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Les abords du palais de Poitiers, un espace du paraître : Nouvelles perspectives de recherche sur les stratégies d’implantation des orfèvres et des métiers du textile (xve‑xviie siècle)
Par Marie-Amélie Lamy
Publication en ligne le 30 avril 2026
Résumé
This paper examines the eastern part of the area occupied by the palace of the counts of Poitou, later dukes of Aquitaine, in Poitiers, a space where power, social interaction, and commercial activity converged. From the Middle Ages onward, the palaceserved as to focal point that reshaped the surrounding urban and social fabric. By the Modern period, the nearby housing and shops reflected the dynamics of a “space of display,” where architecture and commerce together expressed the identity and social ambitions of the urban elites. Archaeological surveys conducted in the cellars, though providing little evidence of specific functions, revealed their almost exclusive use as storage areas connected to the shops above. The analysis of façades and dwellings reveals a landscape marked by the contrast : carved timber frames and standing beside stone houses, both demonstrating a shared desire for social affirmation. Cross‑referencing parish and fiscal archives sheds further light on the area’s socio‑professional structure. The rue du Marché Notre‑Dame emerges as a thriving commercial hub, centred on the display of luxur, home to silk drapers, hatmakers, and goldsmiths. These trades catered to a wealthy clientele of jurists, academics, and notables, further enhancing the prestige of the neighbourhood. In this way, the surroundings of the palace appear as a symbolic space, where political power, urban elites, and luxury trade collectively stage the city’s brilliance.
L’étude porte sur le quartier oriental du palais comtal et ducal de Poitiers, espace où s’articulent pouvoirs, sociabilités et activités marchandes. Dès le Moyen Âge, le palais devient un centre d’attractivité autour duquel se structure le tissu urbain et social. À l’Époque moderne, l’habitat et les boutiques reflètent les dynamiques d’un « espace du paraître », où architecture et commerce incarnent l’identité et le rang social des élites urbaines.Les prospections archéologiques menées dans les caves, bien qu’elles n’aient pas permis de préciser des fonctions spécifiques, confirment un usage majoritairement dévolu au stockage, en lien avec les activités commerciales exercées dans les boutiques qui les surplombent. L’analyse des façades et de l’habitat révèle un paysage urbain marqué par la coexistence de constructions à pans de bois sculptés et de logis en pierre, traduisant une volonté d’affirmation sociale sur ce secteur. Le croisement de ces données de terrain avec les archives paroissiales et fiscales permet de préciser la structuration socio‑professionnelle des abords du palais. En particulier, la rue du Marché Notre‑Dame apparaît comme un pôle marchand centré sur le luxe et le paraître, regroupant drapiers de soie, chapeliers et orfèvres. Ces activités ciblent une clientèle aisée et s’implantent dans un environnement fréquenté par des juristes, des universitaires et des notables, contribuant ainsi au rayonnement de ce secteur, où s’articulent pouvoirs, élites urbaines et commerces de prestige.
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Table des matières
Texte intégral
1Aux abords du palais comtal et ducal de Poitiers (Fig. 1), l’espace urbain n’est pas seulement un lieu de passage, de commerce ou de résidence : il est la vitrine d’un jeu social fondé sur les apparences, un espace du paraître. À l’échelle d’une rue, façades, boutiques et enseignes participent à une mise en scène sociale et « emblématique »1, traduisant la construction identitaire des élites et leurs codes de distinction, en particulier dans les boutiques liées à la mode, au luxe et au demi‑luxe2.

Fig. 1 : Géoréférencement et vectorisation des caves visitées et relevées par niveau dans le cadre du mémoire (SIG).
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© M.‑A. Lamy
2Implanté dès le xe siècle sur l’enceinte tardo‑antique, à proximité de la collégiale Notre‑Dame‑la‑Grande, le palais se situe ainsi à un carrefour où se rencontrent certains pouvoirs laïque et religieux. Dans le courant du Moyen Âge, ce carrefour devient l’un des pôles marchands de la ville, avec l’implantation du marché hebdomadaire structurant la place Notre‑Dame ainsi que les rues qui l’entourent.
3Sujet aux travaux d’embellissement initiés par Jean de Berry à la fin du xive siècle, désigné comme lieu d’établissement temporaire du parlement royal par Charles VII dans la première moitié du xve siècle, puis siège présidial à partir de 1551, le palais structure l’organisation socio-topographique du quartier, en renouvelant le profil des élites urbaines gravitant dans sa sphère d’influence.
4Si le rôle d’imposition de 1552 révèle bien une concentration de résidents privilégiés dans les paroisses limitrophes du palais, cette liste nominative demeure pourtant insuffisante pour affiner l’analyse de la structuration sociale à l’échelle de la rue ou de la parcelle, et ainsi comprendre les logiques de regroupement socio‑professionnel dans ce secteur stratégique3. Pour tenter de dépasser ces limites, nous avons employé une approche combinée, croisant l’analyse architecturale des vestiges encore en élévation, l’étude du bâti des caves et l’exploitation de fonds archivistiques4. L’enquête s’est notamment appuyée sur les archives de la cure et de la fabrique de la paroisse principale du secteur d’étude5, ainsi que sur un registre fiscal de 1691, dit le Toisé6. Le croisement de l’ensemble de ces données a permis d’esquisser les premières grandes lignes de la répartition socio‑professionnelle aux abords orientaux du palais7.
Les témoins d’un habitat privilégie de bois et de pierre à l’est du palais : affirmation et distinction sociale
5La physionomie actuelle du paysage urbain ne reflète plus celle des époques médiévale ou moderne. Le centre‑ville de Poitiers a subi d’importantes transformations : sa richesse architecturale et sa diversité héritée ont été en grande partie réduite par les projets d’alignement des façades mis en œuvre depuis la fin du xviiie siècle. Pourtant, quelques traces d’un habitat privilégié ancien subsistent encore aux abords du palais, niché entre rue et cour, tandis que d’autres n’ont été conservées que par la documentation produite avant leur destruction. La physionomie bâtie de la rue du Marché Notre‑Dame offrait un paysage architectural varié et marqué par l’Époque moderne, mêlant pans de bois sculptés et riches logis en pierre.
6À l’Époque moderne, le bois jouait un rôle bien plus marqué dans le paysage bâti de Poitiers qu’aujourd’hui, un constat également formulé par Camille Marguerite à l’issue de son inventaire consacré aux pans de bois de la ville, et à l’instar de ce que l’on observe dans la majorité des villes8. Dès le xve siècle, la construction en pan de bois se généralise dans l’architecture domestique urbaine, ce qui n’efface en rien l’existence sporadique d’exemples antérieurs9.
7Poitiers conserve encore quelques témoins de ces constructions en bois. Dans le quartier oriental du palais, l’un des exemples les mieux documentés est sans conteste l’ancien hôtel de commerçant disposé pignon sur rue, au 11 place Charles de Gaulle (Fig. 2). Dans les années 1420, Maurice Claveurier réunit sa maison à la parcelle voisine afin d’y ériger sa nouvelle résidence, symbole de sa réussite sociale en tant que lieutenant général de la sénéchaussée et maire de la ville10. Orienté vers l’église Notre‑Dame‑la‑Grande, l’hôtel Claveurier se distinguait par un rez‑de‑chaussée dédié aux activités commerçantes11.

Fig. 2 : Vienne (86), Poitiers, l’hôtel Claveurier, maison en pan de bois situé au 11 place Charles de Gaulle, construit au xve siècle, remanié au xviie et xviiie siècles.
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© M.‑A. Lamy
8Moins connu, le pan de bois situé au 2 rue du Marché Notre‑Dame mérite également d’être mentionné pour la finesse et la singularité de son décor sculpté (Fig. 3). Celui-ci est composé de colonnes cannelées sculptées en bas‑relief le long des poteaux, accompagnées de chapiteaux et de motifs floraux à leur base. Le décor est complété par une frise florale encadrant un visage. Au regard de cette ornementation remarquable, Camille Marguerite propose de dater la façade de la seconde moitié du xvie siècle, voire de la première moitié du xviie siècle12. D’autres pans de bois sculptés sont inventoriés dans d’autres secteurs de la ville.

Fig. 3 : Vienne (86), Poitiers, maison en pan de bois sculpté situé au 2 rue du Marché Notre‑Dame, xvie siècle.
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9Aux pans de bois encore visibles s’ajoutent ceux dont le souvenir ne subsiste que par des dessins réalisés au xixe siècle, peu avant leur destruction. Ainsi, une maison à pan de bois, située à l’angle de la rue de la Cathédrale et de la rue du Marché Notre‑Dame, en face de l’ancienne église Notre‑Dame‑la‑Petite, est documentée grâce à un dessin en perspective anonyme, indiquant sa construction en 1627 et sa démolition en 1821 (Fig. 4). L’immeuble comprend quatre niveaux, avec un rez‑de‑chaussée ouvert en arcades destiné aux activités commerciales et un dernier étage sous comble. La façade se caractérisait par un treillis ornemental et par un poteau cornier sculpté à l’angle des deux rues. Ce type d’ossature à losanges, usité dès le xve siècle, est connu dans la seconde moitié du xvie siècle, souvent associé à un décor de style « Renaissance »13.

Fig. 4 : Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand (Grand Poitiers), ms. 547, Monuments du Poitou : plans, vues, détails, inscriptions, 1701, vol. 2, f. 239r. Détail : dessin d’une maison en pan de bois avant démolition en 1821, sise à l’angle des rues du Marché et de la Cathédrale.
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© Médiathèque François-Mitterrand
10La présence de pans de bois finement sculptés aux abords du palais suggère un certain soin investi dans l’architecture domestique et commerçante sur ce secteur économique et fortement fréquenté, situé en bordure de l’un des axes majeurs de la ville, la Grand’Rue. La richesse et la qualité ornementale constituent des marqueurs de distinction, susceptibles de refléter le rang ou les ambitions sociales des occupants, sans toutefois permettre d’en préciser le statut exact, sauf lorsque l’ornementation fait également office d’enseigne14. Ces façades traduisent avant tout une volonté d’affirmation et de représentation identitaire, inscrite dans le paysage urbain, comme il en existe d’autres exemples dans la ville de façon plus ou moins isolée15. Plus facile à orner, le raffinement du pan de bois ne saurait toutefois être réduit à son seul décor et à la technicité ornementale qu’il suppose. S’il constitue parfois une réponse constructive économique par rapport à l’usage de la pierre, le recours au bois peut également impliquer des procédés d’assemblage complexes, coûteux et hautement spécialisés, susceptibles de susciter l’intérêt de propriétaires aisés16.
11Dans cette logique de mise en scène sociale de la demeure, la construction en dur apparaît comme un autre choix privilégié, parallèlement au recours au bois, ces deux matériaux étant conjointement mis en œuvre dans l’architecture domestique à Poitiers, au moins depuis le bas Moyen Âge, qu’ils soient employés séparément ou en association. La pierre peut occuper une place singulière, voire symbolique, selon le projet architectural pensé et dicté par le commanditaire. En raison de son coût, de sa qualité et de sa robustesse, la pierre matérialise un autre degré de représentation de soi dans l’espace public qu’est la rue et participe pleinement aux stratégies de distinction déployées par les élites urbaines17.
12Dans le secteur, les façades sur rue entièrement bâties en pierre de taille sont peu nombreuses ; l’exemple le plus significatif reste l’hôtel Pélisson, que nous évoquerons plus loin. Les maçonneries sont généralement construites en moellons, y compris pour une grande partie des demeures privilégiées. Elles sont généralement destinées à être recouvertes d’un enduit. La pierre de taille est en revanche réservée pour la mise en œuvre des fenêtres, des ouvroirs, des accès, des cheminées ou d’autres aménagements devenant supports privilégiés pour l’expression ornementale. Cependant, en raison des alignements de façades, ces marqueurs ont disparu de la vue depuis la rue. Il faut bien souvent pénétrer à l’intérieur des immeubles ou obtenir un accès aux espaces de cour et jardin pour découvrir des éléments méconnus, révélateurs du rang social de leurs anciens occupants. Largement soustraites au regard du plus grand nombre, mais souvent mieux conservées, car épargnées par les politiques de réalignement, les façades sur cour ne sont généralement perceptibles que par les voisins en situation de vis‑à‑vis au sein des cœurs d’îlot, ou par les personnes admises à pénétrer dans les espaces privés. Elles participent pourtant au projet d’affirmation identitaire des élites : les baies participent au projet architectural dicté par des commanditaires soucieux d’investir dans des modalités de reconnaissance sociale, qu’elles soient situées sur rue ou sur cour18.
13Au cours de nos prospections, l’accès au cœur des îlots urbains nous a permis d’observer plusieurs façades sur cour. L’analyse typo‑chronologique des fenêtres rencontrées confirme la prédominance de l’architecture Renaissance sur l’habitat médiéval, souvent effacé au profit des projets d’embellissement et de mise au goût du jour. Ce phénomène est particulièrement visible le long de la rue du Marché Notre‑Dame, notamment sur les façades situées en vis‑à‑vis du palais (Fig. 5). Ces fenêtres font souvent l’objet de riches décors sculptés, tels que des culots figuratifs ou des ornements au niveau des lucarnes, bien qu’elles ne soient pas conçues pour être admirées par le plus grand nombre. Le long de cette même rue, au numéro 25, une demeure implantée gouttereau sur rue se distingue par son toit pointu, à l’instar de l’hôtel Pélisson ou l’hôtel Claveurier susmentionnés. Si sa façade sur rue ne laisse aujourd’hui rien paraître de sa singularité, hormis une hauteur sous comble qui la distingue des logis mitoyens, il en va tout autrement du traitement soigné déployé côté cour. Vue depuis le cœur d’îlot, une imposante lucarne de style Renaissance s’élève au niveau des combles. Sa fenêtre à croisée est surmontée d’un fronton triangulaire, lui‑même coiffé d’un riche décor sculpté de rinceaux encadrant un putto placé à la clé. À cette adresse, la richesse ornementale d’une porte donnant sur la cour est documentée19. Elle dessert un escalier en vis qui assure la distribution du bâtiment disposé entre cour et jardin. Dans un style Renaissance comparable à celui de la porte qui dessert l’escalier de l’hôtel Berthelot, rue de la Chaîne à Poitiers, la porte est surmontée d’un linteau sculpté, orné de rinceaux, tandis que ses piédroits sont flanqués de pilastres corinthiens décorés de motifs géométriques. L’ensemble est couronné d’un fronton encadrant deux médaillons sculptés de bustes humains et un blason central, lui-même coiffé de pinacles et de rinceaux et encadré de deux cartouches.

Fig. 5 : Vienne (86), Poitiers, lucarne sur cour du 2 rue du Marché Notre-Dame, xvie siècle.
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14Ce renouvellement architectural au seuil et au cours de la première moitié de l’Époque moderne a été souligné à l’échelle du quartier, du bâti en élévation jusqu’aux caves (Fig. 6). Le renouvellement des élites, lié aux mutations fonctionnelles du palais et au développement d’un milieu universitaire et intellectuel, en est sûrement la cause20. Ces nouveaux résidents ont probablement cherché à affirmer leur identité dans l’espace urbain par le biais de projets architecturaux d’embellissement, d’autant plus visibles et symboliques face à un palais qui avait lui‑même bénéficié d’un programme de mise en valeur sous Jean de Berry.

Fig. 6 : Proposition d’une répartition chrono‑typologique des caves recensées dans le cadre du mémoire et d’une localisation des éléments architecturaux datables (SIG).
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15D’ailleurs, les données recueillies suggèrent une différenciation d’usage entre les secteurs viaires : la rue aujourd’hui appelée Scévole de Sainte‑Marthe, tout comme la portion de la rue de la Cathédrale proche du carrefour avec la rue Arsène Orillard, était dévolue à un usage résidentiel, privilégié par les élites de robe. Les notables, tels que les échevins ou les officiers du présidial, y élisent domicile, en bénéficiant de large parcelle se développant en cœur d’îlot, souvent dotée de cour et de jardin. À l’inverse, la rue du Marché Notre‑Dame était cernée par des activités marchandes associées à des parcelles étroites.
16Cette coexistence spatiale entre élites de robe et milieux marchands relève d’une dynamique urbaine assez commune. Tandis que les premières affirment leur rang en gravitant à proximité d’un lieu de pouvoir, les seconds tirent parti de l’attractivité d’un tel pôle institutionnel. Le palais est autant un vecteur de représentation sociale qu’un atout économique. Cette empreinte commerciale demeure perceptible dans les parcelles ayant structuré ses abords : les boutiques y ont laissées des traces, organisant en profondeur le bâti et ses usages.
Un secteur marqué par les activités commerciales : de la boutique à la cave
17L’examen des éléments architecturaux visibles depuis l’extérieur ne suffisant pas à caractériser la répartition socio‑professionnelle autour du palais, nous avons franchi les portes d’immeubles à la recherche d’indices fonctionnels au sein même des caves, espaces utilitaires par définition. À cette fin, une cinquantaine de caves ont été visitées, dont la majorité a fait l’objet de relevés en plan (Fig. 1)21.
18Les caves du secteur d’étude présentent une typologie similaire. Elles présentent un plan quadrangulaire avec des espaces à volume unique, généralement orientées perpendiculairement à la rue, et elles sont presque systématiquement réparties sur deux niveaux couverts d’une voûte en berceau plein‑cintre. Le second niveau peut être soit maçonné, soit directement excavé dans le roc, avec ou sans plaquage maçonné contre les parois. Cette configuration se retrouve en particulier le long des principaux axes commerçants que sont la rue du Marché Notre‑Dame et la Grand’Rue.
19Cette configuration permet de doubler le volume de stockage sous voûte tout en offrant, par sa simplicité, un espace pratique. En général, les niveaux de caves sont distribués par un escalier en vis (Fig. 7a et Fig. 7b). En outre, les caves présentent presque systématiquement une trémie, ou descente de charge, aménagée latéralement, et facilitant la descente des marchandises depuis les couloirs libérés en rez‑de‑chaussée. La présence de ces trémies témoigne d’une volonté de favoriser le stockage, en assurant une communication verticale entre les différents niveaux jusqu’au rez-de-chaussée, tout en contournant le manque de commodité des escaliers en vis.

Fig. 7a : Plan au sol du premier niveau de cave du 6 rue du Marché Notre-Dame et proposition de phasage (DAO : cave n° 31, MND6‑1).
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Fig. 7b : Plan au sol du second niveau de cave du 6 rue du Marché Notre‑Dame et proposition de phasage (DAO : cave n° 31, MND6‑2).
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20La rue du Marché Notre‑Dame se distingue en outre par la présence de caves dotées de cellules de stockage aménagées sous la chaussée, un aménagement visant à optimiser l’espace disponible en libérant des espaces de rangement (Fig. 8). Toutefois, aucune cave n’est directement accessible depuis la rue par un escalier droit ; seules les trémies assurent une communication directe depuis le rez‑de‑chaussée. Leur implantation dans les couloirs desservant les étages permet de ne pas perturber les activités commerciales des boutiques en période d’approvisionnement. Par ailleurs, les caves sont très sobres : l’absence de décor significatif, tout comme l’absence d’accès direct depuis la rue, indique clairement qu’elles n’étaient pas destinées à accueillir la clientèle d’un négoce volumineux, comme le vin. Leur examen n’a révélé aucun équipement ni aménagement laissant suggérer l’existence d’un ancien atelier artisanal ou permettant de préciser la nature du stockage, une limite déjà relevée par d’autres chercheurs dans d’autres contextes urbains22.

Fig. 8 : Cellules de stockage latérales aménagées sous la chaussée, au 33 place Charles de Gaulle (cave n° 48, PCG33‑2).
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21La rue du Marché Notre‑Dame bénéficie d’une forte dynamique commerciale et boutiquière, tout en profitant du rayonnement du palais. Située dans le prolongement de la place du marché, qui se tient de manière hebdomadaire et qui est très fréquenté, à son intersection avec l’axe de transit majeur qu’est la Grand’Rue, la rue du Marché Notre‑Dame occupe une position stratégique. Elle bénéficie également de l’attractivité du carrefour économique formé par l’axe reliant le Marché Neuf au Marché Vieil (Fig. 9)23. Cette situation géographique en faisait un secteur particulièrement prisé des commerçants, d’autant plus attractif qu’il bénéficiait de la présence d’une clientèle résidentielle aisée.

Fig. 9 : Structuration spatiale des espaces marchands et localisation des activités commerciales spécialisées au xiiie siècle, d’après Jean Hiernard (SIG).
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22Le fonds de carte correspond au parcellaire actuel, tandis que l’emprise du secteur étudié en master est figurée en jaune.
23Implanté dans cette rue depuis le xvie siècle, l’hôtel Pélisson constitue l’un des exemples les plus emblématiques de la ville de Poitiers, avec sa façade singulière qui marque encore fortement le paysage urbain actuel (Fig. 10). En 1557, Jean Pélisson, riche marchand de draps de soie, choisit d’implanter sa maison polyvalente au n° 9 de la rue du Marché Notre‑Dame24. Sa façade en pierre se distingue par un riche décor ornemental, caractéristique du premier style Renaissance. À l’origine, le rez‑de‑chaussée s’ouvrait largement sur la rue par un ouvroir, espace dédié au commerce. Une porte latérale permettait d’accéder aux étages résidentiels par un couloir. L’ordonnancement général de la façade est rythmé en cinq travées, à l’aide de pilastres inspirés des ordres antiques. Une frise dorique court au‑dessus du rez‑de-chaussée, tandis qu’une frise à rinceaux, d’inspiration corinthienne, marque la séparation entre le premier étage et le second, soulignant ainsi l’étage noble de l’édifice. L’affirmation de la réussite sociale de Jean Pélisson s’exprime à travers une véritable profusion ornementale, qui fait également office de vitrine pour la matière luxueuse vendue sur place : la soie. L’apparence de la boutique peut ainsi participer à une forme de stratégie de séduction de la clientèle, tout en affirmant l’individualité de son propriétaire, et en contribuant, volontairement ou non, à la valorisation collective de l’image du quartier25. Située à la croisée entre l’espace public de la rue et l’espace privé de la demeure, la façade constitue un support privilégié pour l’exaltation identitaire, dans un secteur prisé où la pression foncière contraint l’extension des parcelles et impose des fronts bâtis étroits, concentrant donc l’investissement décoratif sur elle. Cette concentration de l’intérêt ornemental sur la façade s’explique avant tout par le contexte d’implantation du logis. Dans ce secteur marchand et artisanal, la cour joue un rôle secondaire dans le projet architectural, davantage perçue comme un espace utilitaire que comme un espace identitaire, propre aux programmes résidentiels26.

Fig. 10 : Vienne (86), Poitiers, hôtel Pélisson situé au 9 rue du Marché Notre‑Dame, 1557.
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24Cette étude a finalement montré que les caves étaient avant tout orientées vers des fonctions de stockage, étroitement associées à la rue et aux activités marchandes des boutiques les surplombant, mais sans pouvoir en préciser la nature faute d’aménagement discriminant.
La rue du Marché Notre-Dame et les acteurs d’un commerce du luxe et du paraître, du textile à la parure
25Pour pallier les limites de l’étude archéologique, fondée sur l’analyse des vestiges en élévation et en sous‑sol, nous avons élargi notre recherche aux archives de la cure et de la fabrique de la paroisse principale du secteur d’étude27, dont le territoire englobe deux axes majeurs : les rues du Marché Notre‑Dame et de la Cathédrale. Ces documents offrent des renseignements conjoints entre le statut du résident et la parcelle, par le biais de divers actes, tels que des quittances, des legs ou des constitutions de rentes foncières et perpétuelles. Dans une démarche socio‑topographique, ces données ont été croisées avec celles du registre fiscal de 1691 (le Toisé), pour resituer les mentions sur le parcellaire et suivre, au mieux, la transmission des biens28.
26Les archives font état d’une concentration notable de marchands de draps, en particulier de soie, installés principalement à l’est du palais. On y trouve également d’autres artisans liés à l’habillement et à la parure, tels que des tailleurs d’habits et des chapeliers. Leurs activités s’organisent autour de la tour Maubergeon et s’étendent vers le secteur donnant sur la place Notre‑Dame, un espace particulièrement animé en raison de son marché hebdomadaire. Le faste du palais, la forte affluence qu’il générait, ainsi que la résidence des élites de robe et universitaires dans le quartier ont pu favoriser, dans une certaine mesure, l’implantation de ces métiers liés au luxe et à l’apparence, désireux de cibler une clientèle aisée.
27Cette polarisation fait aussi écho à l’enseigne du Camp du Drap d’Or, encore visible au 27 rue du Marché Notre‑Dame (Fig. 11). Elle désignait probablement la boutique d’un riche drapier de l’Époque moderne, comme le suggèrent la tente et les rameaux d’olivier sculptés à sa façade, en référence à l’entrevue de 1520 entre François Ier et Henri VIII d’Angleterre29. D’un style gothique flamboyant, la fenêtre donnant sur la cour (Fig. 12), ainsi que la porte aménagée dans une ancienne baie remaniée sont datées aux alentours de 1515, attestant ainsi d’une implantation du possible drapier dès la première Renaissance.

Fig. 11 : Vienne (86), Poitiers, enseigne du Camp du Drap d’Or située au 27 rue du Marché Notre‑Dame.
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Fig. 12 : Fenêtre sur cour de l’ancienne Maison dite du Camp du drap d’or.
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28Parmi les exemples les plus significatifs, on peut citer la présence, sur plusieurs générations, de marchands de draps de soie occupant une même parcelle de la rue du Marché, voisine du logis du Chapeau royal, tout au long du xviiᵉ siècle. Ainsi, la famille Dupont a succédé à la famille Sauzay, elle‑même venue après les Barbarin, attestés sur les lieux au moins depuis 158830. Un schéma similaire a été observé de l’autre côté de la rue, à l’emplacement de l’hôtel Pélisson déjà évoqué. Cette parcelle semble correspondre à l’actuel n° 6 de la rue du Marché Notre‑Dame, que nous avons eu l’occasion de visiter. La cave, organisée sur deux niveaux, dispose d’une particularité : la présence d’un évier au premier niveau de cave. L’ensemble du bâti peut être daté du xviᵉ siècle, ou du début du xviiᵉ siècle31. Cet aménagement, nullement observé dans les autres caves visitées, ne permet pas, par sa simple présence, d’établir un lien avec des activités liées au textile et de corroborer les mentions archivistiques.
29Par ailleurs, les sources textuelles consultées mentionnent également quelques noms de chapeliers, un corps de métier qui semble avoir été représenté par un nombre restreint de maîtres artisans. Deux enseignes de chapeliers sont repérées à l’est du palais : le Chapeau d’Or, situé dans l’impasse de la Buvette, et le Chapeau Royal, dans la rue du Marché Notre‑Dame32. D’ailleurs, la portion haute de l’actuelle rue de la Cathédrale, jusqu’au croisement avec la rue Arsène Orillard, était nommée rue des Chapeliers en 158033, avant de devenir, au début du xviiᵉ siècle, la rue des Chamoiseurs34, en lien avec l’implantation croissante de chamoiseurs et de gantiers. Selon le Toisé de 1691, les tailleurs d’habits semblent se disperser le long de la ligne de faîte entre le Marché Vieil et le Marché Neuf, tandis que les archives paroissiales tendent à souligner un regroupement des marchands de textile dans le quartier oriental du palais. La proximité de ces artisans avec les négociants mériterait toutefois d’être approfondie afin de déterminer si une organisation socio‑professionnelle les reliait.
30La rue du marché Notre‑Dame regroupe également des orfèvres, un corps de métiers souvent complémentaire de celui de l’habillement, notamment lorsqu’il s’agit de fournir des éléments de parure, selon leur spécialisation. Considérée comme une profession d’art au sein de l’artisanat urbain, l’orfèvrerie regroupe les savoir‑faire liés au travail des métaux et des pierres précieuses. Les orfèvres comptent majoritairement la noblesse et la bourgeoisie parmi leur clientèle, après celle issue du clergé, et ils occupent eux‑mêmes une place élevée au sein de la bourgeoisie urbaine, tant leur art est estimé.
31Selon Robert Favreau, les orfèvres ne sont mentionnés à Poitiers qu’à partir de la fin du xivᵉ siècle35. L’étude du Toisé de 1691 souligne l’implantation de deux familles d’orfèvres dans la rue du Marché Notre‑Dame : les Delaunay et les de La Haye. La famille Delaunay jouissait d’une certaine notoriété à Poitiers, exerçant le métier d’orfèvre sur plusieurs générations, entre la fin du xvie siècle et le milieu du xviiie siècle. Son influence se manifeste notamment par la possession de plusieurs parcelles, attestée par le Toisé, ainsi que par son engagement durable au sein de la paroisse. Plusieurs membres de la famille occupèrent, de manière successive au xviiᵉ siècle, les fonctions de marguillier ou de fabriqueur, mettant en valeur leurs compétences techniques et leur ascension sociale36. Ces charges laïques, généralement confiées à des notables élus, consistaient à assurer l’entretien de l’église, de ses bâtiments paroissiaux et de son mobilier liturgique, à gérer les comptes et à prendre part décisions administratives.
32Datés du milieu du xve siècle, les statuts encadrant le métier d’orfèvre à Poitiers imposaient une pratique publique de l’activité, interdisant explicitement l’exercice « en forge secrète »37. Manipulant des matériaux précieux tels que l’or et l’argent, les orfèvres étaient étroitement surveillés par la Cour des Monnaies, et par des gardes élus au sein même de la corporation, et soumis à une réglementation stricte visant à garantir la qualité de leur travail et à prévenir toute fraude. En 1552, un édit royal à Paris interdisait la présence de fourneaux dans les arrière‑boutiques ou dans des chambres secrètes38. Dans le même esprit, un règlement de police de Lille de 1610 exigeait que les boutiques d’orfèvres soient situées en front de rue, sous peine d’amende39. Les fourneaux étaient donc placés sur le devant et sur rue, nécessitant des ouvroirs, et ces ateliers n’ont laissé aucun vestige discriminant dans les caves. Par ailleurs, la présence antérieure d’un fourneau a pu favoriser l’installation successive d’orfèvres sur une même parcelle, ceux‑ci héritant des équipements et infrastructures nécessaires à l’exercice de leur métier40.
33À ce stade de cette recherche, l’organisation spatiale des orfèvres avant la fin du xvie siècle demeure inconnue ou imprécise. Néanmoins, le secteur présente un indice notable en faveur d’une sectorisation par conservatisme : un premier atelier monétaire était implanté à l’angle de la rue Scévole de Sainte-Marthe et de la rue de la Cathédrale41. La Vieille Monnaie, mise en vente en 1424, fut rachetée par Maurice Claveurier pour y aménager des étuves42. Les sources disponibles restent limitées, mais d’après Robert Favreau, l’hôtel des monnaies avait déjà fonctionné dès 1372 dans ce quartier, avant d’être déplacé vers les halles du Marché Vieux43. La présence ancienne de cet atelier monétaire peut suggérer que les orfèvres ont pu adopter une logique de conservatisme spatial, en développant leur corporation aux abords du palais, dans un secteur déjà associé au travail des métaux et à la frappe monétaire44. Si l’hypothèse de Luc Bourgeois, qui identifie le tracé de la rue Scévole de Sainte‑Marthe comme l’empreinte d’une basse‑cour associée au palais, se confirmait, la localisation de ces ateliers métallurgiques spécialisés et des orfèvres dans ce même secteur ne serait alors pas si anodine45. Elle pourrait refléter un choix hérité et stratégique en raison de la proximité d’un pôle de pouvoir et d’un centre d’activités spécialisés et de prestige.
34Dans ce contexte, l’implantation antérieure d’une fabrique d’armes médiévales, entre le xie et la fin du xiiie siècle dans la rua Fabroria – correspondant à la portion haute de la Grand’Rue – constitue un arrière‑plan spatial et technique qu’il convient de prendre en considération46. Sans établir de continuité directe entre ces activités spécifiques du fer et l’orfèvrerie des siècles suivants, cette présence ancienne peut suggérer l’existence d’une mémoire symbolique et fonctionnelle de l’activité métallurgique, susceptible d’avoir favorisé par tradition et conservatisme spatial, l’implantation ultérieure de métiers spécialisés dans les métaux précieux.
Conclusion
35Les abords immédiats de l’ancien palais comtal et ducal participent à une forme de structuration de l’espace urbain, en incarnant un espace du paraître, où se concentre boutiquiers spécialisés et clientèle résidente privilégiée. Le paraître ne se réduit pas aux seules apparences corporelles, il se met également en scène dans le paysage urbain, à travers l’habitat et les boutiques. Cette alliance spontanée, voire impensée, entre raffinement architectural, commerces spécialisés dans les matières et matériaux nobles, et sociabilités partagées entre commerçants et résidents participent à créer une forme de faste, comme si le quartier servait d’écrin au pouvoir incarné par le palais. Ce prestige spatial est renforcé par la concentration de métiers spécialisés, qui s’implantent selon des logiques d’affinités et d’intérêts communs. Les marchands tirent ainsi avantage de la proximité d’une clientèle aisée, composée notamment d’avocats, de procureurs et d’universitaires, dont la présence contribue à la polarisation du secteur, qu’ils soient résidents ou en exercice au palais. La rue du Marché Notre-Dame s’inscrit dans un pôle du commerce de luxe, au carrefour entre apparences et paraître, et dont l’attractivité est favorisée par l’implantation de résidences nobles et bourgeoises. Comme le rappelle Natacha Coquery, « les familles aristocratiques donnent un caractère prestigieux au quartier qu’elles habitent ; elles en font un espace à haute valeur symbolique, et les professionnels en bénéficient »47. L’étendue réelle de ce pôle spécialisé reste à préciser, en étudiant les autres secteurs des abords du palais. Il reste également à déterminer si cette concentration relève d’un processus organique ou si elle tire avantage du rayonnement du palais tout en contribuant à son prestige, dans une forme d’accord tacite entre pouvoir, élite sociale et sphère commerciale.
Bibliographie
Sources
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Documents annexes
- Fig. 1 : Géoréférencement et vectorisation des caves visitées et relevées par niveau dans le cadre du mémoire (SIG)
- Fig. 2 : Vienne (86), Poitiers, l’hôtel Claveurier, maison en pan de bois situé au 11 place Charles de Gaulle, construit au XVe siècle, remanié au XVIIe et XVIIIe siècles
- Fig. 3 : Vienne (86), Poitiers, maison en pan de bois sculpté situé au 2 rue du Marché Notre Dame, XVIe siècle
- Fig. 4 : Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand (Grand Poitiers), ms. 547, Monuments du Poitou : plans, vues, détails, inscriptions, 1701, vol. 2, f. 239r. Détail : dessin d’une maison en pan de bois avant démolition en 1821, sise à l’angle des rues du Marché et de la Cathédrale
- Fig. 5 : Vienne (86), Poitiers, lucarne sur cour du 2 rue du Marché Notre-Dame, XVIe siècle
- Fig. 6 : Proposition d’une répartition chrono typologique des caves recensées dans le cadre du mémoire et d’une localisation des éléments architecturaux datables (SIG)
- Fig. 7a : Plan au sol du premier niveau de cave du 6 rue du Marché Notre-Dame et proposition de phasage (DAO : cave n° 31, MND6 1)
- Fig. 7b : Plan au sol du second niveau de cave du 6 rue du Marché Notre Dame et proposition de phasage (DAO : cave n° 31, MND6 2)
- Fig. 8 : Cellules de stockage latérales aménagées sous la chaussée, au 33 place Charles de Gaulle (cave n° 48, PCG33 2)
- Fig. 9 : Structuration spatiale des espaces marchands et localisation des activités commerciales spécialisées au XIIIe siècle, d’après Jean Hiernard (SIG)
- Fig. 10 : Vienne (86), Poitiers, hôtel Pélisson situé au 9 rue du Marché Notre Dame, 1557
- Fig. 11 : Vienne (86), Poitiers, enseigne du Camp du Drap d’Or située au 27 rue du Marché Notre Dame
- Fig. 12 : Fenêtre sur cour de l’ancienne Maison dite du Camp du drap d’or
Notes
1 Isabelle Paresys, « Paraître et apparences : une introduction », introduction à Isabelle Paresys, Paraître et apparences en Europe occidentale du Moyen Âge à nos jours, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008, p. 19.
2 Natacha Coquery, Tenir boutique à Paris au xviiie siècle : luxe et demi‑luxe, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2011.
3 Gérard Jarousseau, « Un rôle d’imposition de Poitiers en 1552 : étude des structures sociales et économiques de la ville », Bulletin philologique et historique, 1962, p. 481‑492.
4 Marie‑Amélie Lamy, Évolution du quartier oriental du palais de Poitiers (Vienne) : l’étude des structures souterraines, des caves au parcellaire médiéval et moderne, mémoire de Master 2, Université de Poitiers, 2025, vol. 1 [mémoire non publié].
5 Poitiers, Arch. dép. de la Vienne, 9 G 106 à 9 G 108 : cure et fabrique de Notre‑Dame‑la‑Petite (1295‑1788). Un dépouillement systématique a été mené jusqu’aux années 1720, afin de couvrir une période susceptible d’entrer en résonance avec les données issues du Toisé de 1691, puis d’en faire un suivi topographique et régressif.
6 Le Toisé de 1691 est un registre administratif édité et destiné à l’évaluation surfacique de l’ensemble des unités foncières relevant de la censive royale : La Topographie de Poitiers et de ses Paroisses au xviie siècle : Le Toisé de 1691 et le Dénombrement du Fief d’Anguitard de 1674, éd. François Eygun, Poitiers, Société des Archives Historiques du Poitou, 1947.
7 Depuis octobre 2025, cette étude socio‑topographique se poursuit dans le cadre d’une thèse. Notre mémoire de Master visait à éprouver la pertinence de cette approche documentaire en évaluant le potentiel des archives des cures et des fabriques paroissiales, à partir de l’étude systématique de celles concernant la paroisse de Notre‑Dame‑la-Petite. Cette démarche, toutefois, s’avère longue et hasardeuse : les fonds d’archives sont à la fois divers et volumineux, tandis que les informations mobilisables y sont très dispersées, ce qui impose une consultation exhaustive d’un grand nombre d’actes de différentes natures (testaments, quittances, legs, constitution de rente, etc.). Dans le cadre de la thèse, le corpus documentaire a été étendu à trois autres paroisses limitrophes au palais, afin de déterminer si les premiers regroupements socio‑professionnels identifiés lors du Master sont spécifiques au secteur oriental du palais ou s’ils se retrouvent également dans les secteurs sud, ouest et nord, et dans quelles mesures.
8 Camille Marguerite, Les techniques de construction des façades en pan‑de‑bois de Poitiers (Vienne), mémoire de Master 2, Université de Poitiers, 2013, vol. 1 [mémoire non publié].
9 La construction en pan de bois au Moyen Âge et à la Renaissance, dir. Clément Alix et Frédéric Épaud, Tours, Presses universitaires François‑Rabelais, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 14.
10 Robert Favreau, Une famille bourgeoise de Poitiers, les Claveurier, aux xve‑xvie siècles, Lavoux, Michel Fontaine, 2011, p. 48 et p. 283.
11 En façade, à l’exception des piliers de soutien, le rez‑de‑chaussée et son arcature ont été grandement remaniés ultérieurement à la phase primitive de la demeure. À ce sujet, un diagnostic a été réalisée sur l’immeuble, portant notamment sur l’étude du bâti du rez‑de‑chaussée et des niveaux de cave : Frédéric Gerber, 11, place Charles de Gaulle, hôtel Claveurier, Nouvelle-Aquitaine, Vienne, rapport final de synthèse, Poitiers, DRAC, Inrap, 2019.
12 C. Marguerite (op. cit. n. 8), p. 67‑71.
13 Clément Alix et Julien Noblet, « Les maisons en pan de bois de Blois : réévaluation du corpus d’une ville ligérienne xve‑xvie siècle », dans La construction en pan de bois au Moyen Âge et à la Renaissance (op. cit. n. 9), p. 277.
14 L’architecture de la Renaissance en Normandie : Voyage à travers la Normandie du xvie siècle, vol. 1, dir. Bernard Beck, et al., Condé‑sur‑Noireau/Caen, Éditions Charles Corlet/Presses universitaires de Caen, 2003, p. 221.
15 Parmi les façades en pan de bois recensées à Poitiers, quelques autres exemples se distinguent par la présence d’un décor sculpté, notamment la poutre ornée de médaillons figurés, datés du xvie siècle, située au 15 rue Cloche‑Perse.
16 Florence Journot, La maison urbaine au Moyen Âge : art de construire et art de vivre, Paris, Éditions Picard, 2018, p. 105.
17 Jean-Pierre Leguay, « La propriété et le marché de l’immobilier à la fin du Moyen Âge dans le royaume de France et dans les grands fiefs périphériques », dans D’une ville à l'autre : Structures matérielles et organisation de l'espace dans les villes européennes (xiiie‑xvie siècle) (actes du colloque organisé par l’École française de Rome : Rome ,1er‑4 décembre 1986), dir. Jean‑Claude Maire Vigueur, Rome, École française de Rome, 1989, p. 155.
18 Jean-Pierre Leguay, « La fenêtre, signe extérieur de richesse, instrument de travail, poste d’observation et de propagation du « bruyct » dans les villes françaises au Moyen Âge » dans Par la fenestre : Études de littérature et de civilisation médiévales, dir. Chantal Connochie‑Bourgne, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2003, p. 273‑293.
19 Poitiers, Arch. dép. de la Vienne, 24 Fi 41, fonds René Crozet (1896‑1972) : photographies d’archéologie et d’histoire de l’art.
20 Annie Brillaud, « Poitiers de la Renaissance au xviiie siècle », Archéologia, hors‑série n. 6, 1995, p. 68.
21 La consultation des archives de la Défense passive, c’est‑à‑dire, les inventaires des caves réalisés en prévention des bombardements, a permis de confirmer que, dans l’ensemble du secteur d’étude du Master, les immeubles sont presque systématiquement dotés de caves, le plus souvent réparties sur un à deux niveaux, le plus communément, et plus rarement sur trois.
22 Les caves et celliers ont fait l’objet d’un ouvrage collectif réunissant plusieurs études de cas : Caves et celliers dans l’Europe médiévale et moderne [actes du colloque « Caves et celliers du Moyen Âge à l’Époque moderne », 4‑6 octobre 2017, Tours], dir. Clément Alix, Lucie Gaugain et Alain Salamagne, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2019.
23 Jean Hiernard, « Essai de topographie historique. Le marché neuf de Poitiers créé à la fin du xie siècle », Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, 4, 1990, p. 99‑118.
24 Gérard Jarousseau, « La maison Renaissance, 9, rue du Marché à Poitiers », Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, 14, 1977, p. 222.
25 La boutique et la ville : commerces, commerçants, espaces et clientèles (xvie–xxe siècle) [actes du colloque des 2, 3 et 4 décembre 1999], dir. Natacha Coquery, Tours, Centre d’histoire de la ville moderne et contemporaine/Publication de l’université François-Rabelais, 2000, p. 10‑11.
26 Pierre Garrigou Grandchamp, « Les grands types et caractères des maisons urbaines des xie‑xive siècles en Europe occidentale : une perspective comparée », dans Burgen, Schlösser, Häuser : Festschrift für G. Ulrich Großmann zum 65 Geburtstag, dir. Guido von Büren et Michael Goer, Petesberg, Michael Imhalf Verlag, 2019, p. 126‑143.
27 Poitiers, Arch. dép. de la Vienne, 9 G 106 à 9 G 108.
28 La Topographie de Poitiers et de ses Paroisses au xviie siècle… (op. cit. n. 6).
29 Le patrimoine des communes de la Vienne, vol. 2, dir. Aude Guiheneuc et Rémy Toulouse, Paris, Flohic, 2002, p. 819.
30 Poitiers, Arch. dép. de la Vienne, 9 G 106 et 9 G 107.
31 Les datations s’appuient sur la typologie de la porte ouvrant sur le dernier niveau et de l’escalier en vis qui lui était associé. Le phasage de l’ensemble des maçonneries est aussi cohérent avec ces datations.
32 La Topographie de Poitiers et de ses Paroisses au xviie siècle… (op. cit. n. 6), art. 967 et 978.
33 Raoul Brothier de Rollière, Nouveau guide du voyageur à Poitiers et histoire des rues de Poitiers du ier au xxe siècle, Poitiers, le Bouquiniste, 1988 [4e éd.], p. 88.
34 Poitiers, Arch. dép. de la Vienne, 9 G 107.
35 Robert Favreau, « La ville de Poitiers à la fin du Moyen Âge : Une capitale régionale », vol. 1, Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 14, 1978, p. 143.
36 Poitiers, Arch. dép. de la Vienne, 9 G 106 et 9 G 107.
37 Prosper Boissonnade, Essai sur l’organisation du travail en Poitou depuis le xie siècle jusqu’à la Révolution, vol. 1, Paris, H. Champion, 1900, p. 389 ; Marie‑Jeanne Dupuy‑Dauby, La réglementation de métiers entre les xiiie et xve siècles, mémoire de maîtrise, Université de Poitiers, 1978, vol. 2 [mémoire non publié], p. 30.
38 Michèle Bimbenet‑Privat, Les orfèvres parisiens de la Renaissance (1506‑1620), Paris, Commission des travaux historiques de la Ville de Paris, 1992, p. 35.
39 Nicole Cartier, Les orfèvres de Lille, vol. 1, Paris, Peeters, 2006, p. 144.
40 Ibid.
41 Les observations réalisées dans la cave située à ce croisement n’ont révélé aucun élément significatif.
42 R. Favreau (op. cit. n. 10), p. 48‑49 et pièce justificative 1.
43 Robert Favreau, Histoire de Poitiers, Toulouse, Privat, 1985, p. 163.
44 Un cas de figure assez similaire est identifié à Paris et pouvant expliquer le regroupement topographique des orfèvres : M. Bimbenet‑Privat (op. cit. n. 38), p. 27.
45 Luc Bourgeois et Jean‑François Boyer, « Les palais carolingiens d’Aquitaine : genèse, implantation et destin », dans Demeurer, défendre et paraître : orientations récentes de l’archéologie des fortifications et des résidences aristocratiques médiévales entre Loire et Pyrénées, [actes du colloque de Chauvigny, 14‑16 juin 2012], dir. Luc Bourgeois et Christian Remy, Chauvigny, Association des Publications Chauvinoises, 2014, p. 98, fig. 11.
46 Robert Favreau, « La ville de Poitiers à la fin du Moyen Âge… » (op. cit. n. 35), p. 38‑39.
47 Natacha Coquery, « Les lieux d’activité des marchands merciers : La centralité du luxe », dans La fabrique du luxe : les marchands merciers parisiens au xviiie siècle [exposition, Paris, Musée Cognac‑Jay, du 29 septembre 2018 au 27 janvier 2019], dir. Rose‑Marie Herda‑Mousseaux, Vincent Charles Bastien et Stéphane Castelluccio, Paris, Paris Musée, 2018, p. 51.
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Quelques mots à propos de : Marie-Amélie Lamy
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