Jenny, Jean-Yves Tilliette, Paris, Classiques Garnier, p. 181-207. Dans son article, Darwin Smith, que nous remercions chaleureusement pour sa disponibilité, mentionne notre texte comme la Passion « de Metz », en raison des rares informations alors connues à son sujet. L’extrait cité, à savoir la scène « des deniers de Judas », n’est cependant pas issue de la tradition de Gréban.
7 Catherine Bosshart-Pfulger, « Rinck de Baldenstein, Guillaume », dans Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) [En ligne]. URL : https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/017055/2010-03-22/ (Consulté le 22 novembre 2025).
8 Xavier Kohler, « Porrentruy au xvie siècle : sa vie religieuse et intellectuelle », E-Rara [En ligne], Porrentruy, Imprimerie et Lithographie de Victor Michel, 1859, p. 30. URL : https://doi.org/10.3931/e-rara-7405 (Consulté le 10 mars 2025). En raison du manque d’étude récente à son sujet, nous n’avons que peu d’informations concernant Jean Gardel à ce jour.
9 Jean-Marc Debard, « Réformes protestante et catholique : Frédéric de Wurtemberg, prince de Montbéliard et Blarer de Wartensee, prince-évêque de Bâle, Essai comparatif », dans Le pays de Montbéliard et l’Ancien Évêché de Bâle dans l’Histoire (Actes du colloque franco-suisse de Montbéliard et Porrentruy, 24-25 septembre 1983), Société d’émulation de Montbéliard/Société jurassienne d’émulation, 1984, p. 126.
10 Tels que nous les comptons dans le texte dramatique.
11 Raymond Lebègue, « Le Diable dans l’ancien théâtre religieux », Cahiers de l’Association internationale des études françaises [En ligne], 1953, p. 97. URL : https://doi.org/10.3406/caief.1953.2021 (Consulté le 26 novembre 2025).
12 Ibid., p. 100.
13 Ibid., p. 102.
14 Ibid., p. 97-98.
15 Comme, par exemple, lorsque Lucifer convoque les diables et leur ordonne de sortir de la gueule d’Enfer : « C’est pourquoy il vous faut sortir / et tous saillir hors de la gorge / d’Enfer, où tout malheur se forge » (v. 363-365).
16 Félix Bourquelot, « Les Vaudois du quinzième siècle », Bibliothèque de l’École des chartes [En ligne], 8, 1847, p. 81. URL : https://doi.org/10.3406/bec.1847.452065 (Consulté le 30 août 2025).
17 Jean-Pierre Leguay, Farceurs, polissons et paillards au Moyen Âge, Quintin, Éditions Jean-Paul Gisserot, 2010, p. 71.
18 Élyse Dupras, Diables et saints : rôle des diables dans les mystères hagiographiques français, Genève, Droz, 2006, p. 110.
19 Tout comme, par exemple, dans la Passion d’Auvergne, aux v. 287-323.
20 Karl Heinz Burmeister, « Brant, Sébastien », dans Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) [En ligne]. URL : https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/011593/2004-08-19/ (Consulté le 27 mars 2025).
21 Mario Sbriccoli, « La triade, le bandeau, le genou. Droit et procès pénal dans les allégories de la Justice du Moyen Âge à l’âge moderne », Crime, Histoire & Sociétés [En ligne], 9, n. 1, 2005. URL : http://journals.openedition.org/chs/382 (Consulté le 21 mars 2025).
22 Louis Vautrey, Histoire des évêques de Bâle, Volume 2, Einsiedeln, C. et N. Benziger Frères, 1886, p. 176.
23 À savoir, le nouveau prince-évêque, Guillaume Rinck de Baldenstein.
24 Michel Pastoureau, Vert. Histoire d’une couleur, Paris, Éditions du Seuil, 2017 [1ère éd. 2013], p. 126.
25 Michel Pastoureau, (op. cit. n. 24), p. 15.
26 Précisons cependant qu’il s’agit bien d’une légende rapportée ici par Michel Pastoureau, aucune documentation ne pouvant confirmer les faits décrits. Or, cette légende peut être mise en évidence avec un certain rejet post-médiéval des mystères, notamment sous l’influence de la Réforme, développant ainsi différentes « légendes urbaines » à propos de certains rôles. En effet, « la superstition des rôles qui portent malheur concernait surtout les personnages de diables : citons, pour la France, le Nantais qui tint en 1462 le personnage de Satan et qui fut arrêté pour vol, et les diables de Meaux qui moururent dans l’extrême pauvreté ; “celui qui avait joué (à Meaux, en 1547-49) le rôle de Satan ..., auquel le sobriquet de Diable était resté, fut pendu, et celui qui avait représenté le Désespoir (Désespérance) s’empoisonna lui-même” ». Raymond Lebègue, « Le Diable… » (op. cit. n. 11), p. 102.
27 Michel Pastoureau, (op. cit. n. 24), p. 163.
28 Ms. Rothschild 3010, fo B r.
29 « B 168/17-8.5 Suite des interrogatoires de Marguerite (arrêtée le 16 juillet) par le Dr Faibvre et Nicolas Farine [et non le prévôt Henri Farine]. Aveux complémentaires (p. 4), 1613.07.26-1613.08.02 (Document) », Archives de l’Ancien Évêché de Bâle [En ligne]. URL : https://archives-aaeb.jura.ch/detail.aspx?ID=499451 (Consulté le 19 décembre 2025) : « [...] a respondu qu’il y avoit cinq ans qu’estant allé avec ung sien filz cuillir du veit en la Combe de Vaulx berbain, qu’ung quidem vestu de vert la sollicita de se donner à luy. Ce qu’elle feist. Et sur ce, renuncea Dieu, Cresme et baptesme, se donna au dit quidem et le print pour son maitre [...] ».
30 « Mais, je veoy qu’il est fols testu. / Pource, je veult qu’il soit vestu / de blanc, en signe d’ignorance » (v. 10 042-10 044).
31 Michel Pastoureau, (op. cit. n. 24), p. 53.
32 Ibid.
33 Adam De La Halle, Le Jeu de la Feuillée, éd. et trad. Jean Dufournet, Paris, Flammarion, 1989, p. 22.
34 Éphésiens 4, 22 : « il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses ».
35 Comme le démontrent les indications scéniques suivantes : « Vadant et mutet Magdalena habitum jocunditatis in habitum fletus » (v. 1 283’) et « Pausa. Vestiatur » (v. 1 550’).
36 Matthieu Bonicel et Katell Laveant, « Le théâtre dans la ville : pour une histoire sociale des représentations dramatiques », Médiévales [En ligne], 2010. URL : http://journals.openedition.org/medievales/6088 (Consulté le 21 novembre 2025).
37 Vanessa Mariet-Lesnard, « L’artifice et le message chrétien : les secrez dans les mystères du Moyen Âge », dans L’artifice dans les lettres et les arts [En ligne], dir. Élisabeth Lavezzi et Timothée Picard, 2015, p. 167-178. URL : http://books.openedition.org/pur/54283 (Consulté le 24 mars 2025).
38 Xavier Kohler, « Porrentruy au xvie siècle… » (op. cit. n. 8), p. 27.
39 D’après notre établissement du texte.
40 Jacques Chocheyras, Le théâtre religieux en Savoie au xvie siècle : avec des fragments inédits, Genève, Droz, 1971, p. xvii.
41 Le théâtre français du Moyen Âge et de la Renaissance, histoire - textes choisis - mises en scène, dir. Darwin Smith, Gabriella Parussa, Olivier Halévy, Anthologie de L’avant-scène théâtre, Paris, 2014, p. 80 : « À lire le compte-rendu de la montre de Bourges (1536), on est stupéfié par l’étalage des velours et soieries multicolores, brodés d’argent et d’or, enrichis de pierreries et de perles [...] ».
42 Jacques Chocheyras, Le théâtre religieux… (op. cit. n. 40), p. 9-10 : « [...] Le trésorier avait dû rendre ses comptes, car le 23 juillet, on constate qu’il a dépensé pour les frais de copie et les divers préparatifs plus de 205 florins. À la fin de juillet, Me Marquet présente une note de fournitures où figure notamment “la façon du livre de la seconde journée dudit Mystère, accordé à huit florins sans y comprendre le papier”. Si l’on ajoute à ces frais, ceux qu’avait entraînés la construction de la scène, qui avait été adjugée [...] pour la somme de 420 écus, et les décors et accessoires, [...] on arrive au total de plus de cinq-cents écus, mais le coût global de la manifestation dut être encore plus élevé. Si [...] nous sommes [...] bien renseignés sur l’histoire de cette représentation, nous sommes cependant bien partagés en ce qui concerne le manuscrit et le texte. De la troisième et de la quatrième journée, nous n’avons jamais eu aucune trace ».
43 Il s’agit ici de l’arrestation du Christ.
44 Estelle Doudet, « Théâtre de masques : allégories et déguisements sur la scène comique française des xve et xvie siècles », Apparence(s) [En ligne], 2, 2008, p. 2-3. URL : http://journals.openedition.org/apparences/433 (consulté le 15 mars 2025).
45 « Le coeur seroit plus dur que roche, / que de pleurer se fut tenuz / de veoir ce sainct homme tout nudz » (v. 11 924-11 926).
46 Estelle Doudet, « Théâtre de masques… » (op. cit. n. 44), p. 1.
47 « Lorsque les soldats eurent achevé de crucifier Jésus, ils prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique : elle était sans couture, tissée d’une seule pièce depuis le haut. Les soldats se dirent entre eux : “Ne la déchirons pas, tirons plutôt au sort à qui elle ira”, en sorte que soit accomplie l’Écriture : Ils se sont partagé mes vêtements, et ma tunique, ils l’ont tirée au sort. Voilà donc ce que firent les soldats ».
48 Jean-Michel Mehl, « Jeu », dans Dictionnaire raisonné de l’Occident médiéval, dir. Jacques Le Goff, Jean-Claude Schmitt, Paris, Pluriel, 2014 [1ère éd. 1999], p. 566.
49 Jean Bodel, Le Jeu de saint Nicolas, éd. et trad. Jean Dufournet, Paris, Flammarion, 2005, p. 23.
50 Jean Bodel, (op. cit. n. 49), p. 23.
51 Louis Vautrey, Histoire du Collège de Porrentruy (1590-1865), Porrentruy, Imprimerie et lithographie de Victor Michel, 1866, p. 29.
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