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Vêtements et bijoux comme marqueurs sociaux dans les « portraits du Fayoum » (ier au ive siècle apr. J.‑C.)
Par Sarah Kourdi
Publication en ligne le 30 avril 2026
Résumé
The so‑called "Fayoum" portraits form a large corpus of nearly a thousand funerary effigies dated between the 1st and 4th centuries AD. They are the best‑preserved examples of painted portraits in the ancient world. These effigies were placed on mummified remains, a funerary context that largely explains their good state of preservation. These portraits depict the faces of the elite in Roman Egypt ; men, women, and children are represented in bust form, sporting hairstyles, clothing, and jewelry that reflect imperial fashions and a marked taste among the aristocracy for luxurious adornments. Colorful clothing bordered with purple dye, gold jewelry set with pearls and emeralds are part of the ostentatious adornment of the models, referring to the high social status of the individuals represented, and seemed correlated with the choice of colors and the application of gilding.
Les portraits dits « du Fayoum » forment un corpus important de près d’un millier d’effigies funéraires datées entre le ier et le ive siècle de notre ère. Ils sont les témoignages les mieux conservés de portraits peints dans le monde antique. Ces effigies étaient placées sur les dépouilles momifiées, contexte funéraire qui explique en grande partie leur bon état de conservation. Ces portraits figurent les visages de l’élite en Égypte romaine ; hommes, femmes et enfants sont représentés en buste, arborant coiffures, vêtements et bijoux qui reflètent les modes impériales et un goût marqué de l’aristocratie pour les parures luxueuses. Vêtements colorés et bordés de pourpre, bijoux en or sertis de perles et d’émeraudes font partie de la parure ostentatoire des modèles mais font aussi référence à la condition sociale élevée des individus représentés, et apparaissent corrélés aux choix des couleurs et à l’application de dorure.
Mots-Clés
Table des matières
Texte intégral
Introduction
1Les portraits dits « du Fayoum » regroupent près d’un millier d’effigies funéraires datées entre le ier et le ive siècle de notre notre ère1. Ces portraits peints figurent les visages des membres de l’élite en Égypte romaine, hommes, femmes de tous âges, et même des enfants. Destinées à orner les visages des dépouilles momifiées, ces effigies représentent également les coiffures ainsi que les parures. Parmi celles-ci, vêtements et bijoux sont clairement identifiables et, sur les artefacts les mieux conservés, ces éléments ont d’ailleurs servi de critères de datation. En ce qui concerne les vêtements, la tunique antique étant nettement reconnaissable et portée par tous les individus, quel que soit leur sexe, il s’avère particulièrement intéressant d’analyser le vêtement comme marqueur social par sa typologie et le choix des couleurs. Quant aux bijoux, s’ils sont quasiment absents des portraits masculins, ils sont l’apanage des femmes qui les arborent de manière ostentatoire. Parce qu’ils sont précieux, constitués d’or et de pierres fines, ils révèlent la richesse de celle qui les possède. Sur certains portraits, le statut social est d’ailleurs souligné par l’accumulation de bijoux, avec notamment la superposition de colliers.
2Le caractère élaboré des parures vestimentaires et joaillières, parfois soulignées de dorure, permet d’affirmer que les défunts figurés avaient une condition sociale élevée. L’étude détaillée nous permet de mieux comprendre de quelle manière le portrait reflète le statut social du modèle : des caractéristiques récurrentes semblent inhérentes à la réalisation d’effigies destinées à l’aristocratie de l’Égypte tandis que des inscriptions ou des motifs suggèrent une condition sociale inférieure tout en conservant les mêmes spécificités.
Le vêtement comme marqueur de statut social
3Hommes, femmes et enfants portent la tunica romaine. Notons que parmi les effigies masculines, les portraits d’hommes aux épaules nues font figure d’exception (Fig. 1) puisque leur statut social ne s’exprime pas à travers la parure vestimentaire : la nudité qui est une idéalisation2, renvoie au statut d’athlète et, en l’absence d’autres éléments visibles, prouve de manière indirecte l’appartenance à une élite d’origine gréco‑macédonienne implantée en Égypte et plus particulièrement au Fayoum. Enfin, en ce qui concerne les portraits toujours en place sur la dépouille, ils sont maintenus par un enchevêtrement soigné de bandelettes (Fig. 2) qui encadrent strictement et le visage et la présence d’un vêtement n’est pas discernable.

Fig. 1 : Portrait de jeune homme, vers 81‑117 apr. J.‑C., bois peint à l’encaustique, découvert à Hawara (fouilles F. Petrie 1888), Londres.
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© British Museum ; bmimages.com

Fig. 2 : Portrait d’homme peint sur linceul encore en place sur la momie, vers 25‑75 apr. J.‑C., Hawara (fouilles F. Petrie 1911), Copenhague.
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© Ny Carlsberg Glyptotek ; https://www.trackingcolour.com/
4La tunica romaine est reconnaissable aux clavi, bandes verticales au niveau des clavicules dont la couleur varie du rose au pourpre3. Ces bandes étant « des marqueurs du rang social à Rome, ils pourraient bien montrer, dans le cadre égyptien, une affiliation volontaire et visiblement marquée à la société romaine »4. En effet, les clavi étaient portés par les sénateurs (lati) ainsi que les cavaliers (angusticlavii), autrement dit des membres de l’aristocratie romaine, ce qui n’est pas le cas des individus représentés. Cependant, en Égypte romaine, il n’y a pas d’aristocratie mais une élite locale. Par ailleurs, les femmes portent aussi ce vêtement, bien que cela ne soit pas conforme à leur genre. Sur le plan socio‑politique, l’Égypte devient une province impériale après le partage de 27 av. J.‑C.5, et les lois augustéennes confèrent un statut particulier à cette province romaine6 – qui se trouve ainsi isolée et soumise à un contrôle fiscal et administratif très strict7. Les textes interdisent également aux sénateurs de se rendre en Égypte8. Auguste avait même interdit aux Égyptiens de faire partie d’une politeia ainsi que l’accès à une charge sénatoriale et même la sortie de l’Égypte sans autorisation9. Selon Silvia Bussi, cela devait empêcher toute possibilité pour les élites locales égyptiennes de « lier de liens politiques ou de clientélisme au niveau impérial »10. Malgré un statut particulier, la population est répartie en catégories juridiques11 au sein desquelles se distinguent les Alexandrins – qui pouvaient avoir le statut de citoyen12 – parmi « tous ceux qui n’étaient ni citoyens romains ni citoyens d’une cité grecque d’Égypte »13, autrement dit les pérégrins (peregrinii). Cette vaste classe regroupe de manière inégalitaire les Grecs et les Égyptiens14. Les élites se distinguent toutefois du reste de la population par l’appartenance à un ordre métropolitain, mis en place sous Auguste, qui prévoit notamment des avantages fiscaux15 pour les métropolites et les « gens du gymnase »16, classe héritée de l’époque ptolémaïque, regroupant à la fois des hommes et des femmes.
Les portraits masculins
5Sur les portraits du Fayoum, les hommes ont des tuniques blanches, souvent complétées d’un manteau assorti reposant sur une seule épaule, généralement la gauche. La tunique blanche ornée de clavi pourpres est portée par les sujets masculins sans exception, qu’il s’agisse de jeunes garçons (Fig. 3) ou d’hommes d’âge mûr (Fig. 4). Les clavi se déclinent du violet foncé au rose pâle : sur certains, les coutures peuvent être détaillées (Fig. 4), représentées par des lignes parallèles de points blancs17. Si Klaus Parlasca identifie la tunique sur les portraits comme un chiton18, les clavi permettent de reconnaître la tunique romaine, comme elle est figurée sur des peintures ou encore des mosaïques19. Bien que les vestiges textiles soient rares en raison de leur fragilité, ceux conservés possèdent des clavi, comme une tunique d’enfant (Fig. 5) retrouvée au Fayoum avec bandes verticales et encolure brodée dont la couleur, encore vive, est proche du rouge. Un autre exemple particulièrement bien conservé révèle que les tuniques de ce type étaient appréciées par les peregrinii, comme l’atteste un long vêtement particulièrement bien conservé daté du ve siècle de notre ère et censée provenir de Panopolis (Fayoum)20.

Fig. 3 : Portrait de jeune garçon, iiie siècle apr. J.‑C., bois peint à l’encaustique, Antinoé, Paris.
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© Musée du Louvre ; https://collections.louvre.fr/

Fig. 4 : Portrait d’un homme d’âge mûr, vers 250‑300 apr. J.‑C., bois peint à l’encaustique, er‑Rubayat, Londres.
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© Freud Museum ; https://artuk.org/

Fig. 5 : Tunique d’enfant en lin, vie‑viie siècle apr. J.‑C., Akhmîm (fouilles 1889), Rouen, musée des Antiquités.
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© RMN Musée des Antiquités de Rouen, Yohann Deslandes
6Outre la présence de clavi qui renvoie à la condition sociale, il convient également d’insister sur leur couleur pourpre ; en raison de son coût élevé, dû à son procédé d’extraction, la véritable pourpre est d’emblée réservée à l’élite21. Ainsi, la simple représentation de cette teinte sur les vêtements des défunts portraiturés renvoie directement à un haut statut social pour l’individu qui l’arbore. Il existe cependant une gamme étendue de pourpre, dont les coûts pouvaient varier en fonction de la qualité du colorant22. Mais, en raison de sa rareté et de son prix, la pourpre a souvent été imitée voire falsifiée par l’utilisation de teintures rouges comme le kermès23, obtenu à partir de cochenilles et la garance24. L’intensité rouge de ces substances colorantes moins onéreuses pouvait être contrebalancé avec de l’indigo, permettant d’obtenir plusieurs nuances de violet25. Lorsque l’analyse des fragments textiles a pu être réalisée26, comme c’est le cas de morceaux de lins découverts près de la cité de Didymoi et datés entre le ier et le iiie siècle apr. J.‑C.27, elle révèle que les clavi de certaines étoffes de lin blanc avaient été teints avec de la véritable pourpre employée pure, tandis que d’autres avaient été simplement colorés grâce aux extraits végétaux susmentionnés. Outre le prestige social associé au vêtement et à sa couleur, la tunique romaine ornée de bandes pourpres renvoie directement à la culture romaine28, dans une région qui est pourtant lourdement impactée sur le plan politique et social. Élément intéressant, l’analyse de certains portraits du Fayoum révèle l’usage de colorants organiques employés en peinture sous la forme de pigments laqués29 : ils pouvaient être employés à la fois pour les nuances de la carnation mais également pour les étoffes et les clavi, pour le rendu des teintes pourpres allant du violet foncé au rose pâle. La prépondérance de cette couleur sur la grande majorité des portraits s’apparente à une affirmation « visuelle » du statut social.
7Si la luxueuse pourpre pouvait être imitée par le biais de colorants végétaux moins onéreux, la couleur reste cependant associée à l’élite. Pourtant, elle pouvait être aussi employée pour la teinture des « vêtements grossiers et peu salissants des esclaves »30. En effet, sur certains portraits, les défunts arborent une tunique aux clavi pourpres alors que leur origine sociale peut être controversée : sur un portrait d’Hawara (Fig. 6), un homme est identifié par Klaus Parlasca comme un métisse en raison de son teint particulièrement mat31, traduisant une origine plutôt nubienne que grecque ou romaine. Par ailleurs, un motif en croix est visible sur sa clavicule droite. Ce détail est difficile à interpréter comme étant une marque volontairement laissée par le peintre dans la couche picturale32. Il pourrait plus probablement s’agir d’une cicatrice, certes discrète : si nous accréditons la thèse que le portrait a été réalisé du vivant de l’individu, il se doit donc d’être naturaliste et représente le défunt tel qu’il était. L’origine ethnique du défunt ainsi que cette marque sur la clavicule, partie du corps qui reste visible malgré le vêtement, laisseraient supposer que cet homme est un esclave ou un affranchi. Autre exemple, l’effigie d’un jeune garçon (Fig. 7) dont la tunique blanche est ornée de fins clavi pourpres d’une couleur tirant vers le bleu : sur son buste figure une inscription grecque révélant son nom ainsi que son statut d’affranchi33. Le fait qu’un affranchi porte un vêtement bordé de pourpre prouve que cette couleur – et pas nécessairement le colorant lui-même – renvoie à l’élite : dans ce cas présent, le prestige social est perceptible à la fois dans le vêtement mais surtout dans la représentation elle-même, y compris sa facture.

Fig. 6 : Portrait d’homme, 80‑100 apr. J.‑C., Hawara (fouilles Petrie, 1888), Londres.
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© British Museum ; bmimages.com

Fig. 7 : Portrait d’Eutychès, vers 100‑150 apr. J.‑C., bois peint à l’encaustique, New‑York.
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© Metropolitan Museum of Art ; metmuseum.org
La parure militaire : le cas des portraits de soldats
8Les soldats34 (Fig. 8, Fig. 9 et Fig. 10) sont reconnaissables à leur tenue caractéristique, une tunique blanche complétée par un manteau bleu foncé, le sagum35, qui est le plus souvent retenu par une fibule en or36 (Fig. 10). Les soldats portent également un balteus37, baudrier en cuir dont seule la sangle est visible sur une épaule, généralement la droite (Fig. 8 et Fig. 9). Il existe une variante puisque le baudrier peut également être porté sur l’épaule gauche (Fig. 10). Cette position délibérée du baudrier pourrait s’expliquer par le statut social ; en effet, la coutume romaine privilégie l’épaule droite alors que le port du baudrier sur l’épaule gauche serait une variante grecque. Les effigies faisant figurer le balteus à gauche (Fig. 10) pourraient indiquer l’ascendance gréco‑macédonienne des défunts38. Ainsi, la représentation de leur harnachement militaire suffit à reconnaître les défunts et de facto leur fonction de soldats. La couleur des vêtements ne semble pas avoir d’incidence sur la reconnaissance du statut social. La feuille d’or peut rehausser des éléments comme les clous en métal sur la courroie du balteus (Fig. 8 et Fig. 10) ou encore les couronnes végétales39 (Fig. 8 et Fig. 9). L’ajout de dorure, très probablement au moment de l’utilisation funéraire du portrait en raison de la symbolique de ce métal, renforce le prestige du portrait et celle du défunt40. Les effigies de soldats, peintes sur panneaux de bois, sont généralement de bonne facture et il est tout à fait probable qu’il s’agisse de portraits officiels destinés à ce que le statut social de l’individu soit vu et surtout reconnu41. En effet, dans la société de l’Égypte romaine, les vétérans occupent une place particulière. Ils pouvaient bénéficier de privilèges particuliers42, puisque, recrutés parmi « les membres des élites hellénophones de la chôra »43, ils pouvaient accéder à la citoyenneté romaine après avoir accompli une honesta missio44. La civitas romana pouvait être étendue aux enfants légitimes nés d’une union légale après le service militaire et était également attribuée à l’épouse, à condition que celle-ci ne soit pas égyptienne45. D’autre part, dans le Fayoum plus précisément, l’exercice d’une fonction militaire renvoie également aux « catoeques arsinoïtes du nombre de 6475 » qui sont les descendants des mercenaires gréco‑macédoniens installés dans l’oasis et propriétaires de parcelles depuis l’époque ptolémaïque. De manière générale, les individus ayant eu une carrière militaire jouissent d’un statut social particulier et donc privilégié qui les distingue de l’ensemble des peregrinii, d’où leur volonté d’être représenté avec une parure qui permet de les reconnaître.

Fig. 8 : Portrait de soldat, vers 110‑130 apr. J.‑C., bois peint à l’encaustique avec feuille d’or, er‑Rubayat, Berlin.
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© Antikensammlung commons ; wikimedia.org

Fig. 9 : Portrait de soldat, vers 110‑130 apr. J.‑C., er‑Rubayat, Berlin.
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© Vorderasiatisches Museum ; https://global.museum-digital.org/

Fig. 10 : Portrait de soldat, vers 150‑170 apr. J.‑C., er‑Rubayat, Londres.
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© British Museum ; bmimages.com
La parure féminine
Les vêtements
9Sur les portraits féminins, les vêtements ainsi que la parure joaillière renvoient manifestement à la condition sociale des défuntes. Concernant l’habillement, la gent féminine privilégie les étoffes colorées, de la plus claire à la plus foncée. Les tuniques ne sont pas toujours assorties aux manteaux, ce qui créé un contraste. Parmi les coloris, la pourpre est évidemment privilégiée pour les raisons susmentionnées, cependant les jeunes femmes ont un attrait pour les tissus aux teintes vives. C’est le cas du jaune qui semble très apprécié, comme sur le portrait de « l’Européenne » (Fig. 11) : la défunte porte un imposant manteau jaune sur une tunique pourpre, en partie masquée par l’importante dorure apposée a posteriori et recouvrant son buste. Le portrait de la « Dame au manteau jaune » (Fig. 12) doit son appellation au vêtement de la même couleur : les plis travaillés ainsi que le rendu brillant du tissu évoquent une étoffe précieuse comme la soie, portée principalement par les femmes de l’élite dans l’Empire romain. Il semble que le jaune joue également un rôle important dans l’identification du statut social puisque ce colorant pouvait être obtenu à partir de végétaux tels que la gaude (Reselia luteola) ou encore le précieux safran (Crocus sativus) originaire d’Inde. A contrario, les femmes mariées ou plus matures ont tendance à porter des couleurs moins vives bien que la couleur pourpre demeure prépondérante. Nous pouvons citer en exemple un portrait féminin sur lequel la défunte porte une tunique blanche simple surmontée d’un manteau pourpre (Fig. 13) à la couleur éclatante. Sur un autre portrait féminin (Fig. 14), tunique et manteau sont assortis, de couleur pourpre également, mais d’une teinte plus sombre tandis que d’autres femmes matures apprécient des coloris foncés comme le rouge (Fig. 15) et le bleu (Fig. 16). Sur ce portrait (Fig. 16), la défunte porte une lourde tunique d’un bleu indigo, reconnaissable à ses clavi, sur une sous-tunique blanche bordée de pourpre dont l’encolure est visible. Le bleu était issu de l’indigotier originaire d’Inde, ce qui renforce le caractère onéreux de cette teinte46. Les couleurs des vêtements, qu’elles soient vives ou sobres, reflètent à la fois les goûts de l’élite en fonction de l’âge voire des modes vestimentaires de l’époque. Les clavi des tuniques sont généralement d’une teinte plus sombre, de manière à créer un contraste. Le souci du détail peut aller jusqu’à la présence de motifs correspondant à des broderies, comme c’est le cas d’une sous‑tunique blanche ornée de points pourpres (Fig. 17).

Fig. 11 : « l’Européenne », vers 100‑150 apr. J.‑C., bois de cèdre peint à l’encaustique et feuille d’or, Antinoé, Paris.
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© Musée du Louvre ; www.photo.rmn.fr

Fig. 12 : La Dame au manteau jaune, 138‑161 apr. J.‑C., bois de tilleul peint à la détrempe, Saqqarah, Paris.
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© Musée du Louvre ; www.collections.louvre.fr

Fig. 13 : Portrait de femme, vers 160‑180 apr. J.‑C., Bois peint à l’encaustique, Hawara, (fouilles F. Petrie 1888), Londres.
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© British Museum ; bmimages.com

Fig. 14 : Portrait de femme, 100‑120 apr. J.‑C., bois de tilleul peint à l’encaustique, Hawara, (fouilles F. Petrie 1888), Londres.
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© British Museum ; bmimages.com

Fig. 15 : La Jeune Fille aux bijoux, vers 110‑130 apr. J.‑C., bois peint à l’encaustique, Hawara (fouilles F. Petrie 1911), Edimbourg.
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© Royal Scottish Museum ; https://www.nms.ac.uk

Fig. 16 : La Dame au manteau bleu, vers 161‑192 apr. J.‑C., Bois de tilleul peint à l’encaustique, Hawara, Londres.
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© Petrie Museum of Egyptian Archaeology ; https://collections.ucl.ac.uk/

Fig. 17 : Portrait de femme, vers 161‑192 apr. J.‑C., er‑Rubayat, Vienne.
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© Kunsthistorisches Museum ; https://commons.wikimedia.org/
10Sur les portraits les plus précieux, la feuille d’or est ajoutée, venant alors rehausser à la fois vêtements et bijoux ; concernant les vêtements, la feuille d’or peut rehausser les clavi (Fig. 15) ou bien être apposée de manière à créer des motifs. Sur le portrait de la « Jeune fille aux lèvres dorées » (Fig. 18) sur lequel la dorure est abondamment présente47, le clavus droit est recouvert de feuilles d’or tandis que des motifs étoilés ornent le manteau pourpre. L’application de dorure sur les portraits s’inscrit dans la continuité des pratiques funéraires de l’époque pharaonique48 : en effet, dans les croyances égyptiennes, la conservation du visage fait partie des éléments garantissant l’accès à l’au-delà de l’âme du défunt. L’usage de masques funéraires et, plus particulièrement de masques en or et/ou recouverts d’or, a perduré jusqu’à l’époque romaine. En appliquant la dorure sur l’image du défunt comme c’est le cas ici pour les portraits du Fayoum, les propriétés du métal sont ainsi conférées au défunt qui devient éternel.

Fig. 18 : Jeune fille aux lèvres dorées, vers 25‑37 apr. J.‑C., Hawara.
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© The Cleveland Museum of Art ; https://www.clevelandart.org
Les bijoux
11Les bijoux sont majoritairement portés par les femmes qui les arborent en nombre49, sur leurs portraits avec quasiment systématiquement des boucles d’oreilles et au moins un collier. Sur les effigies les plus raffinées, les parures sont portées en grand nombre, avec une superposition de bijoux, de colliers et même des ornements de tête. Ces parures imitent celles prisées par l’aristocratie romaine50 et il est possible de reconnaître clairement les modèles tant leur représentation est détaillée. Les bijoux sont essentiellement en or, serties de perles51, de pierres fines52, comme l’améthyste53, le grenat ou encore les émeraudes. Les perles fines et les émeraudes sont prépondérantes, témoignant du goût marqué pour ces gemmes importées54. Dans la littérature, de nombreux auteurs dénigrent un tel faste, notamment Pline l’Ancien (HN, IX, LVI, 3), qui évoque une véritable « folie des perles »55 à Rome tant elles sont prisées :
« Les femmes mettent leur gloire à en charger leurs doigts, et à en suspendre deux et trois à leurs oreilles. Il y a pour cet objet de luxe des noms et des raffinements inventés par une excessive corruption. Une boucle d’oreille qui porte deux ou trois perles s’appelle grelot, comme si les femmes se plaisaient au bruit et au choc de ces perles. Déjà les moins riches affectent ces joyaux ; elles disent qu’une perle est en public le licteur d’une femme. Bien plus, elles en portent à leurs pieds ; elles en ornent non seulement les cordons de leur chaussure, mais encore leur chaussure tout entière ; ce n’est plus assez de porter des perles, il faut les fouler et marcher dessus »56.
12Parmi les bijoux, certains ornements sont récurrents. Notons que les boucles d’oreilles sont toujours présentes ; un modèle particulièrement en vogue entre le ier et iie siècle apr. J.‑C. est constitué d’un disque en or (Fig. 18) ou bien d’un disque surmonté d’un plus petit (Fig. 19). Durant le iie siècle sont appréciées les boucles d’oreilles constituées d’un anneau en or avec des perles et des émeraudes dont le nombre peut varier, une perle (Fig. 13) voire trois perles pour les modèles les plus luxueux. Elles peuvent être en perles (Fig. 12), en émeraudes (Fig. 20) ou les deux (Fig. 11, Fig. 12 et Fig. 14). Les crotales en or sont très répandues, composées de barrettes verticales supportant des perles dont le nombre peut varier57, généralement entre deux et trois (Fig. 15 et Fig. 17) voire quatre (Fig. 22). Ce modèle a connu un succès important entre le ier et le iiie siècle apr. J. ‑C. Une comparaison avec les artefacts retrouvés en contexte archéologique est tout à fait possible58 : c’est le cas avec une paire de crotales à deux pendants ornés de perles59, retrouvée à Oplontis dans la Villa de Lucius Crassius Tertius. La récurrence des boucles d’oreilles sur les portraits du Fayoum peut être mise en relation avec les bijoux que possédaient les femmes dans l’Égypte romaine, notamment ceux constituant leur dot. Les sources papyrologiques et plus précisément les contrats de mariage, mentionnent les bijoux, bien qu’ils soient simplement décrits en termes de matériaux (or, argent, pierres) et de valeurs. C’est le cas du papyrus d’Oxyrhynchos CCLXVII60, qui détaille, entre autres, la dot de Saraeus lors de son mariage avec Tryphon ; celle‑ci est composée de 40 drachmes d’argent, d’une paire de boucles d’oreilles dont la valeur est estimée à 20 drachmes d’argent à laquelle s’ajoute une tunique (12 drachmes).

Fig. 19 : Portrait de femme, vers 50‑70 apr. J.‑C., Hawara (fouilles F. Petrie 1888), Londres.
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© British Museum ; bmimages.com

Fig. 20 : Portrait de femme, vers 75‑100 apr. J.‑C., Hawara (provenance présumée), Malibu.
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© The J. Paul Getty Museum
13Les colliers sont aussi largement présents, portés seul ou en quantité (Fig. 15 et Fig. 21). Là encore, ils sont généralement en or et peuvent alterner perles blanches et émeraudes (Fig. 14 et Fig. 15). Parmi les modèles récurrents, le pendentif en forme de lunule porté par les femmes (Fig. 19) et même les jeunes filles61. Il existe des bijoux entièrement en or, à maille épaisse (Fig. 12 et Fig. 13), parfois ornés d’un pendentif (Fig. 14 et Fig. 15). Les bijoux représentés sont tout à fait similaires à ceux retrouvés en contexte archéologique : citons comme exemple un collier tout à fait similaire62, provenant des fouilles de la villa B de Lucius Crassius Tertius (Oplontis), qui est composé de perles en or et de prismes d’émeraudes, auquel est suspendu un pendentif en or en forme de lunule63. Sur d’autres portraits du Fayoum sont également figurés les bijoux de tête, avec les épingles à chignon, généralement en or, retenant la chevelure64 (Fig. 11, Fig. 14 et Fig. 15). Sur le bien-nommé portrait de la Jeune fille aux bijoux (Fig. 15), la défunte possède deux épingles, une en or et la seconde en argent, ainsi qu’un ornement de tête en or disposé autour du chignon65. La dorure peut venir aussi rehausser la représentation des parures : la feuille d’or peut être soit disposée soigneusement sur les bijoux préalablement peints (Fig. 18 et Fig. 22) soit remplacer les bijoux, comme le collier de la Jeune fille aux lèvres dorées (Fig. 18). La feuille d’or apposée sur le portrait – au moment de son utilisation funéraire – lui confère un caractère précieux et inaltérable tout en renforçant le luxe associé aux bijoux surtout s’ils sont présents en quantité66 (Fig. 21).

Fig. 21 : Isidora, 130‑161 apr. J.‑C., bois peint à l’encaustique avec feuille d’or, El‑Hibeh (Ankyronpolis), Malibu.
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© The J. Paul Getty Museum

Fig. 22 : Portrait de femme d’âge mûr, iie siècle apr. J.‑C., bois peint à l’encaustique avec traces de feuilles d’or, er‑Rubayat, Berlin.
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© Altes Museum ; https://global.museum-digital.org/
14La possession de nombreuses parures, comme cela est le cas sur plusieurs effigies, peut être comparée aux données papyrologiques : citons un contrat de mariage (Pap. Oxy. 496) daté du règne de l’empereur Hadrien détaillant la riche parure offerte à Thais lors de ses épousailles avec Sarapion67. Malgré quelques lacunes, nous dénombrons une paire de boucles d’oreilles, une broche, une chaîne avec la mention de trois pierres vertes (émeraudes) pour ce bijou, ainsi que deux robes (l’une rose et l’autre rouge) assorties de deux ceintures et d’un manteau (valeur 560 drachmes). La valeur des bijoux était avant tout déterminé par les matériaux qui les constituaient68. Comme l’affirme S. Bussi il convient d’insister sur le fait que les modèles sont rarement décrits, ce qui ne permet pas de comparer la parure nuptiale avec les modèles également figurés sur les effigies. Selon l’auteure, les informations révélées par les nombreux papyrus ne sont pas en corrélation avec les parures pourtant abondantes sur la plupart des portraits du Fayoum, qui seraient plutôt le produit d’une véritable « surenchère socio-économique de la part de ceux qui souhaitaient orner et perpétuer le souvenir de leurs défunts en apposant un portrait sur les momies »69.
Conclusion
15Ainsi, les portraits du Fayoum reflètent à la fois le statut social de l’individu et la façon dont celui-ci souhaite être représenté – pour l’éternité – avec un soin tout particulier accordé aux parures, vêtements comme bijoux. Par les couleurs, certes plus vives sur les portraits féminins, s’instaure une codification visuelle pouvant être interprétée comme une « standardisation » de la façon de représenter les membres de l’élite locale dans l’Égypte romaine. Outre le vêtement, c’est sa couleur et plus précisément la pourpre qui est un marqueur social. Il s’avère que même des individus dont la condition sociale est inférieure (affranchis, esclaves) s’approprient la pourpre, évoquant directement un lien privilégié avec l’élite locale, comme en témoignent leurs effigies réalisées à l’encaustique sur panneau de bois. Vêtements ainsi que bijoux démontrent le fait que les peregrini d’Égypte se conforment à une stricte imitation de ceux portés par l’aristocratie romaine alors que la présence de citoyens romains strico sensu demeure très faible dans cette contrée70. Plus largement, cela révèle qu’il y a une diffusion rapide des modèles impériaux et que cette imitation concourt à une romanisation de ces populations, bien qu’elles soient géographiquement et culturellement éloignées de Rome. Cette imitation symbolique ne comporte cependant nullement la possession de tels bijoux. Bien que les sources papyrologiques ne permettent pas d’affirmer la possession d’une telle abondance de parures, elles mentionnent cependant la possession pour les futures épouses d’une parure constituée à la fois de bijoux et de vêtements. Enfin, il est possible que les portraits du Fayoum figurent les parures conservées dans le trésor familial, transmises sur plusieurs générations et portées par les femmes dans le but d’affermir le statut social de leur famille.
16Outre le portrait lui-même, le support, la technique de l’encaustique (utilisant la cire comme liant) ainsi que la présence de feuilles d’or, corrélés aux pratiques d’embaumement révèlent d’emblée la condition sociale du commanditaire et de sa famille71. Nous pouvons souligner le fait qu’un nombre important des portraits dits « du Fayoum » ont été peints sur de minces panneaux de bois72, matériau coûteux dans une contrée où cette ressource n’est pas abondante ; l’analyse de certains supports a d’ailleurs mis en évidence la présence de nombreuses essences importées73. Le coût du support pourrait expliquer la possibilité de remploi comme semble être le cas d’un panneau (Fig. 23) sur lequel est esquissé un portrait féminin schématisé74.

Fig. 23 : Portrait de femme (ébauche), milieu du iie siècle apr. J.‑C., Fayoum, Tebtynis (fouilles Grenfell & Hunt 1899‑1900), Berkeley.
(voir l’image au format original)
© Phoebe A. Hearst Museum ; https://portal.hearstmuseum.berkeley.edu
17Les plis de la tunique et les clavi sont ébauchés et un trait unique autour du cou marque l’emplacement du collier75. Les inscriptions qui l’entourent indiquent au peintre, « couleur pourpre » au-dessus de l’épaule droite et « mêlé de jaune et de vert » au-dessus de la gauche. La première mention renvoie à un choix délibéré d’employer la couleur pourpre pour la tunique tandis que la seconde correspond aux perles d’or et d’émeraudes du collier. Ces inscriptions conservées sur cette esquisse, véritable unicum, prouvent que la parure et les bijoux primaient dans l’exécution du portrait, au détriment de la ressemblance : l’inscription « peindre les yeux plus doux » évoque seulement le soin qui doit être accordé au regard. La question demeure de savoir si l’esquisse a été réalisée du vivant ou s’il s’agit d’un modèle-type en vue d’une production sérielle76 et standardisée par le biais du vêtement et de la parure dont seules les couleurs varient. Dans les deux cas, les indications correspondraient aux goûts du commanditaire, soit le modèle lui-même soit la famille dans le contexte des funérailles, en revanche, ces inscriptions ne permettent pas de statuer définitivement sur la possession réelle des parures représentées.
Bibliographie
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Documents annexes
- Fig. 1 : Portrait de jeune homme, vers 81-117 apr. J. C., bois peint à l’encaustique, découvert à Hawara (fouilles F. Petrie 1888), Londres
- Fig. 2 : Portrait d’homme peint sur linceul encore en place sur la momie, vers 25-75 apr. J. C., Hawara (fouilles F. Petrie 1911), Copenhague
- Fig. 3 : Portrait de jeune garçon, IIIe siècle apr. J. C., bois peint à l’encaustique, Antinoé, Paris
- Fig. 4 : Portrait d’un homme d’âge mûr, vers 250-300 apr. J. C., bois peint à l’encaustique, er Rubayat, Londres
- Fig. 5 : Tunique d’enfant en lin, VIe-VIIe siècle apr. J. C., Akhmîm (fouilles 1889), Rouen, musée des Antiquités
- Fig. 6 : Portrait d’homme, 80-100 apr. J. C., Hawara (fouilles Petrie, 1888), Londres
- Fig. 7 : Portrait d’Eutychès, vers 100-150 apr. J. C., bois peint à l’encaustique, New York
- Fig. 8 : Portrait de soldat, vers 110-130 apr. J. C., bois peint à l’encaustique avec feuille d’or, er Rubayat, Berlin
- Fig. 9 : Portrait de soldat, vers 110-130 apr. J. C., er Rubayat, Berlin
- Fig. 10 : Portrait de soldat, vers 150-170 apr. J. C., er Rubayat, Londres
- Fig. 11 : « l’Européenne », vers 100-150 apr. J. C., bois de cèdre peint à l’encaustique et feuille d’or, Antinoé, Paris
- Fig. 12 : La Dame au manteau jaune, 138-161 apr. J. C., bois de tilleul peint à la détrempe, Saqqarah, Paris
- Fig. 13 : Portrait de femme, vers 160-180 apr. J. C., Bois peint à l’encaustique, Hawara, (fouilles F. Petrie 1888), Londres
- Fig. 14 : Portrait de femme, 100-120 apr. J. C., bois de tilleul peint à l’encaustique, Hawara, (fouilles F. Petrie 1888), Londres
- Fig. 15 : La Jeune Fille aux bijoux, vers 110-130 apr. J. C., bois peint à l’encaustique, Hawara (fouilles F. Petrie 1911), Edimbourg
- Fig. 16 : La Dame au manteau bleu, vers 161-192 apr. J. C., Bois de tilleul peint à l’encaustique, Hawara, Londres
- Fig. 17 : Portrait de femme, vers 161-192 apr. J. C., er Rubayat, Vienne
- Fig. 18 : Jeune fille aux lèvres dorées, vers 25-37 apr. J. C., Hawara
- Fig. 19 : Portrait de femme, vers 50-70 apr. J. C., Hawara (fouilles F. Petrie 1888), Londres
- Fig. 20 : Portrait de femme, vers 75-100 apr. J. C., Hawara (provenance présumée), Malibu
- Fig. 21 : Isidora, 130-161 apr. J. C., bois peint à l’encaustique avec feuille d’or, El Hibeh (Ankyronpolis), Malibu
- Fig. 22 : Portrait de femme d’âge mûr, IIe siècle apr. J. C., bois peint à l’encaustique avec traces de feuilles d’or, er Rubayat, Berlin
- Fig. 23 : Portrait de femme (ébauche), milieu du IIe siècle apr. J. C., Fayoum, Tebtynis (fouilles Grenfell & Hunt 1899 1900), Berkeley
Notes
1 Découverts principalement dans la région du Fayoum qui leur a donné leur appellation, ils proviennent également d’autres localités en Égypte.
2 À propos du portrait numéroté P56 par Klaus Parlasca : « […] l’adolescente era dunque raffigurato in una nudità idealizzata. » Voir Klaus Parlasca, Repertorio d’arte dell’Egitto greco‑romano, Palermo, Fondazione Ignazio Mormino del Banco di Sicilia, Série B, vol. 1, Ritratti di mummie : Tavole 1‑60, numeri 1‑246, 1969, p. 41. Cependant, parmi les portraits d’hommes identifiés comme étant des athlètes, certains individus sont vraisemblablement d’âge mûr, détail qui remet en cause cette interprétation. Il est possible que le modèle, ancien athlète, ait voulu marquer son appartenance à ce groupe social apprécié. Cette appartenance est visuellement reconnaissable par les épaules dénudées. Nous pouvons citer comme exemple un portrait daté vers 100‑120 apr. J.‑C. provenant d’Hawara et conservé au British Museum (Londres, numéro inventaire EA 74708). Silvia Bussi évoque également un portrait d’homme d’âge mûr originaire d’Hawara (Fayoum) et conservé au musée du Caire (CG 33236). Le défunt est représenté avec les épaules nues, ce qui évoque le fait qu’il aurait fréquenté le gymnase dans sa jeunesse : « Ovviamente non può trattarsi di un efebo: potrebbe essere invece un uomo che, avendo frequentato il ginnasio in gioventù ed appartenendo dunque all’élite più selezionata, tiene a farsi rappresentare proprio per lo status sociale di cui ha goduto in vita ». Voir Silvia Bussi, Le élites locali nella provincia d’Egitto di prima età imperiale, Milan, Cisalpino, 2008, p. 118.
3 Portraits de l’Égypte romaine, dir. Marie‑France Aubert et Roberta Cortopassi, Paris, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, Musée du Louvre 5 octobre 1998‑4 janvier 1999, p. 29‑31.
4 Florence Gombert‑Meurice, « Perles et portraits : petite lecture anthropologique des portraits de momies (résumé de la communication) », dans Ex oriente luxuria (II) Première étude de cas : perles et écaille de tortue [En ligne], Compte-rendu de la journée d’étude commune organisée par Françoise Gury et Jean Trinquier à la Maison de l’Orient, Lyon (1er et 2 décembre 2015), 2016. P. 17.
5 Joseph Mélèze-Modrzejewski, « Papyrologie et histoire des droits de l’antiquité » École pratique des hautes études, 4e section, Sciences historiques et philologiques. Annuaire 1975‑1976 (1976), p. 320.
6 Bernard Legras, L’Égypte grecque et romaine, Paris, Armand Colin, 2004, p. 27.
7 S. Bussi (op. cit. n. 2), p. 9.
8 Joël Le Gall & Marcel Le Glay, 1992, p. 94.
9 André Piganiol, « Le Statut Augustéen de l’Égypte et sa destruction », Museum Helveticum, vol. 10, n. 3/4, Septième Congrès International de Papyrologie (Genève 1952), 1953, p. 197 et p. 201 ; S. Bussi (op. cit. n. 7), p. 11. Ces lois seront abolies sous le règne de Caracalla, notamment en 212 apr. J.‑C. avec la Constitutio Antoniniana qui accorde la citoyenneté à tout homme libre de l’Empire.
10 S. Bussi (op. cit. n. 2), p. 11.
11 B. Legras, (op. cit. n. 6), p. 72.
12 Outre Alexandrie sont également concernées les cités grecques de Naucratis et Ptolémaïs sont concernées puis, dès 130 apr. J.‑C., celle d’Antinooupolis. Voir B. Legras (op. cit. n. 6), p. 72.
13 Joseph Mélèze‑Modrzejewski, « L’Égypte » dans Rome et l’intégration de l’Empire, Tome 2. Approches régionales du Haut‑Empire romain (44 av. J.‑C.‑260 ap. J.‑C.), dir. Claude Lepelley, Paris, Presses universitaires de France (Nouvelle Clio), p. 464.
14 B. Legras (op. cit. n. 6), p. 27.
15 L’appartenance à cet ordre était héréditaire et devait être prouvé par une « double ascendance métropolitaine » comme le précise J. Mélèze-Modrzejewski (art. cit. n. 13), p. 470, c’est-à-dire appartenir à cet ordre à la fois par la filiation paternelle et maternelle. Voir aussi B. Legras, (op. cit. n. 6), p. 72.
16 B. Legras, (op. cit. n. 6), p. 72 ; Id., « Les usagers du gymnase dans l’Égypte hellénistique : de nouvelles perspectives ? », dans Paideia e ginnasi in Egitto ellenistico e romano, dir. Silvia Bussi et Livia Capponi, Milan, Edizioni Universitarie de Lettere di Economia Diritto, 2024, p. 105. Comme le mentionne Barbara Anagnostou‑Canas : « […] pour appartenir aux métropolites d’Arsinoè, d’Oxyrhynchos, d’Hermoupolis ou d’Héracléopolis ou aux "gens du gymnase", il fallait justifier "d’une double ascendance" à l’intérieur de ces groupes […] ». Voir Barbara Anagnostou-Canas, « Effets juridiques de la filiation dans l’Égypte grecque et romaine », dans Symposion 2003, Vorträge zur griechischen und hellenistischen Rechtsgeschichte (Gesellschaft für griechische und hellenistische Rechtsgeschichte, Institut für Rechtsgeschichte und Papyrusforschung der Philipps-Universität Marburg, Rauischholzhausen, 30 sept.‑3 oct. 2003), dir. Hans Albert Rupprecht, Vienne, Austrian Academy of Science Press (Akten der Gesellschaft für griechische und hellenistische Rechtsgeschichte, n. 17), 2006, p. 323‑340.
17 Ces éléments sont également perceptibles sur d’autres portraits censés provenir d’er‑Rubayat (Fayoum), y compris des effigies féminines.
18 Klaus Parlasca, Repertorio d’arte dell’Egitto greco-romano, Série B, vols. 1 à 4, Ritratti di mummie, Palerme/Rome, 1969/1977/1980/2003.
19 Sur les mosaïques de Zliten, datées du iiie siècle apr. J.‑C. et représentant différents combats de gladiateurs et autres jeux du cirque, les editores présents portent des tuniques blanches, courtes, ornées des clavi pourpres nettement reconnaissables.
20 Conservée à New York, Metropolitan Museum of Art (26.9.6).
21 Une étude menée sur cette substance colorante, obtenue à partir de mollusques du genre Murex (murex trunculus) précise qu’il fallait en moyenne dix mille coquillages pour obtenir un gramme de pourpre. Voir Christine Macheboeuf, « Les coquillages à pourpre : présentation et description », dans Ead., Exploitation et commercialisation de la pourpre dans l’Empire romain, Pessac, Ausonius éditions (DAN@, n. 4), 2022, p. 15‑18.
22 Émilienne Demougeot, « Meyer Reinhold, History of Purple as a Status Symbol in Antiquity, coll. « Latomus », vol. 116, 1970 », Revue des Études Anciennes, vol. 74, n. 1‑4, 1972, p. 236. C’est d’ailleurs ce que révèle Pline l’Ancien (NH, IX, LXIII [2]) qui décrit notamment l’excellente pourpre tyrienne (Dibapha Tyria) qui coûtait près de 1000 deniers la livre. Le terme dibaphe fait référence à une couleur obtenue par deux teintures. Il oppose cette pourpre, symbole de luxe, à la pourpre violette (Violacea purpura), moins onéreuse, à 100 deniers la livre. Voir Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, livre IX, trad. Émile Littré, [En ligne] Paris, éd. Dubochet, 1848-1850.
23 Ce colorant d’origine animale produit une couleur écarlate et est extrait des femelles adultes séchées du Coccidé Kermes vermilio.
24 Il s’agit de la garance des teinturiers, Rubia tinctorum L.
25 « Dans la plupart des cas, les nuances de « pourpre » de ces textiles se révélèrent être […] des imitations de pourpre véritable dues à la combinaison de deux teintures, en proportions diverses : de l’indigo d’origine végétale (extrait soit du pastel Isatis tinctoria L., soit d’un indigotier poussant en Égypte, Indigofera sp.) et de la garance, le plus probablement R. tinctorum L. ». Voir La pourpre en Égypte romaine. Récentes découvertes, implications techniques, économiques et sociales, dir. Dominique Cardon, « La pourpre en Égypte romaine. Récentes découvertes, implications techniques, économiques et sociales », dans Les arts de la couleur en Grèce ancienne… et ailleurs, dir. Philippe Jockey, Athènes, École française d’Athènes, 2018, p. 49‑79.
26 Ibid., p. 49‑79.
27 La cité se situe dans le sud de l’Égypte, à quelques kilomètres au sud‑est de Koptos.
28 Florence Gombert‑Meurice (art. cit. n. 4), p. 22.
29 Richard Newman et Glenn Alan Gates, « The Matter of Madder in the Ancient World », dans Mummy Portraits of Roman Egypt Emerging Research from the APPEAR Project, dir. Marie Svoboda, et al., 1ère édition, Los Angeles, J. Paul Getty Museum/University of Chicago Press, 2020, p. 24‑33.
30 E. Demougeot (art. cit. n. 22), p. 240.
31 « Le caratteristiche leggermente negroidi del grasso viso rivelan che si tratta di un individuo di sangue misto », K. Parlasca (op. cit. n. 2), p. 39.
32 Cette croix ne correspond ni au centre du panneau et pouvant servir de référence ni de marque signalant un ornement à ajouter ultérieurement puisque le défunt ne possède aucun attribut.
33 « Eutykhès, affranchi de Kasianos, fils d’Hèrakleidès, Evandros [ou Hèrakleidès, fils d’Evandros…] j’ai signé ». Une partie de l’inscription est difficilement déchiffrable et a engendré différentes interprétations : celle retenue est qu’Eutychès serait le fils d’Hèrakleidès et qu’Evandros serait le nom du peintre. Euphrosyne Doxiadis, Les portraits du Fayoum, Paris, Gallimard, 1995, p. 192.
34 Les portraits de soldats les mieux conservés, censés provenir de la nécropole d’er‑Rubayat (rattachée à la cité de Philadelphie, au nord-est du Fayoum), sont majoritairement datés du IIe siècle de notre ère.
35 Le sagum est décrit comme un « manteau carré typiquement militaire », dans Portraits funéraires de l’Égypte romaine, cartonnages, linceuls et bois, dir. Marie‑France Aubert, et al., tome II, Paris, Musée du Louvre éditions, 2008, p. 145.
36 Ibid., p. 145.
37 Celui-ci servait à attacher l’épée du soldat.
38 Les colons gréco‑macédoniens sont venus s’installer en Égypte et plus précisément au Fayoum au début de l’époque ptolémaïque.
39 Si les couronnes végétales, le plus souvent stylisées, peintes et/ou recouvertes de feuille d’or sont interprétées comme étant des couronnes de justification et renvoyant donc à la mort de l’individu. Notons qu’Euphrosyne Doxiadis précise que, dans le cas de de ces portraits de militaires, la couronne « était peut-être un symbole de victoire à la différence des couronnes dans d’autres portraits », E. Doxiadis (op. cit. n. 33), p. 22.
40 L’or, métal inaltérable, fait référence à l’immortalité et à l’éternité. François Daumas précise que « l’or [donc] constituait d’abord la matière solaire, puis il en était devenu le symbole et rayonnait sur ce qui entourait le dieu comme le ciel et l’horizon ou sur celui qui était dieu par naissance, le roi ». L’auteur insiste sur le caractère inaltérable du métal, présent abondamment en Égypte mais surtout en Nubie. Cependant, il convient de mentionner qu’« aucun texte égyptien à notre connaissance ne nous renseigne directement » bien que « la notion [soit] commune dans l’ancien Orient ». À l’époque pharaonique, l’or symbolise donc la chair des dieux et sa couleur renvoie plus particulièrement au dieu solaire Rê puisque « ses os étaient d’argent et ses chairs d’or ». Voir François Daumas, « La valeur de l’or dans la pensée égyptienne », Revue de l’histoire des religions, vol. 149, n. 1, 1956, p. 6.
41 Klaus Parlasca évoque ce portrait numéroté P179 : « […] si tratta dunque di un ufficiale », K. Parlasca (op. cit. n. 2), p. 76.
42 S. Bussi (op. cit. n. 2), p. 70.
43 J. Mélèze‑Modrzejewski, (art. cit. n. 13), p. 463.
44 B. Legras, (op. cit. n. 6), p. 67.
45 S. Bussi (op. cit. n. 2), p. 71‑72. L’auteure se réfère au Gnomon de l’Idiologue, notamment à l’article 53, qui mentionne qu’une Égyptienne, épouse d’un vétéran ayant la citoyenneté romaine, ne peut toutefois pas être considérée comme Romaine.
46 Indigofera tinctoria.
47 « Il ritratto se distingue per una doratura eccezionalmente ricca : una corona di foglie tra i capelli, gli orecchini e la fibbia del chitone, lo stretto clavus, i contorni del mantello e il suo motivo a stelle, la collana al collo e le labbra della giovane », K. Parlasca (op. cit. n. 2) p. 29‑30.
48 S. Bussi (op. cit. n. 2), p. 112 : « Già in epoqua hellenistica si doravano alle volte gli occhi, le labbra e le unghie: in sostanza si tratta dell’evoluzione dell’uso di maschere funerarie d’oro di età faraonica, divenute poi dorate durante il Nuovo Regno, e infine trasformatesi in doratura di parti del corpo in epoca ellenistico-romana ».
49 Nous noterons que sur les portraits masculins, la parure se limite généralement à des chevalières, visibles uniquement sur les panneaux peints représentant les mains du défunt et les colliers sont une amulette retenue par un cordon.
50 S. Bussi (op. cit. n. 2), p. 120‑121 : « I ritratti femminili destano un particolare interesse, ai fini di un tentativo di lettura socio-economica dell’iconografia, in quanto nella gran maggioranza dei casi sono ornati dei gioielli, molto evidentemente riconoscibili come romani nella tipologia e nei materiali ».
51 « Le port de perles [qui proviennent probablement de la péninsule arabique ou encore d’Inde] n’est en lien ni avec les traditions grecques, ni avec celles de l’Égypte antique », F. Gombert-Meurice (art. cit, n. 4), p. 8. La perle, en grec margaritês, était un matériau précieux, symbole de beauté et de perfection (Pierre Schneider, Margarita, Une histoire culturelle, économique et sociale de la perle de l’océan Indien dans l’Antiquité gréco-romaine, mémoire de recherche inédit présenté pour l’habilitation à diriger des recherches, Université de Lyon II, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 2013, [En ligne], p. 141). Elles proviennent d’Arabie, de la mer Érythrée ou encore d’Inde et sont introduites dans le bassin méditerranéen par Alexandre le Grand. En Égypte, elles sont mentionnées pour la première fois dans un papyrus datant de l’époque ptolémaïque (Ibid., p. 319). Selon Ernest Babelon, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d’après les textes et les monuments, tome 3, vol. 2, Paris, 1919, p. 1595 : « C’est seulement après la conquête de l’Orient par Alexandre que le luxe des perles envahit le monde hellénique, et cette mode atteignit son apogée en Égypte sous les Ptolémées ».
52 Les textes classiques sont peu nombreux à traiter des bijoux et évoquent les parures de manière dévalorisante car elles sont considérées comme un symbole de luxe et même d’une certaine perversion, plus particulièrement au sein de l’aristocratie romaine. Souvent assimilés à la dot ou simplement issus de celle-ci, les bijoux symbolisent le pouvoir des femmes qui ne respectent ni les mœurs romaines ni même leur mari : Juvénal, dans ses Satires, VI, trad. Jean Dusaulx [En ligne], 1770, en fait une bien sombre description, tout comme Clément d’Alexandrie, Pédagogue, II, 12a [en ligne] trad. M. De Genoude, [En ligne], Paris, chez Sapia libraire éditeur, 1839 : « [...] Quant aux femmes, qui attachent le plus haut prix à des colliers ou bracelets de perles, aux améthystes, aux topazes, aux émeraudes, elles sont comme des enfants que l’éclat du feu attire et excite à s’en approcher parce que l’expérience ne leur a pas encore appris combien il est dangereux de le toucher. Leur orgueil est si excessif, leur luxe si extravagant que, non contentes de séparer de perles qui sont hors de prix, elles en décorent même leur lit avec une folle profusion ».
53 Leur distinction est visuellement peu évidente car toutes deux sont dépeintes d’une couleur rose-pourpre sur les portraits du Fayoum, ce qui rend l’identification parfois délicate.
54 Tacite critique les parures ostentatoires des riches aristocrates romaines qu’il juge éloignées des mœurs républicaines, notamment parce qu’il se soucie de l’enrichissement des contrées qui commercent avec Rome pour l’or et les pierreries. Tacite, Annales, Tome I, III, 53‑4, trad. Jean-Louis Burnouf [En ligne], 1859.
55 Pierre Schneider, « "La perle est, sur la voie publique, le licteur de la femme" (Pline l’Ancien) : le système des signes du luxe antique à Rome (ier siècle av. Jésus‑Christ‑iie siècle apr. Jésus‑Christ) », Communications, 111, L’état du luxe, 2022, p. 15.
56 Pline l’ancien (trad. cit. n. 22), livre IX.
57 P. Schneider (op. cit. n. 51), p. 295.
58 Le musée archéologique de Naples et le Metropolitan Museum of Art de New York possèdent, parmi d’autres musées, une importante collection de bijoux antiques et notamment des ornements datés entre le ier et le ive siècle de notre ère.
59 Oplontis, SAP 73407.
60 Bernard P. Grenfell et Arthur S. Hunt, The Oxyrhynchus papyri, part ii, edited with translation and notes, London, Egypt Exploration Fund, 1899, p. 247. Ce papyrus est daté de la 1ère moitié du ier siècle apr. J.‑C.
61 Pendentif en forme de croissant de lune dont les extrémités sont dirigées vers le bas. Ce motif fait référence à la fertilité.
62 Oplontis, SAP 3307.
63 Selon A. D’Ambrosio, « Comune Di Striano. Esplorazioni », Rivista Di Studi Pompeiani, vol. 1, 1987, p. 176 : « Sotto la testa del (fig. 45) composta da 16 pietre verdi piccole sfere in lamina d’oro, con pendente lunare; presso la mano sinistra 5 anelli quali con pietra incisa; infilata al braccio d’oro con smeraldo ». L’auteur (1987, n. 53) évoque également une dépouille qui possédait plusieurs bijoux : « Oltremodo ricco di monili d’oro il n. 27; tra questi un’armilla con il casto- ne decorato a rilievo con una Venere ed amorino, 3 anelli, 2 coppie di orecchini, una collana con vaghi ovali in lamina d’oro alternati a prismi di smeraldo, una collana d’oro ».
64 Concernant le portrait de « l’Européenne » : « I capelli lisci sono tirati all’indietro ; qui si intravede il contorno di una crocchia, nella quale è infilato, dal davanti e diagonalmente, une spillone d’oro », K. Parlasca (op. cit. n. 2) p. 65. Selon les modes capillaires de l’époque impériale, les coiffures peuvent être élaborées, avec une ou plusieurs tresses enroulées sur elles-mêmes à l’arrière de la tête de façon à constituer un chignon.
65 « Alla base della corona di capelli si riconosce inoltre una catenella d’oro con un fermaglio rotondo attaccato alle estremità di une larga lamina d’oro », K. Parlasca (op. cit. n. 2) p. 53.
66 Soulignons cependant que l’or possède une symbolique forte à mettre en lien avec les croyances de l’Égypte antique, toujours usitées durant l’époque romaine, puisque ce métal inaltérable renvoie à l’éternité d’où son application directement sur les panneaux peints, parfois sur des parties du corps comme les lèvres ou la chevelure (Fig. 18) pouvant aller jusqu’à recouvrir la peinture comme sur le portrait de « l’Européenne » (Fig. 11).
67 Bernard P. Grenfell et Arthur S. Hunt, The Oxyrhynchus papyri, part iii, edited with translation and notes, London, Egypt Exploration Fund, p. 208‑212.
68 S. Bussi (op. cit. n. 2), p. 125.
69 Ibid. : « Ritengo quindi che si possa parlare di sovraesposizione socio-economica da parte di coloro che desiderarono onorare e perpetuare la memoria dei loro defunti apponendo un ritratto alle mummie ».
70 Cela est également renforcé par l’imitation des modes capillaires, tant masculines que féminines.
71 Il peut s’agir du modèle lui-même, dans l’hypothèse où le portrait aurait été réalisé du vivant, ou bien de la famille, notamment dans le cas où il s’agit d’une effigie réalisée pour orner le visage du défunt une fois momifié.
72 Les panneaux mesurent en moyenne entre 0,2 et 0,4 cm d’épaisseur.
73 C’est le cas du cèdre du Liban ou du bois de tilleul, originaire d’Asie Mineure, pour ne citer que celles‑ci. Pour l’étude des bois, voir Victoria Asensi Amorós et Pierre Détienne, « Les bois utilisés pour les portraits peints en Égypte à l’époque romaine », dans Portraits funéraires de l’Égypte romaine, cartonnages, linceuls et bois, tome II, dir. Marie-France Aubert, et al., Paris, Musée du Louvre éditions, 2008, p. 35, 37, 39.
74 L’autre versant du panneau présente le portrait peint d’une femme dont la couche picturale est dans un état de conservation particulièrement médiocre et les contours du visage sont à peine distinguables.
75 Le collier semble être le seul bijou présent ; les boucles d’oreilles ne sont pas nettement perceptibles, les lobes étant masqués par la superposition de traits de la chevelure.
76 La question demeure quant au contexte d’exécution des portraits, soit du vivant du modèle, soit a posteriori. Il est délicat de statuer sur cette question : il existe des effigies dont le naturalisme abouti est saisissant, avec la représentation de particularités physiques, qui tendent à prouver qu’il s’agit d’une exécution d’après modèle vivant. D’autres, de moins bonne facture, semblent révéler une production standardisée, réalisée d’après des cartons. Sur cette ébauche, bien que l’absence de couleur prive cette esquisse de réalisme, nous remarquerons tout de même la présence de détails destinés à donner un certain modelé au visage : c’est le cas du sillon jugo-palpébral droit, accentué à partir de la caroncule lacrymale – cependant absent du côté gauche – et ou encore des ombres placées subtilement, sous l’aile droite du nez et au niveau du menton, sous la lèvre inférieure.
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Quelques mots à propos de : Sarah Kourdi
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